Shore, Sara Taylor

L’île de Chincoteague, Virginie

Le roman entrelace les époques et les personnages dans un lieu unique, les îles Shore, à peine reliées à la côte de Virginie. Ce territoire est mangé par la mer, les chemins sont pavés de coquilles d’huître dont la poussière colle aux pieds. C’est un paysage étrange où l’océan bouche l’horizon de la baie et la puanteur des usines de poulets rappelle aux habitants qu’elles sont leur seul avenir, mis à part la fuite.

Les personnages sont peu nombreux, ils appartiennent à deux familles de l’île, certains y passent pour un chapitre, d’autres reviennent pour boucler un chemin, ou pas. les connexions entre eux sont incomplètes, entre le passé et le présent aussi. Tout en de guingois et précaire et instable, plane une atmosphère de fin du monde, au bout du monde.

Le premier chapitre commence en 1995, l’épicerie de Matthew’s, la moins chère du coin, bruisse la nouvelle d’un meurtre, celui d’un gars du coin retrouvé le corps à moitié enfoncé dans la vase, le machin coupé. Ce qui ne semble pas plus émouvoir que cela les ménagères, ni Chloé, 13 ans, qui y achète des cous de poulet, des appâts bon marché pour les crabes. Crasseuse de poussière, elle remonte le chemin vers la petite maison où l’attend sa jeune sœur Renée, une petite maison bancale aussi, avec des trous et des pointes. pour la rejoindre, il faut passer devant la maison des propriétaires, les Lumsden. On dit que le vieux peut déclencher des orages, faire pleuvoir, mais on dit tant de choses depuis le temps anciens où l’ancêtre Medora, à moitié indienne, est devenue sorcière dans les marais, par vengeance …. Chloé aussi garde son secret, protège René, se protège du père et du souvenir de sa mère, depuis peu disparue. Elle porte sa misère en solitaire, petite fille courage, comme d’autres sont mères, l’ont été, où le seront, dans les chapitres suivant,  dans le fracas de l’enfance qu’on brise.

Il n’empêche, malgré les ellipses de l’arbre généalogique qui peuvent être frustrantes, il se dégage de ces îles poisseuses, de cette nostalgie sans but, de cette luminosité ambiguë, un charme certain, moite et où le tragique rôde, la magie noire opère. Le discours écologique sous jacent montre le bout de son nez au dernier chapitre, donnant au roman une peut-être inutile, allure de dystopie.

Bref, un premier roman terriblement culotté !

 

4 commentaires sur “Shore, Sara Taylor

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    1. La fin est cohérente avec ce qui précède, c’est moi qui bloque sur les dystopies, en même temps ce sont les 20 dernières pages, on peut les oublier très vite et ne garder que le reste. Ca se détache très bien.

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