Une odyssée, Daniel Mendelsohn

Le sous titre donné par l’auteur est « un père, un fils, une épopée », ce qui résume parfaitement l’histoire en laissant le double sens jouer sur l’épopée, celle d’Ulysse, celle du père, Jay, et de son fils, Daniel, adulte, érudit, bon fils, bon père, écrivain, et prof d’université. Pas vraiment un Télémaque plaintif et perdu, tout comme Jay n’est pas un héros qui vainc les cyclopes et se laisse séduire par Circé, loin de là. D’ailleurs, il ne peut pas le saquer, Ulysse, il le trouve lâche et prétentieux.

Mon sous titre à moi serait : « comment se régaler de l’étymologie grecque au petit déjeuner » ou pire encore « comment enfin comprendre l’intérêt universel de L’Iliade ». Parce qu’il me faut bien l’avouer moi, le retour d’Ulysse à Ithaque, ses tours et ses détours, ses retours en arrière à spirales, ses répétitions superfétatoires, je ne l’ai lu qu’en morceaux choisis et franchement, mon niveau d’interprétation en était resté à celui d’un gigantesque roman d’aventures.

Ses morceaux choisis suffisent d’ailleurs à apprécier aussi bien la relecture de l’épopée antique que, la découverte de celle, en mode mineur moderne, de Jay et Daniel.

Jay a été un père présent, un vrai père, et un père exigeant, voire dur, voire lointain, sans aucune violence mais dans la ligne droite de ses principes et de ses diktats familiaux, que Daniel pensait inamovibles. Les failles affectives vont vaciller de part et d’autre, sans tremblement de terre ni roulement de cymbales, ni grand retour … Jay est un homme ordinaire, finalement, qui s’est forgé une vie, avec quelques mensonges et arrangements, un père qui agace son fils avec ses manies, un fils qui aime ce père là.

L’odyssée se fait en deux temps.La première part de la demande Jay, à quatre vingt un an, il souhaite suivre le séminaire de son professeur de fils sur L’Iliade, à l’université. Le fils accepte, il connait la passion contrariée de son père pour la langue grecque. Gérer un homme de cet âge, qui plus est quand il est son père, au milieu d’un groupe restreint d’étudiants parfois peu enthousiasmés par les théories professorales, n’est pas tâche aisée. L’auteur y montre son érudition, sa profonde connaissance du texte et de ses méandres, mais aussi les interrogations auxquelles son public le pousse. Et c’est passionnant, jamais pédant, ni, justement, universitaire.

La deuxième odyssée est le récit du voyage auquel le fils a, cette fois, convié le père, une croisière en Méditerranée sur les traces des lieux d’Ulysse, une journée en chaque port, une quête presque initiatique, une redécouverte commune, dans les pas de l’autre, sans mythologie, Juste à la mesure humaine. Jay, homme de devoir, s’est forgé sa morale de l’effort, rien n’a de valeur si cela ne coûte pas quelque chose, la réussite est à la hauteur des obstacles, il ne se métamorphose donc pas en un joyeux luron euphorique et bienveillant. Il reste lui même, juste un peu plus proche. Cet attachement de l’auteur à rendre la simple complexité d’un homme fait de cette aventure une anti Iliade. ( de toute façon Jay et Circé, on voit bien que ça pourrait pas coller !)

Daniel ne fait jamais de son père un héros, même dans la lutte finale contre la dégradation physique, brutale, puis intellectuelle, radicale. L’Iliade est le marqueur d’une relation à chaque fois recommencée, de génération en génération, depuis qu’Homère a mis des mots sur les exploits, les ruses, parfois cruelles, les échecs, d’un personnage de père qui se nommait Ulysse.

 

 

 

 

 

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15 commentaires sur “Une odyssée, Daniel Mendelsohn

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    1. Heu … Pour le texte d’Homère, pas certaine, je crois que les analyses de l’auteur me suffiront, j’ai peur que la source me déçoive un peu, du moins que je sois pas assez fine pour en voir le sens général. mais là j’ai tout compris. Et un été avec Homère m’avait beaucoup déçue, alors que je suis fan de Tesson, mais aussi bien à l’écoute qu’à la lecture, il manquait une épaisseur, j’ai trouvé que cela sentait la commande.

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    1. Peut-être parce que cela peut faire peur comme sujet, Homère, bouquin pour spécialistes … Alors que non, pas du tout ! C’est Jay le sujet,et j’ai beaucoup aimé la distance prise par l’auteur vis à vis de la relation avec son père, elle sonne très juste.

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    1. En fait, c’est Les disparus que je voulais lire, suite à ta note à ta participation au challenge de Brize, et il n’était pas dans ma librairie, du coup j’ai craqué pour le format broché Pfffffffffffffou … tu vois l’influence que tu as sur moi ? c’est terrible ! Du coup, je note aussi L’étreinte fugitive, et rePffffffffffffffffffou.
      Je cherche une idée pour notre prochaine LC, du Hardy, ça te dirait ? ou alors un japonais, j’ai eu plein de références dans les commentaires, je ne sais que choisir pour retenter. Tu me dis si tu as pensé à d’autres pistes.
      Tu as vu que Willock va sortir sortir un nouveau titre ?

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  1. Hardy me tente pas mal, je ne connais pas du tout, et je l’ai mis sur ma liste de souhaits. Je sais que la littérature japonaise n’est pas trop ta tasse de thé, et je viens d’en lire un… quant à Willocks, à voir, je n’avais pas vu qu’il sortait un nouveau titre mais j’avais fait l’impasse sur son dernier (suite à ton billet, je crois, tu vois l’influence est réciproque !!)

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    1. Le prochain titre de Willocks sera La mort selon Turner … Mais je ne suis pas certaine non plus de me laisser tenter, tant Les douze enfants de Paris m’avait déçue … Pour le Hardy, je ne l’ai pas vu dans ta liste, mais tu as d’autres titres qui me diraient bien; le Vuillard ? un polar ? J’ai envie de polars en ce moment, et je n’arrive pas à en trouver un qui me convienne. Je viens de terminer un titre d’un auteur italien qui a failli me tomber des mains tant mes yeux se fermaient …

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  2. Le Hardy est sur une liste clandestine : celle des livres que je veux lire mais que je n’ai pas encore achetés… ceux qui figurent sur mon blog sont sur mes étagères. Le Vuillard a l’air assez coton mais pourquoi pas, ce serait l’occasion.. sinon, en polar, je pensais lire bientôt Back-up de Colize ou Après la guerre de Le Corre. Je suis aussi ouverte à tes propositions !

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    1. Parce en plus, tu as une liste clandestine ! Mais tu es pire que moi en fait ! je trouve déjà que j’ai trop de livres achetés d’avance sur mes étagères, mais c’est seulement deux petites ! Je ne connais ni Colize ni Le Corre, alors pourquoi pas ? Je vais aller traîner dans mes librairies préférées ce week-end en quête d’idées au cas où l’inspiration me vienne pour d’autres titres à te proposer.

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  3. Bon, finalement, j’ai fait un premier lot aujourd’hui, je devais passer à la FNAC, et même si on n’y vend presque plus de livres, j’ai glané Des gens sans importance de Marah Fredericks,, Famille parfaite de Lisa gardner, rien de transcendant, je pense, pour une LC. J’ai pris aussi Un homme doit mourir de Pascal Dessaint, parce que je sais que comme moi, tu apprécies cet auteur … On reste plutôt sur tes deux titres, j’ai envie de découvrir des trucs !

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    1. C’est un livre très touchant, mais même si il est très bon, il demande quand même d’être intéressé par la culture grecque antique antique, ce qui est mon cas … De là, à relire l’odyssée en entier, je n’ai pas ta culture !

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