Le cœur de l’Angleterre, Jonathan Coe

J’ai adoré retrouver Benjamin. Benjamin qui écoute la rivière, juste après avoir enterré sa mère. J’ai adoré retrouver les Trotter, les descendants des Trotters, retrouver les anciens de Bienvenu au club et Le cercle fermé. Ils ont vieilli bien sûr, mais plutôt bien dans l’ensemble, et si les illusions sont perdues, reste leur profonde humanité, un peu secouée par les nouveaux choix politiques de l’Angleterre et ce fameux brexit qui pointe son nez.

J’ai adoré les capacités d’analyse et d’autodérision mises en oeuvre par l’auteur à travers quelques scènes pour montrer les contradictions d’une population qui va se retrouver, sans même savoir trop comment elle même, à voter pour ce fameux Brexit qui pointe son nez. Ainsi, la retransmission de la cérémonie d’ouverture des JO qui les rassemble devant leur écran, tous finalement scotchés, chacun chez soi, dubitatifs ou convaincus de la première heure, captés par inventivité extraordinaire du spectacle que ce soir là, l’Angleterre donna d’elle même, d’une jubilation ironique.

J’ai adoré le couple mal assorti de la nièce de Benjamin, Sophie, et de son mari Ian: l’intellectuelle bobo attirée par la solidité d’un moniteur d’auto école, et leurs clivages de plus en plus marqués, à force de petits différents, le cheminement vers le vote pour ce fameux brexit qui pointe enfin son nez, leur éclatant à la figure.

J’ai adoré l’épopée de la publication du premier roman de Benjamin, réduit à portion congrue, qui n’a rien à voir avec le brexit, vu que Benjamin, le brexit, pendant qu’il passait, il regardait toujours la rivière.

J’ai adoré les caricatures, sans cynisme, des dérives de l’ultra conservatisme, et celle de l’ultra bien pensance, le piège que tend l’ultra protection de toutes opinions, même ultras,  qui tend à étendre la défiance, entre communautés, entre genres, entre les gens qui croient défendre une tolérance et en deviennent des censeurs.

J’ai adoré la puissance ordinaire du tableau d’une société qui perd ceux qui y croyait à l’Angleterre multi raciale, multi confessionnelle et qui ont perdu, le jour où le fameux brexit leur a fait le coup du lapin.

J’ai adoré la fin, façon Voltaire qui cultive le jardin de Benjamin, les Trotter et ceux qui y croient encore un peu, et tentent de recréer un monde après en avoir vu disparaître deux. Celui en qui leurs parents ont cru, celui d’avant l’effondrement post Tatcher, qui a vu pousser les centres commerciaux à la place des usines, la consommation à la place de la production. Le leur, qui ne voit pas le sens de ce cycle, mais ne voit plus non plus comment arrêter ses désillusions où le brexit a fait son trou.

J’ai donc adoré, mais, juste pas complètement, et c’est une amie, qui a mis le doigt sur le pourquoi en me disant que c’est un très bon livre pour un prof d’anglais qui voudrait expliquer le brexit. Le brexit résiste au romanesque.

14 commentaires sur “Le cœur de l’Angleterre, Jonathan Coe

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  1. Bon, il faut d’abord que je lise Bienvenue au Club et Le cercle fermé. L’auteur a évoqué ce titre lors de sa venue à Lire en poche, mais j’ai été déçue par la manière dont le médiateur qui l’interrogeait a mené l’entretien (il a tourné en rond sur une question à laquelle Coe avait déjà répondu) et par une traduction laborieuse. Quel dommage !

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    1. J’ai lu sur un blog qui présentait ce titre (mais lequel ?) qu’on pouvait le lire sans avoir lu les deux premiers, mais je ne crois pas, parce que tu perds alors le plaisir des retrouvailles, que tu sens partagé par l’auteur, et surtout à la fin tellement il a du mal à les lâcher.
      c’est dommage pour la conférence, mais bon, Coe n’est pas non plus un grand causeur. Je l’ai vu à Saint Malo, avec un bon médiateur et une bonne traduction, et c’est super l’intello british, quand même …

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    1. Un des rares auteurs dont j’achète le dernier titre sans même regarder de quoi ça cause. Le roman est trop brexit pour moi aussi, mais il es sauvé par le plaisir de retrouver Benjamin, et aussi par quelques scènes d’anthologie, tellement elles elles sont intelligentes, et caustiques, et il y a tellement d’humain là dedans !

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  2. J’aime beaucoup cet auteur même si pour l’instant je n’ai lu qu’un roman de lui. Je suis très très curieuse de ce roman-ci même si j’en ai plein d’autres de lui à découvrir avant.

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