La grande à bouche molle, Philippe Jaenada

Ayant lu Jaenada à l’envers, je fais le chemin vers le début à rebours. Ainsi, j’ai lu la deuxième veine ( la veine redresseur de faits divers) dans le désordre par rapports aux parutions : La petite femelle, puis La serpe, et enfin Sulak. Depuis, je remonte vers Le chameau sauvage, consciencieusement.

Avec ce titre, me voici donc rentrée dans le dur  de la première veine.

Et voilà que je tombe sur une réincarnation d’ Antoine Doisnel  (le Doisnel détective décalé de « Baisers volés ») en narrateur qui se dit être Philippe Jaenada . Sauf que l’ Antoine de Truffaut n’aurait jamais suivi le rythme effréné du Philippe de Jaenada. Il se serait très largement laisser divaguer en route, ce que fait aussi le Philippe Doisnel de Jeanada. (et je sens que ma note en prend le chemin aussi, ces deux là ensemble, j’aurais pas dû).

Je recommence, en clair (enfin, je tente,  parce que vous ai-je déjà que j’ai une fâcheuse tendance à la digression ? Cet après midi par exemple, je suis partie de la Lozère pour arriver à Vélibor Colic, ne me demandez pas pourquoi, je ne sais plus. et en plus l’étape intermédiaire m’a échappée, ce pourquoi je pense que Jeanada est fait pour moi)

Donc, on y retourne au livre . Le Phillipe Jeanada – Antoine Doisnel  est un homme tranquille et de peu d’ambition professionnelle, le narrateur se définit surtout comme turfiste, un turfiste consciencieux, le genre qui rature les pronostics sur le papier avant de louper le cheval qui gagne. Il est aussi l’amoureux transi de la fantasque Anne Marie. Rien à voir avec un héros.  Ce qui fait qu’il se surprend lui même en se lançant sans trop savoir pourquoi, dans une filature automobile, à la poursuite d’un homme d’adultère très banal, qui file sur l’autoroute du sud à vive allure. Sans aucune raison non plus, vu que sa femme n’a aucune connaissance de son cocufiage ( Philippe n’a pas donné à l’agence les photos compromettantes, inutile de vous dire qu’il ne sait pas pourquoi non plus) et que la maîtresse est restée à Paris.

En route, Philippe hérite de Fabienne, elle l’accroche sur une aire d’autoroute, En fuite depuis des années, elle a élu domicile dans ces espaces colorés où passent des voitures. Une gentille dingo, au langage surprenant, à laquelle Philippe s’attache et qu’il embarque, pensant qu’elle pourrait toujours lui servir de secrétaire, comme dans les films noirs où le détective brille devant la femme fatale. Sauf que Fabienne est un boulet, un gentil boulet vêtue d’une robe verte pomme …

Chez Jaenada, l’univers du noir prend beaucoup de bifurcations. La première pause lui sera fatale, l’hôtel Mercure, coincé entre un Formule 1 et le palais de la chaussure, au bout de la bretelle de l’A. où  Fabienne disparaît, une âme de chevalier servant  pousse au Philippe, et il va « faire parler la foudre », à son corps défendant, toujours. Le détective placide abandonne au passage deux cadavres et se met  en route pour Veules la Rose et son café des voyageurs (entre autres haltes d’un soir ou d’un moment). Ce ne sera d’ailleurs même pas sa destination finale car entraîné toujours plus loin , le turfiste voit ses pronostics aléatoires souvent tourner vinaigre. De romans à Dieppe, à la poursuivre de son boulet « la granny smith géante », avec dans la poche le seul souvenir qu’elle lui a laissé, un médaillon avec le portrait du sosie de Pompidou …

Entre deux tentatives d’actions, Philippe fait des listes de décisions à prendre, tente d’en prendre au moins une, à défaut de la bonne, en change,  concentré vers un but mouvant, des truands protéiformes qu’il piste au hasard de déductions sinueuses qui tiennent beaucoup de l’improvisation. Il tente aussi de commencer un journal intime, se souvient de ces épisodes où il a toujours été du  parti de l’inaction, le rôle de l’olivier dans une scénette enfantine, le trophée du meilleur spot pour le yaourt Yop, qu’une jeune arriviste lui a dérobé sous le nez. Il se fait couper les cheveux, écoute les aventures des habitués du café du commerce, fait la triste expérience de l’échec de sa théorie sur la filature discrète en lieu public en une nuit de discothèque très arrosée.

Plus que l’intrigue, un poil trop échevelée pour moi, c’est vraiment le personnage qui a fini par me convaincre, touchant mon maillon faible, les Antoine Doisnel qui se sentent pousser des ailes trop grandes pour eux.

Spéciale dédicace à mon amie A.  (qui n’a jamais retrouvé mon point de départ et moi non plus mais qui est super bonne en conseils de films) , et à mon partenaire en Vélibor (qui a du subir la Lozère en plus de Gallimard !).

 

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3 commentaires sur “La grande à bouche molle, Philippe Jaenada

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  1. Qu’est-ce que j’ai aimé, moi, son intrigue échevelée ! C’est l’une des rares lectures qui a provoqué de vrais fous rires (dans les transports en commun c’est un peu gênant, mais bon, ceux qui prennent le même bus que moi depuis des années ont dû prendre l’habitude de me voir sourire, renifler -j’ai la larme facile, en tant que lectrice-, (quoique non, en fait, ils n’ont sans doute rien remarqué, absorbé qu’ils sont par leurs smartphone -tu remarqueras la propension, dès qu »il est question de Jaenada, à parenthèser-)). J’ai quasiment tout oublié de l’intrigue sauf Veules-les-roses et le passage où il fait tomber son arme dans quoi déjà ? Une bouche d’égout ? Sans doute pas le plus drôle,mais en tous cas celui qui m’a fait le plus rire. Je me suis fait fièrement dédicacer -par mon conjoint, en raison de ma timidité maladive- mon vieil exemplaire jauni, en poche… il en a ri aussi, le Philou, parce que la photo de la 4e de couv’ le montre mince, jeune et chevelu.
    (Quel commentaire décousu…)

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