La disparition de Joseph Mengele, Olivier Guez

Le sujet du texte (puisque je n’arrive pas à lui donner un genre) est la fuite de Mengele en Amérique du sud. Le parti pris affiché par le style (plat comme celui d’un documentaire mal écrit) est celui de la distance d’avec le passé meurtrier du criminel nazi. Le livre fait des pas chassés assez pleutres et surtout peu convaincants avec cette neutralité. Quelques rappels bien sentis des crimes commis pointent (au cas où) : on nous rappelle le salaud qu’il fut, nous dit le salaud qu’il est toujours.

 

Jamais on ne se glisse dans les dessous de l’histoire. Le texte pose les valises où Menguele se trouve et fait un état des lieux de son état d’esprit de plus en plus glissant vers les cauchemars et la paranoïa, et ma foi, c’est le moins que l’on pouvait lui souhaiter.  A chaque étape de la fuite,  sont négligés les engrenages qui l’ont permise, comme ceux qui avaient permis Birkenau.

(Il est toujours question d’ Auschwitz, comme si Auschwitz n’était qu’un camp, or Auschwitz, c’est trois camps, et les sélections, c’est Birkenau, les expériences du dudit médecin, c’est Birkenau, c’est-à-dire Auschwitz II, pas le I, et pas le III.C’est pas pareil. c’est  de la mort et du meurtre en masse, mais c’est quand pas pareil et et si on néglige ces différences essentielles, on ne fait ni du roman ni du documentaire, on ne fait rien.)

Durant son exil,  Mengele marmonne  son relent xénophobe, aucun remords, aucun regrets (en même temps, c’est logique, regrets et remords nécessitant une forme de compassion et d’empathie, mais le livre ne traque pas non plus ce gibier là). Par contre, il nous ait fait grâce du développement de sa pensée, sans doute pour rester dans la distance, toujours. Est passé aussi sous silence l’analyse de la machine historique qui a permis à un homme de réaliser ses obsessions raciales,  sa recherche putride des cas de déviance physique. Et pourtant, on le sait, c’est un système qui a offert le tapis rouge à Mengele, pas un homme seulement qui a poussé à bout le discours de la haine. Or, cette dimension n’apparaît pas, comme n’apparaissent  pas non plus les ramifications politiques et complicités d’intérêts qui ont permis d’il ne soit pas arrêté et jugé.

Juste évoquées comme une suite de hasards malencontreux, Peron au pouvoir, Peron qui n’y est plus, le Mossad qui a d’autres chats à fouetter finalement, les copains nazis qui donnent un coup de main en passant par là, et parce qu’ils étaient arrivés avant .. Et le Mengele qui peut même revenir un temps en Europe pour rencontrer sa nouvelle femme, puis de retour en son « exil » sud américain,  reprend sa véritable identité, se remarie, vend des machines agricoles, achète une maison, reçoit lettres et argent de sa famille,  parce que les autorités compétentes regardaient ailleurs …. Mmouais, pour moi, c’est un peu pousser la poussière sale sous le tapis, là.

L’environnement idéologique est fait en survol, comme un échappatoire qui prendrait la forme romanesque en excuse pour ne pas rentrer dans le gourbi de l’histoire ( en plus, prendre la parole de Micklos Nyiszli pour argent comptant et en faire un témoin fiable, j’ai carrément sursauté !).

En restant dans le factuel, sans franchir les frontières du pas correct, comme Les bienveillantes l’avait fait, le texte m’a paru relever de hypocrisie malsaine.

 

19 commentaires sur “La disparition de Joseph Mengele, Olivier Guez

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    1. Je n’étais pas tentée au départ non plus, j’avais des réticences sur la démarche, et finalement ces réticences se sont confirmées, ce teste est justement ce que je craignais. Quant aux bienveillantes, c’est une autre paire de manches. On peut détester aussi … Mais ça marque !

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  1. Les bienveillantes, pfff quelle lecture. Là tu me fais hésiter, après tout, s’il y a des ‘erreurs’ en plus (exact, plusieurs parties à Auschwitz)

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    1. Ce ne sont pas vraiment des erreurs, Birkenau fait partie du complexe d’Auschwitz, mais c’est quand même une approximation et il me semble essentiel que sur ces points, on ne peut se le permettre. Si on commence à diluer, on va perdre du sens. La biblio qui accompagne ce texte est impressionnante, il est indéniable que l’auteur se soit beaucoup documenté, alors pourquoi pas Birkenau ? parce que cela est moins connu que Auschwitz ?

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  2. Les avis lus ici et là m’avaient vraiment donné envie de le lire, j’étais à deux doigts de l’acheter (sans même attendre sa sortie en poche)… autant dire que tu viens de doucher mon envie ! Bah, ça me fera faire des économies (et lire plus vite La serpe, qui vient de venir se loger sur mes étagères… mais il faut d’abord que je lise La petite femelle).

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    1. Je m’en voudrais de doucher une envie de lecture. Mais vois-tu sur ce sujet, je suis un peu (beaucoup, en fait) épidermique. Le premier jet de ma note était plus virulent … Trop sans doute, ce pourquoi j’ai modéré. Il y a pas mal d’avis positifs, ils ont peut-être plus raison que moi … Mais pour la petite femelle, j’ai terriblement envie de lire ton avis ! Et dire que La serpe m’attend maintenant, et que je lambine sur d’autres titres … Qui comprendra un jour les lectrices et leurs impatiences ?

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      1. J’attendrais éventuellement la sortie en poche… si tu veux m’attendre, pour La serpe, on pourrait programmer une LC (mais ce ne serait pas avant, disons… fin janvier). Mais je comprendrai que tu ne puisses pas patienter !!

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  3. A sa sortie j’avais envie de le lire et puis … de moins en moins. En plus, je serais constamment en train de me demande ce qui est faux, ce qui est vrai, je préfèrerais lire un document sur le sujet.

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    1. Tu vois, moi, c’est l’inverse. je n’avais pas envie, mais l’avis de Luocine m’a convaincu, ce que je ne regrette pas du tout car maintenant, je sais pourquoi je n’aime définitivement pas ce genre de texte. Je pense que factuellement, tout ce qu’il raconte est vrai. L’auteur n’est pas un couillon, loin de là, mais voilà, faire de Mengele un personnage romanesque, ça peut pas coller.

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    1. Je ne sais pas si elle est pertinente mais le moins que l’on puisse faire quand un auteur écrit sur ce sujet est d’argumenter quand on n’adhère pas au propos … Je ne suis pas une pro mais j’ai pas mal lu d’historiens, pour des raisons personnelles et de boulot. j’ai vu les lieux. Depuis, je suis hyper réactive viscérale …

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    1. Oui, bien sûr, le système concentrationnaire est évoqué, mais j’ai trouvé qu’en isolant Mengele, l’auteur en fait un arrière plan. En même temps, son livre est axé sur l’après nazisme, ou plutôt, il flotte entre les deux … Par contre, le Vuillard, j’ai adoré !

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    1. Merci pour l’argumenté ! J’ai mis beaucoup de temps à l’écrire, à mettre des mots sur ce qui m’a agacée. Je crois que je vais mettre autant de temps pour le Vuillard, mais par des raisons contraires ! C’est dur la vie de blogueuse …

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