Eleanor Oliphant va très bien, Gail Honeyman

Eleanor n’a pas les bonnes manières qui vont avec les codes sociaux. Elle ne les comprend pas bien, ne les envie pas, les regarde d’un œil étrange et interrogateur. Elle ne fréquente personne, et sa brusquerie écarte d’elle l’apitoiement.

Et pourtant, pour le lecteur, Eleanor est terriblement attachante, parce qu’il est le seul à la suivre, la porte du bureau où elle travaille refermée, le vendredi soir, le seul à la voir, roulée dans sa bulle arrosée à grands coups de bouteilles de vodka. Le lundi, elle reprend son unique manteau informe, assorti à son unique paire de chaussures, pas mieux, et repart vers son emploi de comptable. Les regards goguenards des collègues, elle ne s’en soucie pas. Le midi, elle mange seule, en faisant des mots croisés, seule le soir en écoutant les documentaires radiophoniques.

Dès fois, elle va aux pots du bureau, bien obligée, car Eleanor sait où sont les règles. Et le jour où elle gagne deux places pour un concert de charité, elle invite un collègue éberlué, et s’y rend, un jeudi soir, parce que c’est ce qui doit être fait quand on a gagné deux places gratuites à un concert de charité. Point. Le truc pas prévu, c’est le chanteur, Eleanor se voit pousser un cœur de midinette, et elle n’a pas du tout le mode d’emploi. Elle va donc s’en inventer un, un peu tordu et pas très efficace, vu tout ce qu’elle a à apprendre avant de devenir un genre de femme actuelle.

Une panne d’ordinateur au bureau lui fera faire une deuxième rencontre, Raymond, pas glamour non plus, et qui l’agace profondément en lui montrant des morceaux de sa vie, d’une normalité sans prétention, un truc qu’Eleanor ne maîtrise absolument pas. Une troisième rencontre, celle d’un vieux monsieur, va pousser, mais très doucement, Eleanor à bouger ses lignes de résistances sociales.

Sans codes, sans cordes, avec la vodka et la voix de maman qui la martèle tous les mercredis soirs, elle tente sa sortie dans le monde normal. Une épilation du maillot, une offre promotionnelle pour une manucure de luxe, sont autant de sauts dans l’inconnu qui la font vaciller de l’intérieur, et même aller de plus en plus complètement de travers …

Le scénario est prévisible, soit, les béances du récit personnel se font rapidement combler par les flash back, mais on n’a pas envie de la laisser Eleanor, et comme Raymond, on lui tendrait bien un mouchoir et un coin d’épaule, pour qu’elle y pose enfin ses larmes et son fardeau …

21 commentaires sur “Eleanor Oliphant va très bien, Gail Honeyman

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  1. Comme toi j’ai aimé ce personnage et j’ai trouvé que l’auteur savait distillé les explications à la conduite de cette jeune femme si touchante.

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  2. Un roman qui a beaucoup plu, bon succès même. Je me le réserve pour un entre-deux pavés, un besoin de lecture divertissante, une menace de panne de lecture….

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    1. selon ma libraire, un succès dû au blogs et au bouche à oreille. A sa sortie en grand format, il n’avait pas eu beaucoup d’échos. Je l’ai repéré chez Keisha, comme souvent.
      Contre la menace de panne de lecture, il sera parfait, tu te laisses juste porter.

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    1. Ma libraire m’a dit avoir pleuré à la fin. Pas moi, j’ai l’âme rude ! Et puis la fin, on la voit venir depuis un moment quand même. N’empêche, ce n’est pas gnan gnan, effectivement, l’intrigue pourrait l’être mais le personnage sauve tout dans sa quête de normalité, menée à sa façon. Quelques égratignures au passage sur l’image de la femme parfaite à avoir, et j’étais conquise !

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    1. Dans mon cas aussi, les premières pages, je me suis dit que tout cela était bien convenu et la tonalité check-list guimauve à souhait. Mais bon, il y avait l’avis de Keisha et celui de ma libraire, alors j’ai tenu bon. Aucun regret même si la fin est prévible, le soufflet n’est pas retombé. Elle est trop forte, Eléanor !

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    1. Mon carnet m’aurait trompé, j’avais marqué K après le titre ! Bon, ce devait être Katel alors. Si tu le vois, laisse toi tenter par cette drôle d’Eléanor ! Et merci pour le compliment, j’en rougis !

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      1. ah je devrais faire pareil, noté où j’en entends parler… Sinon, je pense que le livre est à une de mes biblis, mais pas sûr, affaire à suivre

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  3. J’ai eu une lecture de ce roman assez semblable à la tienne, me morigénant au départ de m’être lancé dans une romance bien convenue. Et puis, tout à coup, ça devient plus « profond » et on s’attache aux protagonistes.

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    1. Ca alterne en fait, j’ai trouvé quand même du plaisir en réalité, entre scènes un peu guimauves et d’autres grinçantes, voire plus noires. Un roman quelque peu atypique, finalement sous ses airs de ne pas y toucher.

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