L’affaire des vivants, Christian Chavassieux

Charlemagne Persant a été prédestiné par son grand père à la réussite. Né dans une famille de rustres péquenots, alcooliques et incultes, Il s’élève à la force de sa nature de brute vers un no man’s land affectif, mais avec usine et belle maison.

C’est une odyssée sans Pénélope, dans le monde du début du XXème siècle où le Charlemagne se construit un empire à la mesure de ses ambitions matérialistes. Jusqu’à un certain moment, tout ce que veut Charlemagne finit par plier sous sa volonté sans concession à toute forme de pitié. Jusqu’à un certain moment, il mène ainsi ses affaires, à coups de triques.

D’abord, l’ascension (je ne dirai rien de la chute), les affaires, il met dans son navire de guerre un vague cousin, qui tenait tranquillement un bazar à Saint Elme. Le temps d’un aller retour à l’exposition universelle de Lyon, Charlemagne ramène un brevet exclusif. La construction de l’usine est décidée, il fera fortune dans les tissus plastifiés, les vêtements de travail pour les ouvriers qu’il sous payera dans son usine.

Pour financer ses projets, il lui faut élaguer. Tout est mené tambour battant. Charlemagne vend les terrains, les vignes, les arpents de la ferme familiale qui le gênent, ne tient compte de personne, ni de ses frères, ni de ses parents. Il réduit le monde à ses ambitions.

Il lui faut aussi le mariage. Et cela tombe bien, pendant la guerre, il avait entraperçu derrière un comptoir la rêveuse Alma, fille d’un boutiquier lyonnais. Elle lui donnera une assise  petite bourgeoise, elle qui rêvait d’un fringant officier, d’une séduisante moustache, elle aura Charlemagne, la maison respectable et les domestiques, un fils aussi, Ernest. Charlemagne aurait bien voulu l’élever à sa botte aussi, celui-ci, mais faute de savoir que les autres existent, et qu’ils peuvent ressentir d’autres désirs que les siens, Ernest lui échappera, comme tout ce qu’il croyait tenir de la force de ses mains.

Ce roman aurait pu être une saga familiale, si Charlemagne avait su ce qu’était une famille. C’est la saga d’un échec, racontée avec vigueur, menée quasiment sans temps morts. Les rôles secondaires finissent par s’émanciper ; Alma, Ernest, Louis, le petit frère, l’ouvrier rouge qui écoutait au bras de sa Jeanne, Louise Michel revenue de Nouvelle Calédonie, Rosine, la prostituée noire du bordel local, la seule a un peu faire battre le cœur de Charlemagne.

Un roman solidement ancré dans une réalité sociale, mais loin d’être une fresque, c’est presque comme un échantillon local bien taillé, une synthèse de toute une société.

6 commentaires sur “L’affaire des vivants, Christian Chavassieux

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  1. Ben, tu vois, cela ne m’étonne pas … j’ai beaucoup aimé lire ce livre, et à ma grande surprise, quand j’ai écris ma note, je n’avais rien de plus à en dire … Mais il a une force dans l’écriture, un réalisme social pertinent. Mais, il y a aussi que je ne voulait rein dire de la chute pour ne pas gâcher. Un romans solide, bien construit, qui pourrait te plaire.

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  2. Ce que tu en dis est très intrigant en tout cas. J’aime bien cette idée de « roman qui aurait pu être une saga familiale, si Charlemagne avait su ce qu’était une famille. C’est la saga d’un échec, racontée avec vigueur, menée quasiment sans temps morts. » Je vais voir si je le trouve à la bib’.

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    1. C’est solide comme bouquin, faut mettre les deux pieds dedans et accepter la lourdeur du personnage, dans les deux sens du terme. En ce qui me concerne, j’ai pas mal apprécié, j’espère que ce sera ton cas également, si tu mets la main dessus …

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  3. J’ai tenté deux fois cet auteur : une fois en littérature de l’Imaginaire et je n’ai pas terminé le roman tellement ça m’ennuyait, et une autre fois avec un roman historique qui ne m’a pas complètement convaincue…

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    1. Oui, je me souviens que lorsque l’on s’est croisées à Saint Malo, j’avais ce titre dans ma besace et que tu étais fort peu enthousiaste … Mais finalement, cette tentative avec cet auteur que je ne connaissais pas a été plutôt une bonne surprise. Je vais aller noter les titres qui t’ont découragée sur tes blogs, quand même …

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