Sulak, Philippe Jaenada

Sulak est le premier titre de la seconde veine de Jaenada redresseur de faits divers, et le dernier dans l’ordre de mes lectures :  La petite femelle en premier  , La serpe en deuxième. Ce qui n’a pas d’importance d’ailleurs, même si les croisements entre ses trois héros que fait l’auteur dans La serpe ne doit en avoir que plus de saveur, à posteriori.

Mais Sulak a de la saveur à lui tout seul même si Bruno est, en tant que héros, un poil plus conventionnel que Pauline Dubuisson ou Georges Arnaud. Enfin, conventionnel peut-être pas pas, vu qu’il fut en son temps ennemi public numéro 1, mais il est plus lisible, moins tortueux. Paradoxalement, il est lumineux, du moins c’est qu’en fait l’auteur que l’on sent fasciné par l’itinéraire du voyou aux semelles de vent.

La devise de son grand père à Sulak était  » Regarde devant, ce qu’il te reste à faire, ne regarde jamais derrière ». Et Sulak l’applique sans faille, plus par obligation que par choix, vu que derrière lui, il y a quand pas mal de policiers. La devise fut aussi celle de son père : fils d’ouvriers agricoles, immigrés polonais, le père a fait l’Indochine, y a perdu un bras, mais il rencontre Marcelle durant sa convalescence à Sidi Bel Abbès, au son du « chien dans la vitrine ». Ce chien, Jaenada en fait l’ancêtre de la panthère de Cartier, celle que Sulak volera, bien des années plus tard, dans la bijouterie de la Croisette, à Cannes, en vrai aristocrate de la cambriole, baskets aux pieds et raquette à l’épaule.

Il est comme ça, Jaenada, il anticipe, fait des liens, se joue des hasards, les invente au besoin, extrapole les jointures. Il bâtit un destin, pas seulement à Sulak mais aussi à sa bande de complices : Jovanovic, ex garde du corps de J.P Belmondo, son fidèle second jusqu’au bout, le leader des Yougos de Paris … A chacun, il redonne un rôle, retricote une généalogie, pas seulement familiale, mais aussi sociale, des parcours ancrés dans la France des années 80 resurgissent, une carte sociale du grand banditisme qui se pratiquait avec un certain panache, sans arme et sans ultra violence. Même Moréas, le commissaire qui fut l’adversaire de Sulak n’est pas son ennemi. Jaenada lui donne des airs de dur au grand coeur, presque un alter égo du truand. Il souligne leurs points communs, deux aventuriers, l’un à l’autre perméables.

Il y a aussi la famille de Sulak, sa soeur Pauline, (tiens, quel hasard, Jaenada n’aurait pas fait mieux …), sa première femme, Patricia, et son frère Yves avec lequel la carrière de Bruno commence en duo de braqueurs amateurs. En simca 1100, ils vident les tiroirs caisse des supermarchés, mettent les billets dans les sacs mammouth en plastique et filent vers leurs premières Dolce Vita qui ont des airs de fanfaronnades en mobylettes bi place.

Presque autant que pour son personnage, le roman vaut par la reconstitution de cette époque où les supermarchés regorgeaient de liquide et d’espèces et où les sacs plastique s’entassaient dans les caddies. Je ne sais si cela à quelque chose à voir avec l’épopée de Sulak, mais je me souviens avoir entendu ma mère dire, en rentrant du supermarché où mes parents allaient faire leurs courses, une fois par semaine, que « cela devenait dangereux ». Parlait-elle du risque de croiser le Robin des bois ou de la propension à la consommation que les grandes surfaces faisait entrer dans sa vie ?

Toujours est-il que c’est cet aspect du livre qui m’a retenu, tout en suivant pas à pas l’itinéraire ( déviant, soit, mais plaisant et charmant, presque), du braqueur plein de séductions , du roi de l’évasion que fut Bruno Sulak, comme si on replongeait dans un temps de l’innocence, de l’enfance du crime, une préhistoire pour nous.

 

 

 

8 commentaires sur “Sulak, Philippe Jaenada

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    1. Je suis d’accord avec toi, avec un personnage comme Sulak, la moitié du boulot est déjà faite. Mais j’ai bien aimé quand même retrouver les manipulations des hasards du Philou…. Je crois qu’un nouveau titre est attendu pour la rentrée ?

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  1. J’ai bien aimé Sulak. J’avais déjà lu de Jaenada, Le Cosmonaute mais je n’en ai pas gardé un grand souvenir. Après il a l’art d’ouvrrr plein de parenthèses et de les refermer plus tardivement, bref faut suivre !

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