Les passeurs de livres de Daraya, Delphine Minoui

la bande (Shadi, Ahmad, Djihad)

Daraya est une banlieue de Damas rebelle à l’autorité syrienne depuis 2011 et bombardée depuis 2012 par l’armée de Bachar El Assad. Ahmah et sa bande y ont établi une forteresse, une bibliothèque.

L’auteure du livre, la journaliste Delphine Minoui fait connaissance avec la bande d’Ahmad par le biais d’une photo sur facebook et elle va correspondre avec ces jeunes résistants par ce biais, celui de WhatApp et de skype également, jusqu’à l’évacuation forcée de la ville  Par ce titre, elle nous permet de faire connaissance avec eux et d’entendre leur voix, eux qui furent si peu entendus et de comprendre pourquoi ils lisaient sous les bombes.

Ahmad a 23 ans, il en avait dix neuf quand la révolution a tenté de montrer sa force au régime. Un an plus tard, la révolution est encerclée dans la ville  et sa famille décide de migrer et lui de rester. D’abord, il trouve une caméra et filme la ville éventrée, les hopitaux saturés, et poste ses vidéos sur le net. Ensuite, ce sera la bibliothèque.

Avec lui, il y a Abou el-Ezz, 23 ans, qui sera le responsable du lieu, et Omar Abou Anas, alias Ibn Khal doun ( son écrivain préféré). Lui, il devait être ingénieur, il a vingt quatre ans. Il appartient à l’une de deux brigades du front sud de l’Armée syrienne Libre, qui tente de résister aux chars d’assaut du régime. Il est devenu soldat pour protéger les manifestants qui demandaient la démocratie, et ensuite, il fait la guerre parce qu’il a compris que personne ne viendrait les aider à renverser la dictature. Il dit qu’il lit pour ne pas se perdre, ne pas se laisser prendre par les idées fanatiques, trouver une voie qui soit la leur.

Il y a aussi Shadi, vingt six ans. Il lit peu, il photographie sans cesse les vies qui ont si peu de valeur, qui peuvent être détruites en quelques secondes par un largage de barils. Il peut en tomber jusque 80 par jour. Les hélicoptères les larguent au hasard. Shadi, contrairement à ses camarades, n’est pas un universitaire. Fils de paysan, il avait toujours cru que rien ne pouvait changer dans son pays, que tout était tracé. Le printemps arabe lui a permis de réaliser que non, il y avait un autre possible. Alors lui aussi est resté là, pour documenter leur histoire. Il a appris la vidéo en filmant les explosions, et la bibliothèque, ce qu’ils y font, ce qui y est dit.

Dans cette bibliothèque, par exemple, Ustez enseigne l’anglais. Il guide les jeunes et les habitués dans les lectures, les questions qu’elles produisent chez ces habitants qui n’étaient pas forcément des lecteurs et ignoraient tout de l’histoire réelle. Ils apprennent par les livres à penser leur histoire autrement que par les slogans du pouvoir ou les harangues islamistes.

La bibliothèque est le lieu qu’ils fréquentent pour lire, discuter, regarder des vidéos, s’instruire sur le net, quand le réseau le permet, c’est le seul endroit où ils puissent avoir des activités normales. La journaliste explique que pour eux, c’est un sanctuaire, où ils explorent de nouvelles idées, loin de la censure, un lieu de transgression politique en vase clos, encerclé, en sous sol.

L’idée de la bibliothèque est née de la découverte dans une maison pulvérisée de centaines de livres éparpillés. Une quarantaine d’habitants a décidé de poursuivre la collecte en déblayant d’autres décombres, en visitant les maisons abandonnées. En un moins, ils ont regroupé 15000 ouvrages, ont déniché un sous sol pour les classer, les ranger par ordre alphabétique et par thème. Ils ont rajouté trois canapés et ont déclaré ouverte la première bibliothèque publique de Daraya. Ahmad précise :  » le symbole d’une ville insoumise où l’on bâtit quelque chose quand tout s’effondre autour de nous. » Il ajoute :  » Notre révolution s’est faite pour construire, pas pour détruire ».

Ils sont partis de Daraya le 27 aout 2016. Le croissant rouge les a évacué sous les regards vainqueurs des soldats du régime. La bibliothèque a été ravagée.

La suite de leur histoire est racontée dans un documentaire aussi touchant que ce livre.

 

 

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