Mercy Mary Patty, Lola Lafon

Que Lola Lafon n’ai pas eu la volonté d’écrire une biographie de Patricia Hearst, genre naissance, étude, enlèvement, procès, réhabilitation, je le conçois parfaitement, le style sujet verbe complément, ce n’est pas son genre, justement. D’ailleurs, si on veut lire une biographie de Patricia Hearst, il y a Wikipédia. Moi, ce m’intéressait c’est « l’affaire », le « mystère », le « pourquoi », avec du romanesque dedans évidemment.

N’empêche que le choix narratif du  » vous », je me suis prise les deux pieds dedans au début, puis un seul, mais quand même, jusqu’au bout, il m’a gênée, au point que j’ai trouvé le truc ;  dans ma tête, je mettais « elle » à la place. N’empêche que quand vos yeux lisent « vous », faut faire penser à votre tête de rectifier. Sans compter qu’il ne faut pas se tromper de « elle », nous plus, et à la fin, il il a un « je » aussi, celui qui dit « vous » depuis le début à Gene Neveva, auteure de Mercy Mary Patty. En 1974, 1975, Gene était professeure d’anglais au collège des Dunes, dans une bourgade du littoral français où résidait Violaine, ( le « elle » du début et jusqu’à la fin). Américaine très libérée, elle a été chargée par les avocats de la famille Hearst de la rédaction d’un rapport en faveur de la thèse de la défense de Patty :  « le lavage de cerveau ». Le personnage est atypique et semble très loin du monde mercantile de la richissime famille de Patty et de ses positions politiques, vu que Gene a plutôt un passé d’activiste engagée contre la guerre du Vietnam et à prime abord plutôt proche de la Patty qui s’est métamorphosée en quelques semaines de jeune fille riche en pasionaria armée de la lutte révolutionnaire.

Violaine est embauchée par Gene. Elle est une jeune fille bien éloignée par le temps, l’espace, la classe sociale de Gene et de Patty. Fascinée par la professeure aux idées si larges qu’elle, la timide Violaine, n’ose même pas formuler son admiration, et pourtant, au fur et à mesure de leurs recherches et confrontations, à l’écoute des bandes enregistrées pendant l’enlèvement, Violaine s’affranchit, ose des avis divergents de ceux de la grande prêtresse qui veut la faire penser par elle même, à condition que ce soit quand même comme elle. Violaine formule d’autres hypothèses  que celle de la lutte des classes, moins intellectuelles et plus sensibles. Paradoxalement, la plus proche de Patty, ce serait peut-être finalement elle, qui rentre tous les soirs dans le pavillon aux volets roulants fermés, à la table de papa maman, après avoir entrevu deux mondes bien moins normés.

La narratrice apparaît des années après la rédaction du rapport et le procès de Patricia Hearst. Elle connaît Violaine adulte, figure solitaire, toujours un peu en décalage, en bord de deux eaux, une voix qui n’a pas choisi entre la révolte et la norme. Elle est restée au village, héritière du chien de Gene, partie le rapport terminé pour aller témoigner au procès. Et à son tour, elle s’empare de l’énigme Patricia Hearst.

Ce maillage de une, deux, trois, quatre femmes renforce le tissage des thèmes du livre et finalement met en scène la question principale du roman, l’influence entre elles et celle de leur milieu. Du mystère de Patricia, on n’en saura pas beaucoup plus que dans une biographie, sans doute même moins, mais ce qui est passionnant est  ce joue autour de son icône, aux USA à l’époque de son enlèvement, aujourd’hui autour de l’imaginaire féministe, et de façon plus large autour de la marge de manœuvre laissée par la parole du savoir à l’imagination. Gene apparaît comme un mentor électrisant pour la jeune Violaine, un mentor égocentrique face à une inexpérience touchante. Le savoir est pervers semble dire Lola Lafon, ce qui nous dédouane de connaître la « vérité de Patricia Haerst ».

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