Nous avons toujours vécu au château, Shirley Jackson

Deux sœurs, Mary Katherine et Constance Blackwood, et leur vieil oncle infirme et radoteux , vivent en reclus volontaires dans la demeure des Blackwood, entourés d’un gigantesque parc, de hauts murs, et de la haine des villageois. L’accès au château est fermé par des cadenas et protégé par les incantations magiques de la cadette, Mary.

Le mardi matin est le jour détesté de Mary, celui des courses au village. Elle seule sort du domaine. Comme dans les jeux à spirale enfantins, Mary passe de case en case, d’épreuves en épreuves. Traverser la route et passer à la case suivante, l’épicerie, avancer de deux cases, la bibliothèque et le café. Une halte par provocation, passer un tour. Puis retour à la case départ, la pierre noire marque l’entrée du domaine et sa victoire sur les regards haineux qui la suivent et les commentaires acerbes qui la poursuivent. Les enfants à son passage poussent parfois une rengaine qui la vrille : « Merricat, dit Connie, veux-tu une tasse de thé ? Oh, non, fit Merricat, tu vas m’empoissonner.  Merricat, dit Connie, voudrais-tu fermer l’œil ? Dans un trou au cimetière, au fond d’un vieux cercueil ! « . Ce pourrait être sinistre, mais non, c’est sautillant comme une comptine gothique …

Dans la demeure, le récit du jour qui fut « leur dernier jour » est dévoilé petit à petit par le vieil oncle qui le ressasse et en note tous les détails depuis six ans …. Les deux soeurs le cajole comme elle prennent un soin attentif à ce que tout reste en place, jusqu’à la moindre tasse à thé à deux anses, jusqu’au moindre sucrier à petites fleurs roses et à liserai  doré. Elle vivent dans ce raffinement entassé par les femmes Blackwood depuis des générations. A la cave, s’alignent les bocaux de confiture et autres merveilles que Constance distille, comme une fée de potager. Elle ne quitte guère son royaume, la cuisine. Celui de Mary est le parc, immense et boisé. Elle y enterre ou y cloue les protections magiques les plus hétéroclites, autant de symboles qu’elle choisit soigneusement.

L’oncle et les deux nièces mènent ainsi leur vie paisible, faite d’habitudes, d’attentions et d’oubli … Chacun sait la vérité du secret qui les a fait détester, qui fait naître la peur, la crainte, et une certaine fascination morbide qu’ils sentent autour d’eux, à moins que ce ne soit Mary, la sauvageonne qui ne les tissent de son imagination …

Le havre de paix est singulier, étrange à souhait, un régal de conte gothique, le secret est bien lourd mais gardé comme le trésor qui enchante le texte … jusqu’à ce que le grand méchant loup ne toque à la porte ….

 

 

6 commentaires sur “Nous avons toujours vécu au château, Shirley Jackson

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  1. Il est dans ma pal et prend la poussière. Il me fait peur… Pas dans le sens de faire des cauchemars; plutôt parce que c’est un classique / gros morceau. Les attentes… Les risques de déception…
    Ton billet me rassure et j’ai très envie de rencontrer ce grand méchant loup!

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    1. Aucune appréhension à avoir, franchement, il se lit très facilement ! Je ne savais pas que c’était un classique … En tout cas, je ne dirais pas que c’est un gros morceau … mais un morceau de choix, oui !

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