Cette main qui a pris la mienne, Maggie O’Farrell

Non seulement, le titre fait carrément nunuche, mais l’illustration de la couverture aussi, ce qui fait que, heureusement, le souvenir d’un autre titre de cette auteure, qui m’avait marquée, ( L’étrange disparition d’ Esme Lennox) m’a poussé vers ce titre. Et cela aurait été dommage de se priver de l’histoire de deux battantes, deux femmes séparées par bien d’autres choses que le temps, et qui ont un combat à mener. Le fil entre elles est à la fois ténu et solide.

La première a plusieurs prénoms, qui suivent sa vie à facettes. Alexandra, Sandra, Lexie … Elle piétine d’impatience dans un jardin. La vie est sans relief, entre sa mère qui lui donne le dernier né à garder et un paysage de moutons à regarder friser. Elle a vingt et un ans, elle ne sait ce qu’elle veut faire, mais elle est sûre que c’est autre chose que de rester plantée dans son village isolé, à la limite du Devon et de la Cornouailles.

Le hasard d’une panne de voiture plante Innès derrière la haie du jardin. Et lui, l’esthète, le critique d’art, l’homme à femme, le dandy, tombe en arrêt devant le visage et l’énergie de la jeune fille. Lui, il la voit en madone, en fresque de la Renaissance. Ils s’accrochent, se flairent, puis, il disparaît vers Londres, mais l’horizon de Lexie s’ouvre. C’est là-bas qu’il lui faut aller. L’écho de cette rencontre lui fait trouver le point de rupture vers l’indépendance. Et c’est au bras de l’homme qu’elle a choisi qu’elle arpente les rues de Soho des années soixante et met le pied dans sa revue d’art. Volontaire, amoureuse,  elle dévore les nouveautés offertes et se construit, inexorable aux larmes. Pour les deux autres vies qui lui restent à vivre, elle aura bien besoin d’une carapace.

La deuxième femme est Elina, elle nous est plus contemporaine. Elle vient de Finlande, s’est fixée dans le grenier aménagé de Ted, avant de redescendre d’un étage. Elle est artiste peintre, amoureuse mais remplie d’indépendance et de ruptures. Mais, là, son énergie est derrière elle. Elle a son bébé dans les bras mais aucun souvenir des deux jours qu’a duré l’accouchement. Des vides qui se prolongent et avalent ses journées, autour du bébé et d’un nouveau quotidien qui lui échappe. Ted, lui, connait les vides de la mémoire depuis toujours, de son enfance, rien n’est resté. Mais la naissance de son fils fait resurgir une, deux trois images, et à son tour de vaciller, alors que franchement, c’est pas vraiment le moment. Sa mère tourne autour de son enfant, de son couple, maîtresse femme sans réelle tendresse, on ne sait ce qu’elle cherche.

Entre ces trois femmes, il s’est joué, et se joue encore, un tour de passe passe. Le lien, on sait qu’il existe, mais l’auteur prend le temps qu’il faut pour nous les rendre attachantes (même la troisième, même si c’est in-extrémiste, quand même, et de la pointe fine de la plume ). Les sentiments sont aussi complexes que les personnages, et les rouages de la construction narrative s’enclenchent avec rigueur.

 

 

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16 commentaires sur “Cette main qui a pris la mienne, Maggie O’Farrell

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  1. Je suis d’accord avec toi : l’édition française ne sert pas ce roman… Je ne me rappelle plus précisément cette lecture mais elle m’avait plu, par contre c’est « L’étrange disparition d’Esme Lennox » qui m’a le plus marquée.

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    1. J’ai regardé le titre en anglais, il sonne aussi nunuche … Cette lecture n’est peut-être pas marquante, mais j’ai bien aimé les deux figures féminines même si ce sont des archétypes de « femmes fortes », par moments …

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  2. Mais oui, qu’est-ce qu’ils sont allés chercher ce titre et cette couverture, ça ne donne pas du tout envie !!^^ Je garde un bon souvenir de L’étrange disparition d’Esme Lennox aussi heureusement. Peut-être que je m’aventurerais dans cet autre roman un jour.

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