Les sauvages, Sabri Louatah

Il faut donc d’urgence découvrir la famille Nerrouche. Ne vous laisser pas impressionner, mais ils sont nombreux, il y en a dans tous les coins, Ils sautent partout, agités d’une fébrilité électrique, mais aussi électrisante pour le lecteur, qui aidé par l’arbre généalogique placé judicieusement en début de roman, finit par en fixer quand même quelques-uns dans le cadre.

Les Nerrouche vivent à Saint Etienne, en banlieue, HLM, tours … et sont d’origine kabyle, et fier de l’être encore, surtout en ce jour où l’un des cousins, Slim, se marie avec une arabe d’origine algérienne ( et avec sa famille). Les Nerrouche, effervescents déjà au naturel, ne tiennent  pas en place, voulant la garder justement face aux algériens (et autres dissensions internes), s’entassent dans les voitures, à la mairie, dans l’appartement et sur le balcon de la redoutable mémé Khalida, en de constants aller retour entre la salle des fêtes et la salle des fêtes. Sans compter qu’il fait bien trop chaud pour un 5 mai.

Toute la famille est là, ou presque. Nazir, un cousin fâché à mort avec son frère, semble piloter à coup de SMS, une entreprise de sabotage sous marin, comme un aigle noir qui plane sur le cousin petit canard, Krim. On attend le coup de serre.

En cette journée de surtension familiale, Krim semble à côté du sujet. Le chouchou de sa mère, la pétillante Dounia, erre, de pause joint en pause joint, opposant à l’agitation ambiante, une sourde révolte. Il a déjà tout loupé, côté intégration, et accumule les clichés sociaux et identitaires, ni d’ici, ni de là bas, pas d’ailleurs, il traficote des trucs louches dans les caves avec le Gros Momo, et les SMS de Nazir laissent entendre que ça va déraper vers du plus lourd.

Alors que le mariage se fait, pas à pas, Slim se fait rattraper par d’autres désirs, Fouad le cousin de Paris, acteur de sit com,  tente d’éteindre tous les départs de feu possible, mais le bouquet final est à retardement.

En effet, si la famille est sous haute tension, la fébrilité est aussi en ce jour nationale et politique. On est à la veille, du second tour de l’élection présidentielle du 6 mai 2002. En face de Sarkozy, ce n’est pas une femme, mais un autre énarque, d’origine algérienne, un énarque aux cheveux crépus et au teint basané, avec en gros un programme de droite (genre Macron mais avec des origines algériennes et une femme juive ! ) . Chaouch est donné favori par les sondages, et chez les Nerrouche, il y en a qui croient à « l’avenir, c’est maintenant », (le slogan de Chaouch, sur fond de paysage français genre chaumières et éoliennes … Chercher la référence …) et les septiques, ceux qui iront voter et ceux qui n’iront pas. Avec eux, c’est tout le pays qui est plongé dans une attente exacerbée.

Entre le grand jour vers un nouvel avenir, et le mariage à l’avenir incertain, la lecture caracole à toute vitesse, montée sur ressorts narratifs. Pas le temps de faire dans la psychologie et l’analyse sociale, place à l’analyse en action.

J’ai frisé l’état de manque, les pages diminuant dangereusement avant que le tome II (et III et IV) me soient gentillement fourgé par T., dealer potentiellement capable de concurrencer A. M. et A.P. ( qu’il en soit remercié jusqu’à la fin des temps bréquiniens, ou presque !). Mon horizon à moi s’est éclairci, mais pour les Nerrouche, il y a de la fâcheuse posture dans l’air …

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8 commentaires sur “Les sauvages, Sabri Louatah

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    1. C’est écrit comme une série, effectivement, tout dans l’action, ou presque, il y a quand même un style qui va avec, particulièrement soigné sur l’évocation des lieux, pris en compte comme un acteur social, ou un révélateur d’un malaise social, plutôt. C’est très bien vu, j’ai trouvé.

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    1. Il y a quand même des scènes où les personnages se posent, pour que l’on arrive à leur donner une épaisseur, et des moments où l’action fait comprendre le malaise de ces français d’origine kabyle. L’auteur ne passe pas par l’analyse psychologique, il les fait agir, et parler (parce qu’ils parlent beaucoup aussi les Nerrouche !). Je pensais me lasser, mais non, je suis au milieu du III ! Ce qui me retarde pour « La nuit du bûcher ». …

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  1. J’ai souvent vu ce livre à la bib’ ou sur le net, mais je n’ai jamais pris la peine de lire la 4è de couv’ parce que le titre et la couv’ ne m’inspiraient pas. Et puis là, ben tu titilles ma curiosité forcément ! Je ne savais donc pas que ça tournait autour de la communauté kabyle en France. Intéressant ! Et l’intrigue et ses thèmes me parlent bien. Par contre, l’idée de 4 tomes me freine pas mal. J’ai déjà tellement de séries en cours… Pire que Netflix…^^

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    1. Je crois que si on ne me l’avait pas mis entre les pattes d’office, je n’y aurais pas non plus regardé de plus près, la politique fiction c’est pas trop mon truc, J’ai d’ailleurs décroché de la série de Dugain, que je trouvais trop caricaturale sur le monde politique. Les Nerrouche permettent de mettre plein d’humain dedans ! Pour la série, on peut prendre son temps ….

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