En guerre, François Bégaudeau

Vignette de Boboland de Dupuy et Berberian

Le début de ce roman aborde un thème qui me cause d’emblée chez les quelques auteurs qui l’aborde, comme Pérec ou Maylis de Kérangal, le rapport entre l’espace, principalement urbain, et les vrais gens qui l’occupent, ou pas, d’ailleurs. Plus précisément, dans ce roman ci,  à travers deux personnages, il est question des implications sociales de l’urbanisme, ce qui fait que l’on fréquente les mêmes lieux ou pas, et des relations entre les itinéraires sociaux et géographiques, ce qui fait que ces deux personnages n’auraient jamais dû se rencontrer.

Ils habitent la même ville, elle n’est pas nommée dans le roman mais on visualise une ville moyenne, à une heure ou deux de Paris, à la fois autonome et en marge, nouvelle, avec un petit centre ancien et une périphérie d’entreprises et d’entrepôts, relayés par des centres commerciaux. Place y est faite à une vie culturelle basée au centre ville, et qui étend ses pratiques, en théorie, jusqu’aux zones pavillonnaires excentrées. Louisa Malkhloufi y habite dans cette zone dite périurbaine, et y travaille aussi, en contrat précaire chez Amazone . Elle se contente de ce sort là, sans états d’âmes particulier, son mec, ses copines, ça lui va.

Romain occupe ses fonctions au bureau régional des affaires culturelles où il coordonne, entre autres, l’opération Decloisonnement et vivre ensemble. Il  habite, bien sûr, le centre historique. Avec sa compagne, Emilie, ils vivent sans grand discours sur le lendemain et l’engagement, ne fêtent surtout pas la Saint Valentin, retrouvent leurs amis autour d’apéros plus ou moins bios, les autres soirées sont culturelles ou programmées sur Netflix.

Louisa et son homme projettent autour de leur pavillon  :soirées barbecues, sexe avec accessoires pour la Saint Valentin, moto, télévision, salles de sport et plus tard, un enfant ou deux.

Louisa et Romain habitent donc la même ville, ils utilisent les mêmes services mais pas le même périmètre et point de vue. Lui met en place le marché de Noël, dont il méprise les lumières clignotantes, alors que Louisa en arpente les allées avec bonheur. Il prolonge le projet puériculture dans la bibliothèque du quartier de Louisa, qui y participerait peut-être si elle en était informée, et si elle n’avait autre chose à faire.

Par l’espace, le roman met en place l’hypocrisie sociale et déconstruit ironiquement la bien pensance culturelle, qui reprend les mêmes discours convenus et ignore les dignités qui ne soient pas culturellement correctes. Romain et ses amis causent des injustices de ce monde autour d’un petit blanc d’un vrai producteur viticole. Louisa les vit et ne les voit pas, n’a pas besoin de discours pour exister et aimer.

Par contre, son compagnon, Christiano  tente de les combattre, de résister. Ecolex, son entreprise, ballottée d’acheteurs en racheteurs depuis des années, est sur le point d’être définitivement délocalisée. Et l’identité de Christiano, comme celle de ses collègues, est sa valeur travail, sa fierté, son savoir faire, unique. Il met toute son énergie dans la lutte et le récit accélère l’engrenage, discours syndicaux, appel au bon sens, entrevue avec la DGH ( hilarante !), recours à l’occupation, la solidarité, la désillusion …

Le début de ce récit est donc percutant, ironique, dynamique et jusfige nos travers sans moralisme. Mais c’est juste après que cela se gâte, donc assez rapidement quand même, à partir du moment où Louisa et Romain se rencontrent, justement. parce que ces deux là ne peuvent fonctionner sur le mode romanesque, ou alors, ce serait sur celui du conte de fées, et Bégaudeau, dont le propos est politique et qui connaît son métier d’écrivain, ne peut pas jouer cette carte là. C’est logique mais c’est dommage pour eux et les lecteurs.

 

 

6 commentaires sur “En guerre, François Bégaudeau

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