La nuit des béguines, Aline Kener

Dans le Paris du début du quatorzième siècle, tourmenté des pieds jusqu’à la tête du royaume par la peur des hérésies, sous le ciel où bientôt vont s’éparpiller les cendres des Templiers, se pelotonne une communauté de femmes, religieuses, et pourtant libres des règles monastiques : une antithèse qui est suspecte, forcément, et fermera la parenthèse des béguines.

Inclassables, et donc soupçonnables, elle vivent en un lieu clos, dans le quartier du Marais, entourées de murs protecteurs, mais la porte grande ouverte pour celles qui veulent venir y vivre, y servir dieu par la charité et la générosité envers les pauvres, les chants pour les puissants qui les entendent encore. Elles sont protégées également par leur roi fondateur, Saint Louis, que le rigide Philippe Le Bel veut garder dans sa lignée ; qui touche à elles, touche à sa mémoire, ce qui fait que, dans l’ensemble, on les laisse vaquer à leurs occupations.

Ysabel, une veuve aristocrate de province et d’un certain âge a pris en charge la fabrication des simples et les soins à apporter aux indigentes au sein de l’hôpital. Un matin, y surgit Maheut, jeune femme rousse comme le diable et toutes griffes dehors dont le corps porte les marques violentes du secret de sa fuite. L’enceinte protège aussi Ade, jeune veuve que son frère veut remarier et faire rerentrer dans le monde. Cultivée, hiératique, solitaire, c’est pourtant par elle et pour les beaux yeux d’un livre qui sent le souffre, que les jalousies et les envies troubles vont nouer la chute d’un mode de vie atypique, que les hommes tant politiques que religieux, de la fin du Moyen Age ne peuvent accepter.

Si l’intrigue n’est pas des plus trépidantes, on va au pas du siècle, les hivers sont rudes et la marche du temps, lente. Les personnages secondaires permettent de dresser un tableau historique en demi teinte et échos de cette époque où hérésie rime avec sorcellerie et où la femme est le suppôt désigné.

On y comprend surtout que le statut des béguines ne pouvait perdurer car il permettait à des femmes de vivre seules, sans hommes ni supérieurs, et même de gagner leur vie, de faire commerce de tissus, notamment avec les Lombards, autre communauté qui fit les frais de la chasse aux démons de Philippe Le Bel.

Comme dans le clos, le livre adoucit le fracas de ce temps où les flammes des bûchers s’allumaient d’une rumeur. Le propos est édifiant, à défaut d’être passionnant, les femmes se tenant loin de toutes fautes, presque trop morales, lissées sans doute par la bonne volonté didactique de l’auteure.

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10 commentaires sur “La nuit des béguines, Aline Kener

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  1. J’ai bien l’intention de le lire, il est dans mes projets ! Et surtout le relire avant d’aller revoir Bruges.
    Bon dimanche
    Marie – blog Bonheur du Jour (cette signature car je ne peux plus commenter qu’en passant par google +)

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    1. Revoir Bruges, un de mes projets aussi !
      Et il y a pas mal de difficultés à commenter visiblement en ce moment, moi aussi j’ai des commentaires qui ne passent pas. Et Ingammnic aussi ! sans doute un hasard, mais c’est énervant !

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  2. Je viens de le terminer et comme toi je l’ai trouvé fort lent et avec peu d’intrigue, mais quel portrait d’une époque ! Tout à fait le genre de livres qui convient à une historienne comme moi. (Ma chronique arrive bientôt)

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