La sérénade d’Ibrahim Santos, Yamen Manai

Cette année, je ne suis passée qu’une brève journée à Étonnants voyageurs, et je n’ai assisté, par le grand des hasards, en plus, qu’à une seule rencontre. Mais ce fut une belle rencontre. D’abord entre deux des écrivains présents, Yamen Manai et Miguel Bonnefoy, et ensuite avec le public, conquis par les prestations orales des jeunots, bien plus étoffées et convaincues que celles d’autres écrivains reconnus et chenus. (Bon, il faut dire aussi que les deux sont aussi mignons à croquer que leur parole à entendre, ce à quoi, l’amie A.M. et moi même, n’avons pas pas insensibles) Elle a craqué pour le miel (L’amas ardent) et moi pour le rhum ( La sérénade d’Ibrahim Santos).

Conte philosophique, réalisme magique, ça peut faire fuir, entre deux références canoniques, le Voltaire et le Marqués. La lectrice pourrait se sentir engoncée et craindre l’intellectualisme. Que nenni, les deux sont joyeusement troussés et le rhum passe tout seul.

Ce fameux rhum est originaire de Santa Clara, village oublié des cartes et de la révolution qui a été menée par Alvaro Benitez (et cela sent fortement Cuba …). Depuis vingt ans, le pays est rentré dans la nouvelle ère de la modernité, ce dont Santa Clara et ses habitants ignorent tout.

Ils cultivent la canne à sucre et distillent à leur rythme, leur terre est la leur parce que c’était celle de leur père. La météo est annoncée par les sérénades infaillibles d’Ibrahim Santos, un don des plus fiables, venu des profondeurs d’un ancêtre de la lointaine terre andalouse. José Vasquez, titulaire du mégaphone municipal, ne proclame que les baptêmes et les mariages. Bolivar, le barbier, rase presque gratis dans sa boutique ouverte sur la place où le vieux Ruiz tire sur son cigare, assis sur sa chaise en teck et attend la mort en discourant philosophie de la vie. Le maire ouvre sa mairie à l’heure aléatoire des taxes et soigne des cochons qui s’avéreront fort juteux … Seule Lia Carmen est inquiète. Dans son marc de café pointe le nez inquisiteur de la révolution.

Le dictateur a goûté le rhum de Santa Clara …. le patelin perdu qui vivait sa vie de patelin perdu doit être retrouvé, le plus rapidement possible, un contingent militaire est expédié à sa recherche pour préparer la venue de son excellence, frère du dictateur … Et instaurer le nouvel ordre presque pareil que l’ancien, mais avec de nouveaux mots d’ordre, dont la productivité rationnelle ….

Fable politique, burlesque et réjouissante, fable écologique, celui qui tentera de mettre au pas du rationnel le violon d’Ibrahim, n’aura pas forcément la conscience tranquille et la sérénade n’est pas dite …

Cette fable politique est aussi une réussite poétique où l’on oublie les références du genre pour se laisser prendre aux charmes allègres d’une langue très finement maniée.

 

 

 

 

 

4 commentaires sur “La sérénade d’Ibrahim Santos, Yamen Manai

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    1. En fait, le vrai rhum, je n’aime pas, enfin, je n’y connais rien en fait ! Mais pour ce titre, j’espère tenter quelques lecteurs parce que c’est un très bon titre, le premier de ce jeune auteur, et je suis certaine qu’il pourrait beaucoup plaire, et notamment à toi, il donne le sourire ce texte ….
      J’attends des nouvelles de ma copine qui a acheté le deuxième, celui avec les abeilles ….

      J’aime

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