La couleur des ombres, Colm Toibin

Toutes les nouvelles de ce recueil ont l’Irlande en commun,  en point de mire ou en point de fuite, et en contre point, l’Espagne, essentiellement Barcelone, solaire ou misérable.

Toutes sont pleines de nostalgies, d’une mère qui se meure, sans paroles ni regrets ( « Un moins un »),  sans regrets non plus pour un Dublin aussi triste et gris qu’une vie à deux sans passion (« Les pêcheurs de perles »), ou qu’une maison perdue (« La famille vide »). Les personnages sont des solitaires assumés et sans rancœur. L’Irlande leur tient à cœur pour un souvenir, une parente, un amour, une enfance. Mais la plupart l’ont fui. Ainsi Gabi, une solide pointure dans son domaine, les décors de film, de l’autre coté de l’Atlantique et qui replonge, à la faveur des couleurs maussades d’un pub, dans la faille de son histoire de femme forte, redoutée et redoutable dans sa forteresse.

Les personnages croisent souvent le poids de l’église, de la famille, du droit chemin, il secouent les épaules et prennent la traverse … A demi mots, comme Lady Gregore, qui a la faveur d’un dîner mondain, tente de placer son histoire d’adultère à Henry James, pour qu’il s’en inspire, et qu’elle revive encore un peu.

Le plus souvent situées dans un entre deux, des espaces intimes de l’entre deux, des frontières, morales et sociales, ces courtes histoires racontent  des personnages s’ affranchissent dans un pas de côté, vers l’ailleurs et l’autre part, ou l’autre, tout court. Le personnage de « Barcelone 1975 » quitte l’Irlande à vingt ans pour vivre une homosexualité affranchie dans la ville qui alors que Franco se meurt et rate ce qui aurait pu être un amour. « La rue » retrace l’odyssée de Malky, un sans papier pakistanais, anonyme revendeur de cartes de téléphone, coincé de l’autre côté des Ramblas, le côté obscur des appartements glauques et louches. Abdel y rencontre Maky et se heurte aux tabous sexuels musulmans. Dans cette histoire encore, c’est par la petite porte qu’ils prendront l’air.

Face à cette Irlande que les personnages caressent du doigt de la nostalgie, l’Irlande, à la fois amour perdu et grisaille redoutée, l’Espagne, donc, comme point de rupture, là où l’on pourrait être soi, enfin, sans faux semblant. Ma préférée serait d’ailleurs « La nouvelle Espagne ». Carme, la mauvaise fille, la rebelle y fait un superbe retour aux sources dans la demeure insulaire et solaire de son enfance. Un pied de nez à la respectabilité crapuleuse de ceux qui enfouissent les souvenirs dans des campings de bungalows ….

Ces ombres ont donc de belles couleurs, patinées mais jamais sombres.

Et moi qui ne participe qu’à très peu de challenges, me voilà partie pour deux d’un coup ! 

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9 commentaires sur “La couleur des ombres, Colm Toibin

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    1. Ces nouvelles ne sont pas rudes, enfin, pas toutes …. Pas encore de roman irlandais présenté chez toi … Un O’Connor ? En même temps, des romans irlandais qui secouent, il y en a un certain nombre !

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  1. Je n’ai pas été transportée par ces nouvelles, même si elles ne manquant pas de qualités, par contre j’ai adoré les romans de l’auteur que j’ai lus (Brooklyn, Nora Webster, Le bateau-phare de Blackwater)

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    1. Pas transportée vraiment non plus, mais certaines sont vraiment justes, et l’atmosphère d’ensemble est plutôt cohérente. je n’ai lu que Broolyn de cet auteur, mais tu me remets en tête Nora Webster, que j’avais noté il y a un lustre de temps !

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