Meurtres à Willow Pond, Ned Crabe

Agatha Christie est transposée dans le Maine, dans un camp de pêche de luxe, un lodge, Willow Pond, aussi fructueux en poissons qu’en source de revenus et qu’en rancœurs familiales. Les ingrédients british prennent la couleur locale. La pêche au black bass remplace le golf et l’élégance aristocratique est mise à mal par des personnages aussi caricaturaux que vulgaires. Heureusement, Hercule Poirot est resté coincé dans un placard (je déteste Hercule Poirot).

Si l’intrigue reprend les bases de la classique anglaise ; le huis clos, les multiples suspects possibles, la haine et l’intérêt comme mobiles, le meurtre prévisible et annoncé qui reste mystérieux une fois commis comme prévu … c’est avec de gros hameçons en plus, et un effet de surprise proche de l’expression de la tête de caribou accrochée dans le bar du lodge.

La tenancière du lieu est détestable, d’abord par les personnages et rapidement aussi par moi, lectrice accablée par la grossièreté des traits de la vieille dame. Dure, vindicative, agressive, à 77 ans, elle tient les clefs du domaine et ses neveux, Brad, Merrill et Kipper bien serrés dans la nasse de son héritage. Ils étouffent de rage, et le roman ne se prive pas de le répéter …

Brad et Merril sont les guides de pêche qui posent pour les publicités du lodge et en assurent le succès par leur compétence  : il est alcoolique, elle est toxicomane. Kipper est homosexuel et mené par le bout du nez par son frêle amant français, le cuisinier. Tous veulent partir, mais aucun des trois ne peut s’émanciper de la férule de la méchante tante qui ne négocie aucune part de l’héritage. D’autant plus qu’elle vient de ferrer un étalon, un bellâtre sur le retour, dont elle compte bien profiter, autant que lui compte le faire de sa fortune à elle.

Évidemment, les neveux ne pensent qu’à faire disparaître la vieille carne, mais pas qu’eux, leurs conjoints sont aussi de la partie, dont un ex-futur mari véreux et une ex-future femme lubrique. Cependant, une fois que la vieille est trucidée, et c’est long le récit des mobiles de chacun … l’intrigue se délite complètement en autant de scènes où les résidents, amateurs de bonnes blagues se claquent sur les cuisses, pendant que les présumés coupables se tordent dans des situations foireuses et inutilement alambiquées. Deux observateurs se joignent à l’enquête qui avance à la vitesse incohérente d’un banc de poissons, ils ne servent à pas grand chose, mais les enquêteurs non plus, en fait, même pas la super enquêtrice dont le regard est censé glacer le sang des coupables en un clin d’oeil.

Le pire est que je suis certaine que le but est de faire sourire, cette parodie se veut sûrement ludique et réjouissante, pour moi, le pastiche est foutraque et lourdingue. Je me suis senti complètement en osmose avec la tête du caribou, placide, celui qui était accroché au mur du bar.

 

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12 commentaires sur “Meurtres à Willow Pond, Ned Crabe

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    1. Si jamais compris avant de le lire que c’était une parodie, je ne l’aurais pas lu non plus ! Ce n’est pas mon type de polars. D’ailleurs en général, je n’aime pas les polars qui se veulent drôles, je n’ai même pas vaguement souri.

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