Le jardin des colonies, Thomas Reverdy, Sylvain Venayre

Le jardin des colonies se trouve en partie à Vincennes, (une pensée pour celles qui étaient au festival América pendant que je lisais ce livre, dans une fin d’après midi encore ensoleillée au jardin, le mien), et s’étend du palais doré, à Nogent, en gros. Il se nomme aujourd’hui le jardin d’agronomie tropicale, histoire de lui donner une façade respectable.

Effectivement, il est bien question dans ce livre des faux semblants de l’histoire, des représentations écornées de l’épopée des colonies françaises. Et c’est un livre promenade assez passionnant à suivre. L’auteur s’y met en scène, d’abord recherchant un sujet pour écrire un roman d’aventure, tombant sur les traces quasi effacées de Jean Dybowsky, il est tombé aussi sur le jardin, ses ruines et ses racines.

Il s’adjoint un guide, un jeune historien, dont il malmène ce qu’il nomme la candeur, l’enthousiasme béotien pour la recherche de la vérité, et se campe en vieux septique, doutant des rêves de réhabilitation de ce lieu, goûtant le délabrement des vestiges qui y traînent.

Ses vestiges sont ceux des bâtiments de l’exposition coloniale de 1906, rapatriés dans ce jardin créé et dirigé un temps par Jean Dybowsky, l’ex explorateur suivi par Reverdy. Guidé par l’historien, l’écrivain découvre une mosquée hôpital, une statue brisée et morcelée de la France Impériale, un monument aux morts pour les soldats coloniaux coiffé d’une flamme aux allures de roudoudou pointu, un autre pour les soldats indochinois, un autre pour les africains, un autres pour les malgaches, cette fois surmonté d’un aigle serpentaire. L’hommage se voulant exhaustif reste quand même approximatif.

Il n’y a que des écriteaux, il n’y a pas l’histoire, déplore le guide, tandis que l’écrivain découvre celle de ces étranges ruines, et disserte (parfois un peu longuement et doctement …) sur l’inutilité d’une restauration, la vacuité du temps présent. Il raconte d’autres lieux, Ground zéro, le palais de cristal de Londres, en 1851 …

On se promène toujours, suivant le fil rouge de l’exposition d’horticulture coloniale, organisée à Nogent, en 1907, vitrine de l’empire, une vitrine dont notre époque ne sait que faire. Les statues à la gloire des colonisateurs, héros d’antan , sont reléguées aux confins du parc, les noms s’effacent du marbre où l’histoire les avaient figés. Une mémoire encombrante. Entre reconstruction historique et conscience que cette reconstruction ne serait jamais qu’un mensonge de plus, les deux hommes articulent le débat, posant les arguments,  discourant, si bien que le lieu échappe à l’un comme à l’autre, laissant au lecteur une furieuse envie d’aller y voir par soi même, le livre à la main.

 

Publicités

10 commentaires sur “Le jardin des colonies, Thomas Reverdy, Sylvain Venayre

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :