Killarney blues, Colin O’Sullivan

Killarney est un village de carte postale irlandaise, pubs, musique, et calèches tirées par des chevaux, tout y plait aux touristes, surtout américains, présents en grand nombre, même si certains habitants disent qu’il y en a de moins en moins. Mais bon, il y a toujours des mauvaises langues et des défaitistes, il y en a même qui disent qu’il pleut toujours en Irlande.

Le personnage qui se fait tabasser dans une ruelle derrière le pub dans les premières pages, c’est Bernard. il est jarvey,  conducteur de calèche, et depuis tout petit, on le dit bizarre, à part, un peu dérangé, mais gentil. Et comme pour la pluie en Irlande, on n’a pas tout à fait tort. Il a été diagnostiqué autiste asperger, ce dont ses agresseurs se moquent complètement.

Deux grandes lignes structurent Bernard, le blues et Marian. Le blues lui vient de son père, disparu noyé dans un lac et qui hante encore les rêves de son fils. La chambre du jeune homme est tapissée de posters de ces vieux blues man noirs édentés, figures géniales et méprisées. L’autre ligne, donc, c’est Marian, qu’il aime d’un amour total et fantasmé. Depuis qu’il sait jouer de la guitare, il lui envoie des K7, emplies de ses notes à lui, en attendant peut-être qu’elle lui prenne le bras en robe blanche, comme ces mariés qu’il voit du haut de sa calèche. Bernard rêve, lucide et naïf.

En Irlande, il y a donc des pubs, et les piliers de la pinte qui se tiennent au comptoir et éclusent. Jack est de ceux là, mais alors que certains poussent les échecs tranquilles, les soirées sont l’occasion pour lui de la chasse à la soirée de sexe. Une touriste ou une locale, peu lui importe, Jack est un prédateur, sans grande envergure pour le lecteur, qui lui préfère immédiatement le doux Bernard, alors que lui, le Jack, se délecte de sa toute puissance virile, Il y en a même qui aime sa violence, deux jeunes femmes, amies de Marian, dont l’une est sa régulière, et l’autre, sa poire pour la soif.

Jack est un pur salaud, une boule de rage qui cogne sur le terrain de foot en traître, et cognerait bien sur davantage, tout ce qui lui fait obstacle. Son ami d’enfance, Bernard, l’insupporte, même si ce n’est pas lui qui lui cogne dessus au début du roman, non, il est au comptoir avec sa guiness pendant ce temps là.

Marian s’ennuie dans sa vie régulière, travail la semaine, shopping avec ses deux amies le samedi, cuite le soir et visite moralisatrice de sa mère le matin du dimanche. Les K7 de Bernard, elle les écoute, loin du mépris que les autres filles affichent pour le jeune homme et son long manteau noir, ses cheveux gras en bataille.

Voilà, des personnages ordinaires pataugent dans un décor de rêve qu’il ne voient plus, sauf Bernard, sous la pluie. L’ambiance est celle du blues, on attend le crime, le massacre, ou pire, que Jack se transforme en pit bull, c’est pesant et prenant à la fois. Un roman qui a le charme noir d’une chronique de crimes ordinaires, avec Bernard en guest star pour le riff attendri.

 

2 commentaires sur “Killarney blues, Colin O’Sullivan

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