La saga de Grimr, Jérémie Moreau

Il est né après le temps des grandes sagas. L’Islande n’a plus de héros sous la main. Sous la domination danoise depuis 1380, au XVIIème siècle, elle n’est plus qu’une terre stérile où quelques légendes courent encore et où la misère règne.

Sorti d’une pluie de cendres, recueilli par Wigmar, qui se dit le valeureux et qu’on surnomme le voleur, le destin de Grimr s’esquisse à traits sombres et épais. Les vignettes, parfois éloquemment silencieuses, privilégient les couleurs sienne et terre, grises, des terres volcaniques, rouges des éruptions qui rodent.

Wigmar donne au jeune garçon une première clef ; un orphelin sans généalogie et sans terre n’est que fétu de rien en Islande. Si pour la lignée, ce protecteur problématique, quand même, ne peut rien, il peut au moins lui donner la possibilité d’une réputation, d’un surnom, ce qui vaut beaucoup. Et pour la terre, il lui en obtiendra une, par ruse et aussi par chance, car la particularité de Grimr est d’attirer à lui les échos des passions primitives qui couvent en ces terres spoliées par un pouvoir indigne, mais aussi ceux en qui il reste de la bonté et de la résistance.

Elles s’incarnent en plusieurs visages : celui d’Einar Thorinsson, descendant d’une illustre famille de Saldes (poètes des sagas), dont l’âme est morte. Il n’a pas pu sauver sa femme et sa fille, alors la sienne aussi d’âme est partie. Ala place, il tente de ressusciter les grandes sagas, de retrouver leur souffle. Mais c’est pas gagné. Un autre visage ; celui de Junisolvirsson, jeune fille, soeur et fille d’Islande, qui aurait pu tenir la main de Grimr plus fermement si on lui en avait laissé le choix, si les filles et femmes d’Islande ne subissaient pas elles aussi le joug du dieu qui les fait victimes des droits des hommes, victimes de ce que la misère donne comme pouvoir à ceux qui ont un peu plus qu’une terre maudite à cultiver.

L’univers de cette saga est sombre, puissant, aussi fort que son personnage et que les figures lumineuses qui font sa tragédie. Personnage roc, rocher à l’âme friable, Grimr prend le lecteur à l’âme aussi, spectateur de l’accomplissement de sa propre prophétie :  » je vais leur montrer qui je suis. Le temps d’une vie, chacun de mes gestes comme autant de pierres posées pour construire l’édifice final. car ce ils ne savent pas, c’est que j’ai le volcan dans l’âme. » Son pardon aux hommes en sera d’autant plus grandiose.

Lu sous un plaid, en agréable compagnie, avec de la tempête derrière les fenêtres … Merci les nantais !

 

 

 

 

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10 commentaires sur “La saga de Grimr, Jérémie Moreau

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