Le sari vert, Ananda Devi

Un roman féminin, dont le féminisme est pris en charge par la voix d’un machiste haineux. En réalité, il n’est pas que machiste, il est surtout haineux , en particulier des femmes, mais à peine plus que du reste du monde. 

Son surnom est Dokteur Dieu, c’est ainsi qu’il se voit, médecin infatigable, à défaut d’être humaniste, ployant sous sa charge, mari inflexible mais juste, trompé par le rire de celle qu’il a épousé, père spolié par la médiocrité de sa fille, Kitty, grand père injustement affligé d’une petite fille lesbienne et sans charme, Malika.

Dans son métier, ce qu’il a aimé est la toute puissance, dans son rapport avec ses femmes aussi. Son épousée a mal tenu son rôle de soumise, il s’en est vengée par la violence et la manipulation, en mettant à mal ce qu’il ne pouvait comprendre, la beauté de celle qu’il disait aimer, sa flamme à elle , puis, son amour de mère à elle  pour Kitty, et enfin l’innocence de sa propre fille.

Lorsque le vieil homme commence sa logorrhée, mi plaidoirie apitoyée sur lui même, mi réquisitoire contre tout le reste, il n’est pourtant plus qu’un corps souffrant. A l’agonie, il s’est réfugié chez sa fille, sur laquelle son emprise est encore si puissante que son corps épuisé et son esprit tordu peuvent encore en jouir. La méchanceté radicale de son verbe, cru et sanglant, écrase toujours cette fille qui attend toujours de lui une forme de reconnaissance. A la place, elle lui apporte les réconforts qu’il exige ; massage du dos, bain chaud, un verre de chivas, un pyjama propre …

Petit à petit, il lui donne en pâture l’histoire de sa mère, sa première victime, et sa vérité sur sa mort. Kitty n’a aucun souvenir d’elle et personne ne lui en a parlé. Ce qu’elle en saura, vient de la bouche de son tortionnaire, alors, évidemment, le récit est salissant.

Ce livre nous force à entendre une parole détestable, parfois à la limite du supportable, ce qui n’en rend pas la lecture aisée. De plus, c’est une parole trop lucide sur lui-même et son goût pour la violence, que la femme légitime, pour être écoutable et acceptable. Il y a quelque chose qui cloche.

Ses victimes, fille et petite fille peinent à faire entendre leur haine et leur dégoût, sauf par brides provocatrices, comme le récit de ses amours lesbiennes par Malika. Si sensuelles dans sa bouche, recrachées par le vieillard comme des ordures, triturées par son mépris, elles en perdent tout intérêt. Le calvaire qu’il leur fait subir trouve aussi support dans leur propre sens du devoir. Kitty et Malika n’ont de relief que par la haine qu’il leur porte et non par elles mêmes. Les personnages s’y diluent …

Une lecture qui m’a laissée en porte à faux, oreille non consentante d’un bourreau au bout du rouleau et dont les victimes veulent encore se faire entendre, en vain.

Recommandé par Carole Martinez, lors de son jardin d’hiver.

12 commentaires sur “Le sari vert, Ananda Devi

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    1. Je me suis sans arrêt sentie en porte à faux, être en train de lire une parole détestable sur les femmes, dont on comprend bien qu’elle n’a pour but que de la dénoncer m’a été compliqué. Je comprends bien les buts de l’auteure, et ils sont louables, mais aucun plaisir de lecture. En même temps, c’est le but recherché …

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    1. Oui, ce personnage est un malade, mais le pire, est que ses victimes ont leur part de responsabilité, elles acceptent sa dictature, et évidemment, même si on sait que cela se passe comme cela, ce n’est pas évident à lire. Je veux dire que le cycle violence, victime, coupable est parfaitement rendu et que c’est cela qui rend cette lecture ardue, et a limité sa portée pour moi. C’est étouffant, comme doit l’être cette réalité.

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    1. J’ai été tentée par Carole Martinez, et même si je comprends en quoi ce roman peut paraître essentiel dans une société où les femmes sont tellement violentées que prendre la parole leur est impossible, la lecture en est problématique.

      Aimé par 1 personne

  1. Aucune envie de le lire, à toutes les pages j’enragerai de voir les femmes ne pas se rebeller, même si je sais que dans leur culture c’est difficile. Mais pourquoi attendre encore quelque chose d’un tel individu ?

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    1. C’est bien la question que je me suis posée tout au long du livre, mais pourquoi ne le font-elles pas taire ! Mais c’est une réaction de femme occidentale, et qui a la chance de vivre dans un milieu « favorisé » culturellement. Ce n’est pas le cas de ces femmes, ni là bas, ni même ici.

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