Irezumi, Akimitsu Takagi

Parmi mes incohérences, il y a l’obstination à tenter de lire de la littérature japonaise, obstination tempérée par la conscience lucide que je n’y comprends rien. Kafka sur le rivage, je l’avais terminé avec un certain plaisir, et après, je me suis dit qu’il ne fallait pas gâcher l’interlude en renouvelant l’expérience. Seulement voilà, cette frontière que je ne peux franchir m’agace. Donc, je retente du japonais, de temps en temps … et  Irezumi, à cause d’une lectrice qui ne voulait pas l’acheter, pour des raisons qui m’ont mis l’eau à la bouche ; tatouages, Japon juste après Iroshima, perversion, meurtres en série .. L’esprit de contradiction a sorti l’oreille ..,

Mais pas la bonne. Dix pages et je doute, dix huit pages et je bloque. Tant pis, je le fourre quand même dans le sac, avec trois autres pour aller prendre le large chez des amis, qui se trouvent être, pur hasard, de fins connaisseurs du Japon et de sa culture. Mais qui même si ils en parlent la langue, n’en goûtent pas l’aspect littéraire.

Verre de vin blanc, frais, voire très frais, en main, on attaque nos réticences, et on cerne deux pistes.

La première, la langue ; pas la traduction, mais la langue en elle même. Selon mes spécialistes, elle est basée sur le non-dit. Le traducteur littéraire serait obligé d’y rajouter de la chair, d’expliciter les mots qui fonctionnent seuls en japonais. Ce serait cette chair qui nous colle aux doigts.

La seconde;  la retenue extrême qui fonde les relations entre les japonais, aurait son pendant dans une violence extrême qui jaillit dès que la bride se lâche un peu. En littérature, la retenue doit être explicitée, sinon, elle nous échapperait . La violence crue et radicale, posée notamment dans ce titre, manquerait des artifices ornementaux qui pour nous, serait de convenance pour nous la faire avaler. Genre sushi sans la peau autour.

Je ne sais pas ce que valent ces hypothèses, toujours est-il que j’ai définitivement planté Irésumi à la page 72. En plein festival du tatouage. Tant pis pour le Japon de l’immédiate après guerre, envahi de GI et de corruptions, Tant pis pour l’art suprême du tatouage, sa pratique et son rôle dans la perception sociale nipponne.  Tant pis pour le docteur maboul du tatouage qui paie les vivants pour avoir leur peau après leur mort. Soit, « la morale et l’esthétique sont deux concepts bien distincts » (dixit le personnage), mais sans aucune des deux, la coquille est vide de sens pour moi. Et tant pis pour Kinéo, la belle geisha au torse tatoué par son propre père qui va se faire couper en morceaux. Mais moi, ma morale esthétique se heurte à l’envie de pouffer quand elle invective le docteur qui veut sa peau à coups de « sale nigaud », « ce que vous pouvez être bête ! » et « Me prendriez vous pour une trainée ? » (ce qui est quand même le comble pour une geisha …)

Je passe l’arrière fond historique qui sent à plein nez la vulgarisation scientifique type wikipédia, plaquée à destination du lecteur néophyte, comme le genre d’encart culturel qui vous explique que l’augmentation du nombre de femmes tatouées serait liée à la libido en baisse des japonais vaincus.

Ma foi, 72 pages, seulement, c’est très juste pour juger, j’ai peut-être loupé le polar nippon par manque de patience. Je suis repartie de mon week-end avec le bouquin, les trois autres et Le dit de Murasaki de Liza Dalby en plus. Comme quoi, même un livre que l’on arrive pas à lire peut en entraîner un autre …

 

 

 

 

 

 

 

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16 commentaires sur “Irezumi, Akimitsu Takagi

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    1. Merci pour le compliment … On a vraiment tenté de comprendre, mes amis et moi, ce qui coinçait. Mon homme était là aussi, mais lui, cela fait longtemps qu’il a abandonné la littérature japonaise. Ce ne sont que des remarques de non initiés, même si eux sont super pointus en culture asiatique mais on s’est bien amusés aussi d’où ma note, parce que franchement, j’aimerais bien avoir d’autres « ressentis ». Un continent littéraire qui m’échappe, ça m’énerve !

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  1. Super billet qui m’a beaucoup amusée ! Aaaah moi j’adore la littérature japonaise, la culture japonaise en général devrais-je dire car elle a justement ce quelque chose de très extra-terrestre pour nous, mais en même temps de très civilisé et familier. Après je n’accroche pas forcément à tout côté romans, mais là c’est comme pour tous les pays je dirais, certains auteurs/romans nous parlent, d’autres pas, je ne suis pas certaine qu’on puisse généraliser et rejeter toute une littérature d’un pays pour 3 ou 4 titres peut-être mal choisis.;-) Typiquement, si je fonce assez facilement tête baissée dès que j’entends Japon, ce roman-ci ne m’aurait pas attirée, je ne l’aurais pas ressenti pour moi. D’ailleurs tu abuses, au bout de de 18 pages tu bloques mais tu embarques quand même le livre, haha !! Et sinon, Murakami, c’est mon auteur chouchou !:-)

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    1. Je ne rejette pas la littérature japonaise ! C’est elle qui ne veut pas de moi ! ^-^. par contre, je trouve qu’il y a une singularité dans la civilisation japonaise, notamment la notion de codes sociaux et relationnels qui, effectivement, donne ce côté extra terrestre dont tu parles. J’ai par exemple été invitée à un mariage entre une japonaise et un français. C’était très compliqué, et je ne parle pas de la langue, de déchiffrer les attitudes, de ne pas faire de gaffe, pour nous, occidentaux. La mère du marié nous avait distribué un code de « bonne conduite » … Je ne suis pas certaine que nous en aurions eu besoin dans un mariage orthodoxe. Mais bon, pour l’instant, je n’est pas été invitée à un mariage orthodoxe !

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  2. Contrairement à toi, j’aime la littérature asiatique, mais pas tout, loin de là, comme dans la littérature occidentale. Lire Claude Simon est aussi une épreuve, aussi incompréhensible que le japonais !!! Le côté non-dit ne me dérange pas, même si j’ai conscience de la perte de subtilité à la traduction. Celui que tu as abandonné n’était peut-être tout simplement pas bon …

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    1. Lire Claude Simon est aussi une épreuve pour moi, d’ailleurs, j’ai arrêté ! Mais là où je ne suis pas vraiment raccord avec toi, c’est que dans le cas de Claude Simon, je connais les codes, je n’adhère pas, mais je sais où je suis, dans le nouveau roman, l’écriture réflexive, etc … Et par exemple, j’ai lu pas mal de romans coréens, vietnamiens … Et je n’ai aucun mal à rentrer dans l’univers, notamment celui d’une auteure que j’adore, Duong Thu Huong (Terre des oublis !!!!), ce pourquoi je m’interroge sur la particularité japonaise, et effectivement, ce roman n’était il tout simplement pas bon …

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  3. :))) Je te comprends assez, j’ai une minuscule expérience de la littérature japonaise mais 1Q84 m’a tellement dégoûtée que j’en reste là pour l’instant. Ta persévérance est admirable 🙂

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    1. Pourquoi pas en effet, je ne connais pas cet auteur. Silence, un peu entendu parler (mais pas en positif …), La fille que j’ai abandonnée me tenterait davantage, d’après les citations de Babelio. Merci du conseil en tout cas, ce sera mon prochain auteur japonais !

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  4. Un ami vient de m’envoyer son exemplaire. J’aime beaucoup la littérature japonaise mais de loin pas certaine que j’aimerai ce roman. On verra; pour l’instant, il a rejoint ma pile et risque d’y rester un moment.

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  5. Et si tu commençais en douceur en lisant des romans plus ludiques portant sur une période bien particulière du Japon, mais pas écrits par des japonais ? Je pense à L’attrapeur de libellules par Boris Akounine, Les mille automnes de Jacob de Zoet par David Mitchell (tous les deux chroniqués sur mon blog) ou Geisha par Arthur Golden. Histoire de mieux connaître le Japon avant d’affronter ces redoutables auteurs japonais 😉

    Ensuite, pourquoi pas tenter Fille de joie de Kiyoko Murata, Heaven de Mieko Kawakami ou L’annulaire de Yôko Ogawa ? Ne laisse pas tomber, en tout cas !

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    1. Geisha m’a bien tenté, pendant un certain temps, je ne connais pas les autres titres mais je les note, car je pense en effet que lire des titres sur cette civilisation est une bonne idée, avant de me relancer dans la littérature du « cru ».
      Merci de tes indications, je vais feuilleter ces titres en librairies, pour commencer !

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  6. J’en garde le souvenir d’un polar hyper classique dans sa construction, pas follement original mais qui a le mérite de faire découvrir l’état déplorable du Japon de l’immédiat après-guerre.

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