Station Eleven, Emily St John Mandel

La nuit où le célèbre acteur Arthur Leander meurt en jouant le Roi Lear sur la scène de l’Elgin thater de Toronto, sous les yeux de Jeevan Chauhary, sauveteur impuissant, et de la toute petite version enfantine de Cordélia, est la dernière où le monde civilisé a fonctionné avec tous ses possibles allumés.

En effet, c’est aussi la première nuit où le virus de la grippe de Géorgie a donné sa pleine puissance. Après, il a continué à tuer, jusqu’à ce qu’il ne reste plus grand monde de vivant et plus de civilisation à faire fonctionner.

Vingt ans de chaos plus tard, « la symphonie errante » est constituée de survivants qui jouent encore et toujours Le Roi Lear, le long des rives des lacs Huron et Michigan, dans une région plutôt apaisée. Dans ce qu’il reste des villes, ils proposent musiques et théâtre, le temps d’un soir, aux familles, constituées en des sortes de clans, repliés sur eux mêmes pour survivre. Tout est rudimentaire, moyens de transport, conditions de sécurité, de vie.

Les temps de la grande violence semblent s’éloigner, mais la barbarie prend une autre forme, celle de la peur de l’autre et surtout, celle des sectes, et de la parole d’un prophète. Les graines sont semées pour d’autres tyrannies que celles de la faim et de la loi du plus fort.Dans la troupe, la version enfantine de Cordélia, Kirsten,  a grandi, vingt après la mort d’Arthur, elle garde de lui quelques images et très peu de souvenirs de la vie d’avant.

Le lien entre l’uchronie post apocalyptique et le passé des personnages se fait par les deux albums d’une étrange bande dessinée qu’elle a réussi à conserver. Ils mettent en scène le Docteur Eleven, réfugié dans une mystérieuse station-planète-volante. Ses ennemis vivent dans les abysses, chevauchant des hippocampes géants aux yeux vides et ronds.

Kirsten fouille les maisons vides, quand elle en trouve encore, à la recherche de traces du passé de la civilisation, mais jamais la série du Docteur Eleven n’apparaît, elle semble être une clef, mais de quoi …

Le premier fil rouge de ce roman est donc les pérégrinations de la troupe de théâtre, à la recherche de deux de ses membres égarés, et poursuivie par les troupes du prophète. Et ma foi, dans le genre, rien de nouveau. Le deuxième fil rouge, plus complexe et assez touchant, se construit à partir de la tumultueuse vie amoureuse d’Arthur et de celle qui a créé Eleven, qui a donné vie à ces mystérieuses images d’une vie future, ancrée dans les profondeurs d’un passé intime à jamais disparu.  Nous seuls, lecteurs, en sommes les archéologues, resituant un indice dans l’image, un profil dans le dessin.

C’est vraiment cet aspect là du roman que je retiens, plus que l’évocation d’un monde qui hésite encore à basculer dans un nouveau chaos, ou à trouver une autre lumière que celle de la foi, qui m’a paru assez convenu, finalement.

Même si Shakespeare 1- Prophète 0, c’est toujours bon à prendre !

 

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11 commentaires sur “Station Eleven, Emily St John Mandel

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  1. J’avais noté à la sortie et quand j’ai vu qu’il sortait en poche, j’ai exulté… puis je suis retombée par hasard sur la chronique de Sandrine à son sujet, qui m’a complètement refroidie. Ton avis est moins éreintant, mais je comprends qu’on est loi du chef d’oeuvre que certains nous ont vendu… je passe. Comme j’étais frustrée, j’ai acheté un autre roman d’anticipation à la place, un Montero qui a l’air drôlement bien (Des larmes sous la pluie)…

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    1. Je suis passée à côté de la note de Sandrine, je vais aller la lire, du coup … Mais de chef d’oeuvre, point du tout, c’est certain ! je ne lis pas beaucoup de romans d’anticipation, mais quand même assez pour juger que celui-ci n’a rien de particulièrement novateur. Je ne connais pas le titre de Montero,, je me laisserai peut-être tentée, selon ce que tu en dis. keisha aime beaucoup, c’est déjà un point de marqué !

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  2. J’avais tellement aimé ce livre, son atmosphère, l’intrigue elle-même, son rythme tranquille mais hypnotique, le mélange improbable des univers (Hollywood, SF, BD, Shakespeare, monde post-apocalyptique, etc), j’ai trouvé le récit bien ficelé. Une belle surprise pour ma part.
    Par contre, pour répondre à Ingannmic, j’avais été très déçue par Des larmes sous la pluie alors que j’adore Montero.^^ (mais je suis une des rares à être passée à côté de ce roman a priori)

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    1. Ce que je retiens de positif pour ce titre est effectivement les aller retour entre les univers, sauf que finalement, c’est tout … La partie anticipation post apocalyptique n’offre pas assez de prise, elle se déroule sans anicroche, ni relief. Le personnage du prophète semblait offrir une autre profondeur, et puis, non, finalement … Ou alors, c’est moi qui suis difficile.
      Je vais attendre un peu pour le Montero de toute façon, l’anticipation, c’est à petite dose chez moi !

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  3. Globalement, j’avais aimé cette lecture, je me souviens toutefois que j’ai surtout apprécié la première partie, moins la deuxième qui m’a paru se perdre dans des épisodes plus convenus.

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    1. Je me disais en le lisant que ce que je préférais sont les pages qui décrivent la fameuse bande dessinée, j’ai d’ailleurs cru qu’elle existait vraiment, une sorte de BD culte, mais je n’ai rien trouvé de ressemblant sur la toile …

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    1. Je viens de lire ta note, et je rejoins tes critiques, il y a plein de bout de bonnes choses qui sont laissées de côté (dont le personnage de Tyler, le prophète), au profit de scènes peu reliées à l’intrigue principale, je pense notamment à la scène du repas où Miranda comprend que son mari va aller convoler ailleurs … Pas compris l’intérêt !

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    1. Je me suis mieux retrouvée dans l’atmosphère du Mur invisible, le personnage en plus dégageait une énergie singulière, comme les deux soeurs de Dans la forêt … L’idée de Shakespeare était séduisante, pourtant, c’est ce qui m’avait tentée !

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  4. J’ai hésité à l’acheter car je l’ai beaucoup vu circuler sur la blogo pendant la rentrée littéraire. Comme j’adore Lear, je note aussi ( ce post-apo ressemble beaucoup à la peste écarlate dans le propos que j’ai lu récemment mais j’aime beaucoup ce genre donc je vais me laisser tenter encore une fois 🙂

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