La frontière, Don Winslow

Le troisième tome de cette trilogie ( que nous aurons donc lue en intégralité en lecture commune Ingannmic et moi même) met en scène Keller, le combattant du bien, le saint de la croisade anti narcos, seul contre presque tous. Malgré la mort de son ennemi intime, Adam Barrera, El patron des cartels mexicains, il a perdu la guerre puisque la drogue rentre toujours à grands flots aux USA. Les junkies s’enfoncent des aiguilles dans le bras dans les quartiers blancs, contrôlés par les gangs mexicains et leurs nouveaux alliés et concurrents. La drogue se fait de plus en plus chimique, et rentable à tous les niveaux car le roman grimpe dans les sphères politiques, et montre une corruption généralisée. Pendant que certains blanchissent des sommes aussi astronomiques que des gratte ciel, sur les parkings, les laissés pour compte du rêve américain crèvent et de l’autre côté de la frontière, les enfants mexicains fouillent les détritus en rêvant de passer de l’autre côté. Le puzzle des personnages secondaires incarnent cette humanité poignante.

Keller se relance donc dans sa bataille qui est aussi intime que politique. Mais cette fois-ci, il part avec les armes de la légalité ( ou presque) puisqu’il a été nommé officiellement à la tête du département anti drogues de l’administration américaine, le DEA. Il use de toutes ses forces au grand jour, mais aussi en sous main, dans les souterrains obscurs de l’infiltration. On est à la fin du deuxième mandat d’Obama, on voit donc bien  quel mur se profile et quelle frontière le nouveau candidat tente d’ériger du côté de Washington. Keller, les murs, c’est pas son truc, alors, il y va à la dynamite pour faire tomber ceux qui prônent sa construction en empochant les bénéfices de l’argent des narcos.

De l’autre côté de la frontière, c’est le bordel sanglant. La mort de El patron laisse les gangs sortir les griffes et les dents les plus longues, les narcos se dévorent entre eux. Les vieux tentent de maintenir l’équilibre de leurs territoires, mais l’héritage se fissure et c’est le règne des Hijos, la deuxième génération, les fils des narcos du système Barrera, du moins, c’est ce qu’ils voudraient, régner, alors que la manipulation d’un vieux renard de la drogue les dresse les uns contre les autres. Revient le temps de l’ultra violence, des trahisons, des exécutions sommaires, pendant que les hijos s’envoient des lignes et des putes, les seconds couteaux des romans précédents sont remis en selle et personne ne contrôle plus rien.

Et il faut bien le dire, le lecteur se paume un peu … Même si de nombreux retour arrières permettent de resituer les crimes les uns des autres, il y en a tellement eu, que le rythme trépidants des vengeances et coups bas de ce dernier tome se superpose à la pléthore d’alliances changeantes, et ma foi, faut s’accrocher pour garder le fil.

Le fond reste des plus corrosifs, et démonstratif, la drogue mexicaine est le résultat d’une politique américaine qui a mis la machine en route pour des raisons politiques et ne peut plus l’arrêter pour cause de profits économiques, tout en utilisant les Mexicains comme bouc émissaires. Les cibles qui tombent sont innocentes, et la bête immonde a quelque chose du phénix qui découragerait un autre homme que Keller, rempart ultime et superman de la démocratie et des valeurs humaines.

Je l’aimais beaucoup ce personnage ( avec aussi un faible pour son couple avec la flamboyante Marisol), même si des trois tomes, le premier est celui qui m’a le plus marqué, je ne regrette en aucune cas d’avoir suivi la croisade jusqu’au bout. ( avec Ingannmick, bien sûr, en plus … une autre épopée de lecture)

6 commentaires sur “La frontière, Don Winslow

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    1. L’épopée d’Art Keller est effectivement une croisade. Elle montre avec beaucoup de clarté les mécanismes de cette guerre de la drogue et ses conséquence politiques, qui ne semble pas pouvoir avoir de fin ( sauf en littérature … )

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  1. Tu écris « superman », et moi « héros »… nous sommes d’accord, cet Art Keller est un homme hors du commun, que je suis bien triste de laisser (mais comme le dit Jean-Marc, il a bien mérité de se reposer…).
    Je suis absolument ravie d’avoir effectué ce long voyage avec toi, et je te rejoins, je garde une préférence pour La Griffe du chien. J’ai réussi à ne pas trop me perdre dans cet opus grâce aux notes prises en cours de lecture (parce que j’étais un peu perdue dès le départ…).
    Je ne sais pas si tu as vu, mais les mexicains manifestent en ce moment pour exiger du gouvernement qu’il prenne enfin les mesures promises pour assurer leur sécurité contre les narco trafiquants. Arte diffusait à l’occasion de son JT, hier soir, un bref reportage qui montrait notamment que dans certaines écoles, on apprenait dorénavant aux enfants à se servir d’armes, afin qu’ils puissent se défendre, eux et leurs familles… l’horreur…

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    1. On aimerait bien qu’un Art Keller existe en vrai, mais déjà, en littérature, c’est compliqué de comprendre les ramifications et les implications de ce trafic. Cette trilogie donne à voir quelques tentacules de la pieuvre, mais la pieuvre est comme le phénix, alors, quand deux monstres s’en mêlent, même si on se prend un peu les pieds dans le tapis, ça vaut la peine de tenter de comprendre.
      Je n’ai pas vu ce reportage, mais vu ce qui est raconté dans ces trois tomes, cela n’est hélas, même pas étonnant.

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