L’été circulaire, Marion Brunet

C’est l’été, le sud de la France, mais les cigales ne chantent pas de la même façon pour tout le monde. Il y a le crissement doux du bord des piscines, et l’autre, qui fait plutôt coller les avant bras sur les toiles cirées des cuisines pavillonnaires. La famille de Céline est ce côté du ce sud, de ceux qui y habitent, entre racisme ordinaire et frustrations, rancunes larvées, qui vont faire éclater, le temps d’un été, le temps de l’adolescence insouciante.

Céline a seize ans, sa soeur, Joe, quinze. Joe est la plus réfléchie, presque l’intello, celle qui rêve de partir, celle qui protège sa soeur quand elle le peut, celle qui ne veut pas tomber dans le même cycle que ces filles faciles à la peau lisse, tant qu’elles ont moins de vingt ans et les illusions de la séduction. Céline n’est pas vraiment une garce, mais elle en a l’allure avec son short si court que les langues des hommes en salivent d’envie. Depuis ses treize ans, depuis qu’elle a des seins, les regards sur eux ont limité son horizon de jeune fille à celui des plaisirs immédiats . Séverine, leur mère, est encore belle, bronzée, élancée, elle a eu les mêmes heures de gloire que Céline, dans la boite du coin, avec ses deux copines, elle était lumineuse sous les projecteurs qui font luire les désirs. Et puis, elle a rencontré Manuel, fils d’un réfugié espagnol. cela aurait pu être l’histoire d’un été sensuel et solaire, mais il y a eu Céline, et très rapidement après, Jo. Et maintenant, ils sont coincés là, au bord du sud des touristes, bloqués sur la touche.

Au village, entre La sorgue et Avignon, les fêtes de l’été sont toujours les mêmes, la tarentule de la fête foraine où les filles crient à l’oreille des garçons, dans la musique à paillettes,  sous les regards des pères à la buvette qui transpirent le pastis.

L’horizon des filles est fermé, déterminé par les mini jupes à strass, loin des femmes en ensemble en lin qui commandent à Manuel et à ses collègues, un nouveau bassin à bulles pour le mariage d’un de ceux pour qui le sud veut dire vacances. Alors, quand Céline annonce qu’elle est enceinte, refuse de donner le nom du père et tient tête, ce sont les frustrations de toute la famille qui resurgissent et envahissent le cadre du pittoresque à cigales. Manuel, surtout, en devient fou de rage.

Jo est l’inverse de Céline, c’est justement celle que l’on ne déshabille pas à l’arrière des voitures, celle qui ne se laisse pas toucher, même pas par Saïd, le voisin, l’ami d’enfance, l’immigré, aussi. Jo protège sa soeur, Jo rêve de casser le cycle, mais Jo, elle aussi, appartient au monde des filles qui chantent Louanne à tue tête sur la tarentule qui tourne, tous les ans, sur la place du village.

Dans ce roman, les flonflons du sud résonnent d’une tristesse de plomb, c’est l’envers du décor, cruel et plein de rages sourdes. Les clivages sociaux et culturels et les déterminismes sont mis à jour par ce qui arrive au corps des femmes. Un petit roman noir plombant et poignant.

14 commentaires sur “L’été circulaire, Marion Brunet

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    1. Je gage que tu passeras un bon moment. Ce b’st bien sûr pas un grand roman, mais mais moi, il m’a pris aux tripes, le déterminisme social en est la véritable sujet, je pense. Après il y a bien quelques faiblesses dans le scénario, mais franchement, ce n’est pas grave.

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    1. Euhhhhh, en fait je me suis simplement débrouillée pour intercaler une note un peu plus motivante dans la série ( qui n’est pas terminée …).
      Je ne connais pas Leurs enfants après eux, je te lirai avec curiosité et intérêt, comme toujours, D’autant plus qu’il m’en passé entre les mains au moment de sa sortie et du prix et que j’ai lu les deux premières pages avant de dire « Non merci, je le sens pas, là … ».

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    1. Absolument, il brasse des thématiques bien plus profondes qu’il n’en a l’air au départ, car non, ce n’est pas une histoire de fille enceinte et de conflits familiaux, c’est bien une histoire sociale, de rage et de colère, d’impuissance.

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    1. Ben ouiais, en ce moment, j’enchaîne les bofs, pas nuls, mais juste, juste à côté de ce que j’attends, je pense aussi que comme je vais vers des lectures « faciles », vu que mon cerveau n’est pas complètement disponible, je le ménage et ça fait flop …. Forcément.
      Mais ce titre là, c’est du tout noir, et du bon !

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    1. Je suis à peu près sûre de mon coup, quand je dis qu’il va te plaire … En plus le sud de la France, tu connais. je pense que l’histoire est facilement transposable dans les régions que tu as sillonnées cet été.

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