La ballade du café triste, Carson McCullers

Tu n’as jamais lu La ballade du café triste ? Tiens, c’est étonnant ! Cette remarque de mon homme aura eu raison du temps qui finissait par jaunir la couverture de ce recueil de nouvelles, en un accord quasi parfait avec la tonalité de la quatrième de couverture qui annonçait mélancolie, solitude, solitude d’amour ….

Je lis peu de nouvelles, de ces courts textes qui sont ramassés autour d’un moment, ultime ou révélateur d’un parcours, d’une erreur, d’un flottement d’une âme … la peinture d’un instant flageolant, d’un instantané  figé ou vacillant. Et ces textes sont exactement ce que je n’aime pas en ce genre ; une porte s’ouvre sur un personnage déjà tout fait, un coup d’œil sur l’âme qui flagole, et la porte se referme. Le voilà planté et moi la porte au nez, ouverte et refermée, à me fiche le bourdon. J’ai l’impression d’être un courant d’air à nostalgie.

Dans un petit matin blême, un tout jeune livreur de journaux s’entend dire « je t’aime » par un vieil homme solitaire, du fond d’un bar. Le vieux se révèle être un sage en matière de sagesse amoureuse …. Marty rentre chez lui, banlieue moyenne américaine. Sa jeune femme a saupoudré les tartines des enfants de poivre de Cayenne. Elle titube, elle boit en cachette, se cache. Elle fait une scène pitoyable devant les enfants. Marty veille … Un journaliste passe une journée à New York, après la mort de son père. Il y croise par hasard son ex-femme, se fait inviter chez elle le soir. Le lendemain dans la nuit, de retour à Paris, il comble de promesses le fils de sa nouvelle compagne ….

C’est drôlement bien vu, drôlement bien écrit, c’est subtilement vide, d’un vide pas creux, un vide voulu, un vide pour dire la vacuité. Mais tous ces gens qui passent m’indifférent, ne me retiennent pas, silhouettes à peine esquissées dans un arrêt sur image sépia.

La première nouvelle m’avait pourtant agrippée, La ballade du café triste, justement. Une ville désolée, une filature au ralenti, la marge du monde, une vieille maison, un visage derrière une persienne et commence l’histoire de Miss Amélia qui fut mariée pendant 10 jours à un voyou devenu doux par amour. Un nain surgi de nul part va bouleverser son âme solitaire. L’histoire presque enchantée d’un charme qui enchaîne une forte femme à un gnome ridicule, vire à la farce tragique. Elle a la trempe d’une vengeance perverse dans la lumière des lampions, accrochés à une véranda à jamais disparue. Et l’écho s’entend encore du chant des forçats enchaînés ….

Au moins, mon homme ne verra plus vieillir ce recueil sur mon étagère des « pas encore lus » (ou étagère à PAL)

 

 

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18 commentaires sur “La ballade du café triste, Carson McCullers

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    1. J’ai mal choisi mes recueils, je pense …. J’ai voulu profiter du challenge pour lire ceux que j’avais sous la main depuis un certain temps (voire un temps certain !) J’ai changé de tactique et je suis en train de lire un Quiriny qui me plait beaucoup plus !

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  1. Comme Marie-Claude, je n’ai lu que des romans de cette auteure que j’aime beaucoup. Et oui, la nouvelle est un art bien difficile… je ne m’y frotte pas souvent non plus, mais il arrive que j’y prenne du plaisir, comme avec les 2 recueils lus à l’occasion de l’activité de mai..

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    1. J’ai vu passer tes deux notes, tu as mieux choisi que moi … Même si Murakami ne me tente toujours pas, « Complications » me fait de l’oeil ! Je crois que je préfère quand les nouvelles ont un lien entre elles, comme dans le Quiriny que je suis en train de lire. Un lien qui ne soit pas seulement une unité de ton ou d’atmosphère, sinon, je me lasse en fait !

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      1. Complications te plairait, j’en suis presque sûre ! Et ce serait vraiment dommage de ne pas lire « Le cœur est un chasseur solitaire », malgré son horrible titre, mais quels beaux personnages !

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    1. Je les remplis de l’autre côté, mes étagères !!! Et en plus, je fais un passage demain à Etonnants Voyageurs. Mais je serais sûrement moins tentée que d’habitude, vu que je ne resterai que l’après-midi ….

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    1. Ce recueil devait être sur mes étagères depuis au moins deux ans …. Il y a d’autres titres qui attendent depuis encore plus longtemps … Et j’achète quand même de nouveaux bouquins ! Si c’est pas une addiction, là ….

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  2. Je garde un souvenir d’ennui mortel à l’étude d’un roman de Carson McCullers à la fac du coup je ne suis pas prête de replonger dans son univers même si ce recueil est considéré comme un des grands classiques de la littérature américaine.

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