La rose de Saragosse, Raphaël Jérusalmy

Un roman historique sur fond d’inquisition espagnole, Saragosse, 1485, qui parle d’art, de création, de résistance à la terreur, avec un personnage de méchant, un vrai bon méchant mystérieux, parfait pour faire palpiter mon goût pour les bad boys du Moyen Age.

Je sais, 1485, c’est presque la Renaissance, mais pas à Saragosse où le nouveau grand Inquisiteur veut imposer ses lois drastiques à une ville qui jusque là laissait plutôt prospérer ses juifs et ses nouveaux convertis.

Torquemada, le grand inquisiteur vient imposer la terreur par les bûchers, suite au meurtre du père Arbues en la grande cathédrale, meurtre par lacération collective dont on ne recherche pas vraiment les coupables.On les désigne d’office et le charrettes se suivent sur le grand parvis. C’est là que rentre en scène le grand méchant, Angel Maria de la Cruz. Rien qu’avec un nom pareil , l’auteur plante l’Hidalgo qui sent le souffre. Flanqué d’un chien, Cerbero, rebutant la caresse, crasseux et dressé pour étrangler, fidèle à son seul maître, il se fait mercenaire, chasseur de prime, espion à la solde de la foi. Il traque le juif, le converti, mais aussi l’artiste.

En effet, sur les murs de Saragosse, surgissent des placards, des gravures aux traits grossiers, des caricatures du meurtre du père dominicain, puis du grand inquisiteur lui-même, à la verrue pendante et agitée de haine. Ces affiches, terriblement efficaces, sont signées d’une rose, aussi délicatement dessinée que seul un graveur de talent aurait pu réaliser ses pétales. L’hidalgo, de chasseur se voit alors en proie possible, car le bad boy est aussi artiste, il a le coup de crayon original et sensible. S’en suit en chassé croisé entre lui et une certaine jeune fille, juive d’origine, cultivée, à la beauté digne d’une gravure de grand maître italien. Elle aurait pu être muse, mais dans le contexte, elle est à la merci de n’importe quel dénonciateur zélé.

L’histoire de l’inquisition, la fin de l’âge d’or del Andaluz, la diaspora qui s’en suivi, sont rudement brossés, les flammes des bûchers esquissés, la fin d’une culture montrée par le biais de cet art de la gravure assez méconnu, finalement. Les deux thèmes se mêlent  et le roman fonctionne sur ses deux pattes. Cependant, les personnages en pâtissent un peu, ils se tiennent un peu bancals, sur le bord du clair obscur.

Mais, bon, j’ai non seulement un faible pour les bad boys, mais aussi pour les romans historiques à l’érudition maîtrisée et vagabonde.

12 commentaires sur “La rose de Saragosse, Raphaël Jérusalmy

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  1. J’ai beaucoup aimé ce roman . Cet auteur est pour moi un grand auteur. Ce roman est en course pour le prix des coups de cœur de notre club de lecture. J’espère qu’il l’aura.

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    1. J’apprécie également cet auteur, il a l’érudition fine, et l’écriture qui va avec. Et ses thématiques tournent souvent autour de la création artistique, avec ce titre, j’ai découvert un petit morceau de l’histoire de la gravure, j’apprécie vraiment bien ces incursions en territoire inconnu.

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      1. L’époque est un beau prétexte à un propos bien salvateur : la puissance de la résistance de l’art aux fanatismes, pas plus actuel comme thème ! Bien dit dans ton article Inganmic !

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    1. Sur mes étagères et dans mes multiples carnets …. Il faudrait que je prenne le temps de la taper pour la mettre sur le blog, mais elle est longue, longue, longue …. Et elle s’allonge, longe …. Rien que ce matin, j’ai encore noté trois titres dont L’obsolète oiseau de la nuit que tu recommandais en liste de cadeaux de Noël chez Antigone, je crois.
      En plus ma librairie préférée commence à ne pas me suivre, impossible d’y trouver hier la plupart des titres de ma liste, dont Magic time et La Gana ….
      Je crois que je vais laisser le père Noël se débrouiller !

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      1. Je crois que La Gana est indisponible en librairie, je l’ai trouvé d’occasion chez Gibert. Et j’ai vraiment eu un coup de bol ce jour-là, parce qu’il est même quasiment impossible de le commander sur internet, ou à un prix prohibitif…
        Dommage… heureusement, il y encore plein d’autres titres à lire !

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