Missing New York, Don Winslow

La première partie est d’une efficacité redoutable, presque le Don Winslow de La griffe du chien ( presque, quoique quand même, le début de La griffe du chien, je crois que je ne m’en suis jamais vraiment remise …)

Dans une banlieue résidentielle, populaire, mais pas vérolée de violences, avec juste quelques voisins qui soulèvent les rideaux, une petite fille disparaît. Hailey Marie, cinq ans, afro américaine, yeux verts, jouait dans le jardin de devant  la maison de sa maman, quartier de South Bottos, Lincoln, Nébraska. Une vague de chaleur plombe la ville, une ville tranquille où les marchands de glace ne rasent pas les trottoirs et où les enfants disparus ont plutôt tendance à revenir intacts de leur escapade dans le parc voisin. Mais Marie, non. L’agent Dicker reçoit l’appel radio.

Les heures tournent et les recherches se mettent en place sans fausse note. Dicker a les statistiques en ligne de mire, près de la moitié des enfants enlevés sont assassinés dans l’heure qui suit leur enlèvement. C’est son épée de Damoclès, sa hantise, L’équipe des chercheurs écarte  avec efficacité les premières cibles, la mère, le père, quelques doutes traînent mais les policiers ratissent tout ce qui est possible. L’appareil policier qui se déploie est ajusté au millimètre près par la plume simple et factuelle de Don Winslow.

Puis l’obsession prend Dicker au corps, l’enquêteur se dissout dans l’humanité, le temps passe, Son mariage prend le large. Les années passent Même si tous les fils se délitent, Dicker s’accroche à Marie, ne voit plus que le vide qu’elle laisse, qui le remplit.

Don Winslow n’est pas un styliste, son credo, c’est sujet verbe complément, et dans la première partie, ça passe, parce que ça colle à la vitesse de l’enquêteur. Après, ça se gâte parce que l’auteur change de braquet et que Dicker part chercher Marie sur des sentiers peut-être trop larges et en tout cas mal rattachés au point de départ, la petite ville et le quartier tranquille. La quête se dilue dans la dénonciation des réseaux de prostitution infantiles, qui nourrissent les appétits pervers des nantis new yokais. Dicker fait le grand écart et chausse de bien gros sabots pour pénétrer dans les maisons d’architecte avec piscine et orgie cocaïnée. On perd Marie et l’humanité touchante de l’enquêteur dans les couloirs discrets des maisons closes où le feutré chic des décors rend le personnage éléphantesque, genre avec un gyrophare.

L’enquête n’est pas mal construite, mais ça fait deux en une, et comme le disait ma grand mère qui s’étonnait qu’un shampoing puisse faire aussi après shampoing,  » quand un produit fait deux choses en même temps, il ne fait les deux qu’à moitié ». Une réalité qui ne colle pas qu’aux shampoings.

10 commentaires sur “Missing New York, Don Winslow

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  1. Ce précepte colle à pas de choses en fait, et je le ressors à mes enfants, d’ailleurs. Bon, ça les fait marrer ….
    J’ai lu La griffe du chien et La patrouille de l’aube aussi. Les deux n’ont pas grand chose à voir en fait, à croire presque que ce n’est pas le même auteur. La griffe du chien est pavé que tu prends en pleine poire …

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  2. Un grand merci ! Je tournais autour, rendue un peu dubitative par les avis contradictoires… C’est décidé, je passe ! J’ai lu son dernier titre cette année (Corruption) qui n’est pas mal, mais très loin de La griffe du chien ou même de Cartel. Et puis comme tu le dis, son point fort n’étant pas le style, si il n’y a rien pour compenser, ça ne pardonne pas ! Et comme Kathel j’aime beaucoup l’adage de ta gd-mère, je le garde en mémoire (j’essaierai de le ressortir au boulot, je suis sûre q’une occasion se présentera au cours d’une réunion !)..

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    1. C’est sûr qu’il n’est pas un styliste mais que cet auteur peut être efficace pourtant dans le choix de ses thèmes et les personnages de La griffe du chien sont inoubliables (j’ai oublié les noms du « gentil » et du « méchant », mais tu vois de qui je parle, bien sûr). Dans ce titre, il y a une force dans la dénonciation de l’exploitation de la beauté enfantine par de riches pervers, on est donc dans la même veine. Cependant, la chasse au coupable ne s’emboîte pas dans celle de la disparition. Dommage …
      Et oui, j’avais une grand mère qui avait une sagesse basique … Elle disait aussi « quand tu cuisines dans un four électrique, tu perds le goût du gaz », ce qui nous laissait toujours très intrigués !

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      1. Art Keller et Adan Barrera ! Je suis une tête de linotte 99% du temps, oubliant personnages, fins et intrigues des romans que je lis, sauf pour certains titres qui me laissent des traces indélébiles… La griffe du chien est de ceux-là.

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      2. J’étais justement en train de relire ma note sur La griffe et Cartel pour retrouver leur nom ! Et de me demander lequel des deux est le plus abouti dans la complexité des motivations, et finalement, je dirais Barrera. Mais quel bouquin, quelle force ! Comme toi, il est de ceux que je n’oublie pas.

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  3. Le précepte, ça va aussi pour le bicarbonate? Qui a pas mal d’utilisations. (OK, peut être pas en même temps)
    Sinon, je fuis ce genre de bouquins qui booste l’adrénaline, la vraie vie s’en charge bien assez

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    1. Comme quoi, tous les grands sages ont leurs contradictions, ma grand mère était une adepte du bicarbonate de soude, et de l’eau de javel, bien sûr (multiples usages garantis aussi !) Mais avant de transformer ce blog littéraire en une liste de conseils ménagers ( parce qu’on pourrait aussi parler du vinaigre blanc et des journaux pour faire les carreaux …), je te recommande quand même La griffe du chien, qui booste l’adrénaline pour un moment !

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