Bellefleur, Joyce Carol Oates

Un pavé hors catégorie sur tous les plans, un pavé qui déborde de récits et de personnages, hors genres, hors normes, comme l’histoire de la famille qui nous est contée, saga, tragédies, romances gothiques, dans cet univers, seul le banal fait mauvais genre.

Les Bellefleur furent richissimes. Un de leurs ancêtres, Henry, bâtit leur royaume disproportionné. Il a depuis longtemps disparu, recyclé selon son vœu posthume en une peau de tambour, dans un des halls poussiéreux du château où plus personne ne veut lui taper sur le ventre. Il fait trop peur.

Ses descendants sont foison, et trois générations vivent  de leurs singulières manières sous le toit qui fuit. Les clochetons du château sont branlants, le domaine des Bellefleur et leur malédiction hante les esprits du voisinage et des familles alliées ou ennemies, car la famille flamboie toujours, dirige ce qui reste de fortune, de terres, d’usines et de fermes, se taillant des costumes dans la soie et dans leur réputation sulfureuse.

Tous les personnes sont polymorphes et tentaculaires. Dans les étangs et les lacs du domaines, dans leurs passés, grouillent des relents de fêtes folles, de meurtres et de folies. Par tradition, les hommes sont joueurs, vainqueurs de paris aussi fous que stupides, buveurs, trousseurs, violents. Ils aiment les chevaux, les voitures somptueuses, et parfois, leurs femmes. Qui les attendent ou les quittent.

Gidéon et Léah permettent au récit de trouver un centre narratif, d’où les autres fils découlent vers le passé ancestral et touffu, ou un possible avenir, vu qu’il en reste quelques uns de vivants quand même à la fin.

Gidéon, ex amoureux fou de sa femme, est le séducteur le plus efficace et le plus glacial de la contrée, située dans un état de New York sauvage, sombre, inquiétant, désertique et boisé. Dans les bois du domaine, on peut chercher un amant, la fuite, ou les deux, ou tomber sur le loup, aux allures de chien errant. Les serres du vautour peuvent y porter un poids sanglant. Léah, ex amoureuse folle de son mari, prend, elle, la tête de la reconquête  du faste d’antan. Car depuis Henry, le constructeur mégalo des tours, des jardins et de sa propre gloire posthume, la famille a connu des moments de faiblesses confuses, un idiot, un fanatique, une fille séduite par un vampire, et quelques autres variétés de disparitions … Un petit fils criminel plus tard, les Bellefleur reprennent donc un peu de poil sur la bête …

Ce pourrait être une saga, les temps se mêlent, mais c’est à vous de retrouver les petits. les incohérences temporelles ou autres ne gênent pas car dans cet univers, qui, au début, peut paraître incohérent, mais où tout est terriblement bien construit, en réalité, tout est possible, même les chausse trappes quasi fantastiques.

Après une première partie où je l’avoue, j’étais déstabilisée, je me suis laissée embarquée par le fleuve avec les macabres et sublimes Bellefleur.

Avec le bon logo, cette fois-ci !

 

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20 commentaires sur “Bellefleur, Joyce Carol Oates

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    1. Franchement,je pense qu’il te plairait, il a un côté pas fleur bleue du tout, avec des relents de fantastiques, un sérieux fond … C’est du lourd, dans tous les sens du terme ! Et si on se faisait Petite soeur en LC, finalement ?

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  1. Hmm pour mon premier Joyce Carol Oates, je ne pense pas m’embarquer dans ce pavé, mais vraiment, à lire des billets sur ses différentes oeuvres, je la trouve de plus en plus intrigante !

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    1. Ha non, pas ce titre en premier si tu n’as jamais lu cette auteure. Moi, j’avais commencé par Nous étions les Mulvalney, un pavé aussi, mais plus réaliste, plus classique, et j’avais adoré. Fille noire, fille blanche me parait bien aussi pour entrer dans cet univers. Après, elle a tellement écrit, et il y a bien plus compétente que moi pour te conseiller.

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    1. Oui, j’ai du mal parfois quand elle part dans les tours, mais ici ce n’est pas le cas, l’histoire n’a que des aspects fantastiques et les personnages restent ancrés dans le réel, alors ça m’a bien plu ! Je fais une pause pavé par ailleurs, pas assez de tête pour tenir la longueur en ce moment.

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  2. Coucou Athalie, comme j’ai l’impression que tu n’as pas vu mon commentaire mis en réponse ci-dessus de ta proposition de LC de Petite sœur, mon amour, je le reprends ici : est-ce que fin octobre te convient ?

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    1. Oui, tu as raison, je n’avais pas vu ! Et oui aussi, fin octobre me convient. Je pense à truc, et si on faisait une note sous la forme d’un portrait chinois, tu sais, du genre, si ce livre était un animal … Maintenant, est ce le livre s’y prête et est ce que cela te tente ?

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  3. J’ai eu peur aussi en voyant le pavé, et les premières pages ont été un peu difficiles, et puis je me suis laissé entraîner dans ma lecture, dévorant les mille pages en une dizaine de jours (c’était l’été aussi, et ses longues et chaudes soirées passées au jardin). C’était parfois bizarre, déstabilisant comme tu le dis, mais tout à fait passionnant de suivre cette famille dans un chronique pas tout à fait comme les autres.

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    1. Le début est un peu ardu, c’est mieux d’avoir du temps, c’était aussi mon cas, cet été, mais sous un figuier … je crois l’avoir lu en cinq jours, mais je te travaillais pas comme il faisait chaud, je m’endormais tard. J’ai beaucoup aimé être déstabilisée et souvent charmée, notamment, peut-être plus que par les personnages, par cette atmosphère de sphère, un peu étouffante, très particulière dans laquelle évolue la famille …

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