A l’orée du verger, Tracy Chevalier

1899, Calaveras Grove, Californie.

Le roman alterne récits à la première personne et forme épistolaire. Au début, il y a plusieurs voix et à la fin reste celle de Robert, celui qui a quitté l’enfer familial plombé par un lourd secret et qui, à force de fuir, va trouver sa route.

La famille de Robert, les Goodenought, sont des pionniers qui ont échoué dans l’Ihio, dans le Black Swamp, un territoire d’eaux stagnantes, de forêts tenaces, d’épaisses boues noires qui s’incruste sous les ongles, de moustiques  qui abattent les adultes comme les enfants. Des croix en témoignent dans le fond du terrain.

Depuis des années, John, le père, lutte contre la nature pour posséder 50 pommiers car si un fermier arrive à ce chiffre d’arbres cultivés, la loi le rend propriétaire de la terre. Alors John compte et recompte, greffe, obsédé par le nombre mais aussi par les fruits qui font son rare bonheur. Surtout les arbres qui donnent des fruits sucrés, dont il garde les semences depuis son pays de Galle natal, les Pitmaston Pineapples. Dire que John énerve sa femme, Sadie, est un euphémisme. Disons qu’elle n’aime pas compter, et qu’elle préfère les pommes à cidre, celles qui permettent de fabriquer de quoi se saouler. En fait, ces deux là en sont arrivés à se haïr au point que John n’est même plus jaloux lorsqu’un marchand ambulant, John Chapman, celui qui lui a fourni les premiers pommiers, apporte à Sadie son eau de vie, et un peu de chaleur humaine. Entre eux et leur guerre encore souterraine, survivent les enfants rescapés des fièvres annuelles, dont Robert, et Hattie, les plus jeunes.

Le torchon brûle mais le feu aux poudres est consumé à la suite d’un camp biblique dans les bois de Perrysbourg où Sadie va laisser libre cours à une transe turbulente et obscène. Au retour, ça explose sous les pommiers.

On entend plus alors que la voix de Robert, qui, dans une orthographe balbutiante, écrit à sa famille un fois au deux par ans, de 1840 à 1856, sans jamais recevoir de réponse. Une fuite, un silence, des petits boulots, des orpailleurs et quelques prostituées avant de rencontrer William Lobb, colporteur de graines, fournisseur d’arbres exotiques pour de riches anglais qui se sont pris de passion pour les séquoias … Il est fantasque, mais il est aussi une véritable encyclopédie ambulante et Robert, alors, entame ses apprentissages …

Ce roman est passionnant de bout en bout grâce à sa construction, grâce à la densité de tous ses personnages, qui partent parfois d’un cliché littéraire pour le détourner, comme la mère courage du far west dont Sadie est le pendant, que celui du botaniste farfelu, ou encore de la prostituée au grand cœur, grâce aux paysages évoqués, notamment celui de Calaveras Grove qui ouvre la suite des aventures alors que s’éteignent les rêves des orpailleurs.

Publicités

Un commentaire sur “A l’orée du verger, Tracy Chevalier

Ajouter un commentaire

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :