Une si longue lettre, Marianna Bâ

Ramatoulaya écrit à son amie de toujours, Aïssatou, exilée au USA, alors qu’elle est au Sénégal. Son mari, Modou vient de mourir subitement d’une crise cardiaque. L’ex mari d’Aïssatou, Mawdo, médecin, n’a pas pu le sauver et voilà Ramatoulaya veuve et désemparée face à la charge qui lui incombe désormais, dix enfants mais aussi le poids des traditions liées à cette nouvelle condition de femme seule, au Sénégal, de nos jours. En une série de courts chapitres, elle évoque leur présent et leur passé, faisant ainsi un tableau partiel mais édifiant d’une certaine condition féminine.

Elles font partie de ces jeunes filles éduquée pour être modernes, mais pas forcément indépendantes, à qui ont été inculquées à la fois les préceptes matrimoniaux et les connaissances nécessaires à l’exercice d’un emploi. Elles ont toutes deux été institutrices. Toutes les deux ont épousé un homme conforme à leurs aspirations, des jeunes gens prometteurs socialement, éduqués à l’occidentale, mais ancrés dans les années du post colonialisme, détachés des obligations des traditions ancestrales. L’avenir était en construction et souriait aux deux couples.

Les deux mariages ont rencontré une opposition de la part des deux familles, celle de Ramatoulaya se méfiant de Modou, et celle de la mère de Mawdo trouvant l’origine sociale d’Aïssata indigne de leur fils. Les deux couples ont fait fi des clichés et des préjugés, ils ont partagé les espoirs de leur génération, porteurs de projets, forces vives et nouvelles pour vivre l’indépendance de leur pays, des femmes, des couples.

L’histoire en marche s’est pris les pieds dans le tapis pour l’une comme pour l’autre, de la même façon. d’abord, c’est Mawdo qui a pris  femme plus jeune, puis Modou à son tour prend une seconde épouse. Les deux pour des raisons différentes mais aussi peu légitimes. Les réactions des deux amies à cette trahison seront opposées chaque se justifiant. Avec Ramatoulya, on découvre aussi les conditions faites à une veuve, une première épouse, les jours successifs du deuil officiel, hypocrites et méprisants pour sa douleur deux fois bafouée, après trente ans de vie commune par son mari, puis après sa mort par les rites et coutumes convenus.

Le récit montre que la volonté individuelle est faible et malléable lorsque les montagnes sont bâties depuis tant de siècles que, pour en érafler la base, il faut davantage que du courage. La figure de Ramatoulya est d’autant plus convaincante qu’elle est faillible et lucide.

 

 

 

 

9 commentaires sur “Une si longue lettre, Marianna Bâ

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    1. C’est presque comme un essai, en fait, plus qu’un roman, ce qui n’enlève rien à ses qualités. Ou une démonstration romanesque, un concentré en deux personnages des choix possibles face à une réalité face à laquelle elles sont impuissantes.
      J’en ai discuté avec une amie sénégalaise, elle m’a dit qu’elle détestait ce roman, parce qu’il était trop vrai. Et qu’elle détestait cette réalité de son pays.

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  1. Ca ressemble un peu à ce que fait la romancière Ngozi Adichie non ? J’avais lu de cette romanicière  » nous sommes tous féministes » et « Chère Ijehawele » qui parle de la condition des femmes… En tout cas je note Marianna Ba dans les romancières à découvrir…

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    1. Je ne connais pas Ngozi Adichie. En fait ma connaissance de la littérature des payx d’Afrique est lamentable ! Je vais regardé les titres dont tu parles. Mais pourtant, je ne dirais pas que ce titre de Marinna Bâ est féministe, il décrit une réalité et deux choix possibles. Et surtout le poids des conventions sociales. Il s’exerce aussi sur les hommes m’a expliqué mon ami sénégalaise. Ne pas prendre une deuxième femme, voir une troisième est très mal vu. Mais bon, l’humiliation est du côté des femmes !

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    1. C’est un roman factuel, en cela il est intéressant. Il pointe une même situation et deux choix. On comprend les deux, sans jugement. Et surtout la difficulté de sortir des modèles, aussi bien colonialistes qu’ancestraux et comme les deux induisent des situations contraintes.

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    1. Fait du hasard, je viens de réécouter le discours de Gisèle Halimi durant le procès de Bobigny. ça te fait réfléchir sur la lenteur de la prise de conscience mais aussi, c’est réjouissant autant d’audace. Combien de femmes avocats aujourd’hui tiendrait ces propos ? En même temps, ce qui est rassurant, c’est qu’elle a gagné. Et que les avocates aujourd’hui sont plus nombreuses, c’est déjà ça !

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