Tu montreras ma tête au peuple, François Henri Désérable

Un roman monté comme une galerie de têtes tombées sous la guillotine révolutionnaire ; de Charlotte Corday, au dernier des Samson qui vendit son instrument de travail et fit s’éteindre dans la honte la lignée des exécuteurs officiels, de la Terreur à la Restauration, les personnages défilent entre la Conciergerie et la place de Grève.

On y entend surtout les dernières phrases des condamnés, Charlotte, Danton, Marie Antoinette, les Girondins, tous ceux qui, face au couperet, eurent la dignité opportuniste  de faire un dernier bon mot pour  rester dans la postérité romanesque.

Loin de moi de douter de leur véracité, je ne suis pas historienne. Mais quand même, j’ai mauvais esprit, alors, je me dis que  la foule avait l’oreille fine pour les saisir au vol, ces dernières phrases, tout en réclamant le sang et à voir la tête des beaux parleurs, une fois tranchée. Ou alors, il y avait un type qui tenant un registre, qui se serait dit qu’il y avait là un filon, un coup à jouer pour plus tard, quand la Terreur se serait tue ?  En tout cas, la terreur faisait le verbe haut et la phrase sentencieuse.

Les bons mots, soit, mais défilent aussi les images d’Epinal ; Marie Antoinette digne dans sa misère et sa blanche chemise, malgré les chaussons qui se délitent et l’affreux sans culotte obtus qui guette la blancheur de ses seins sous la chemise, Charlotte, digne petite fille du grand Corneille, martyre volontaire de la liberté, tuant le méchant Marat, répugnant dans sa baignoire pleine de peaux déjà mortes. Bien sûr, on a aussi la beau vieillard vendéen, sauveur d’une jeune aristocrate qu’il livre, consentante, à son valet illettré. Une grossesse en un coup qui permettra à la jeune fille d’atteindre Thermidor. D’autres figures se poussent du col, plus ou moins anonymes, un peintre du comité de Salut Public, le frère de Chenier, fier d’être un Caïn littéraire, un futur soldat de l’usurpateur, ex concierge de la Concergerie. Les anecdotes sont pas liées, pour la plupart bien connues, rebattues, elles sentent la relecture scolaire et le roman national.

Je n’ai donc pas retrouvé le charme allègre et iconoclaste d’Evariste, avec les interventions décalées du narrateur, ses pointes et revers. Ici, c’est du déroulé qui ne bouscule aucune perspective. Mais bon, c’était le premier de l’auteur, je crois, donc un trot d’essai, on va dire.

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4 commentaires sur “Tu montreras ma tête au peuple, François Henri Désérable

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  1. Je ne le sens pas, ce bouquin, rien qu’à son titre : c’est complètement stupide de ma part, mais c’est ainsi. En tant que matheuse, j’ai beaucoup aimé son Evariste (offert par ma Comète) mais là je vais passer mon chemin et ton avis aggrave mon ressenti. Bises

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  2. Son Evariste, j’ai beaucoup aimé aussi, et pourtant, je n’ai d’une matheuse ! Mais il y avait un poil d’insolence légère dans le style qui m’a convaincue. Ici, ça tombe à plat, j’ai trouvé.

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