Le testament de Dina, Herbjorg Wassmo

Dina, la mythique Dina, la sulfureuse Dina, Dina du magistral Livre de Dina, la femme amoureuse, la femme d’affaires, indépendante, cruelle, meurtrière et si peu mère de Benjamin ( le Benjamin du Fils de la providence), est décédée suite à l’incendie de son domaine de Reinsne, le domaine des origines. Le comptoir d’où elle avait tissé les fils de sa toute puissance et de sa liberté n’est plus que cendres. le passé a disparu, les souvenirs, les photos, même si quelques traces de ce qui fut est conservé au Grand Hotel de Shandstedet et dans la demeure du médecin du village, le Benjamin, fils de Dina.

Ce n’est pas lui qui a été désigné par le sort familial pour dévoiler le testament de Dina, ses deux crimes, mais Karna, sa fille et petite fille de Dina. La nef de l’église, le jour de l’enterrement résonne de l’étrange oraison funèbre, avant que la silhouette de la jeune fille vêtue de noir, ne s’échappe de cette responsabilité, de cet héritage trop lourd pour elle. Elle s’enfuit, et  ne dit plus un mot, hantée par les hallucinations où flottent les fantômes du Russe et le corps de Dina qui s’enfonce dans la mer.

Dina a disparu mais sa trace demeure dans le destin de ses proches et ceux qu’elle a élus, pour un moment du passé ou pour tracer leur avenir. Karna, Benjamin, sa femme Anna, sa femme qu’il aime mais qu’il a trahi alors qu’elle avait, pour lui, quitté le confort de Copenhague et mis sa liberté entre parenthèses. Et il y a Peder, le jeune commis du chantier naval de Dina, elle lui a donné la possibilité de se construire un autre avenir que celui de rester sous les coups de son frère, alors lui aussi, il doit partir, laisser Karna, qu’il aime, en proie à ses folies.

Le feu n’a pas pris que le passé, c’est tout le présent des personnages qui sombre et c’est Anna qui prend les rênes de l’avenir en main.

Moins incandescente que la figure de Dina ( mais comment l’être plus que Dina ?), Anna se charge de Karna et la confie à un hôpital de Copenhague et reste près d’elle, loin de son mari Benjamin, et tente de déployer ses ailes, de trouver une autre place que celle de fille et femme de. Karna la fuit, mais un médecin de l’hôpital la regarde et Anna frémit.

Joakim est un médecin d’un nouveau genre, il explore, face à la folie des méthodes autres que celles de la camisole. Il s’inspire des expériences de Charcot pour tenter d’ouvrir les portes qui cadenassent Karna, réfute l’hystérie vaginale. Il est aussi le genre à offrir Anna Karénine à celle qui frémit et la femme de quarante ans ne sait trop comment être libre et qui aimer.

Anna se déploie dans ce dernier tome de la dynastie norvégienne des Gronelv, mais se déployer n’est pas facile quand on n’a jamais été une femme libre et que les temps ne sont pas encore au féminisme, que votre mari n’est pas un monstre, que l’amant potentiel est nébuleux, que la superficialité que vous donnait votre condition sociale ne vous satisfait plus.

Anna est volontaire, Benjamin est Benjamin, tout en nuances et remords, Karna les lie, mais leur échappe. Les personnages ont quelque chose de cette force qui animait les premiers livres, mais évidemment, en avançant dans la chronologie historique, on sort du légendaire. Il faut bien raccrocher les désirs des femmes à une réalité moins exaltante que celle que Dina a fait explosé dans les fjords.

12 commentaires sur “Le testament de Dina, Herbjorg Wassmo

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  1. Si je comprends bien : moins flamboyant que la trilogie, mais à lire tout de même … ? Il est de toute façon déjà sur mes étagères (tiens, c’est même peut-être le dernier titre que j’ai acheté avant la claustration !).

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    1. Oui, à lire tout de même, parce que c’est du Wassmos quand même, et que l’ombre de Dina, c’est encore Dina ….
      La claustration ? C’est rigolo comme mot …. Pour une réalité qui ne l’est pas évidemment ….
      J’ai un peu honte vis-vis de personnes qui sont dans des situations beaucoup plus difficiles. mais j’avoue que je me suis ruée après l’annonce présidentielle chez une amie grande lectrice pour lui emprunter dix titres de plus que mes cinquante en attente sur mes étagères ….
      Mais avec le télétravail, j’ai à peine le temps de lire, en fait.
      Ce qui n’est pas le pire des maux.
      Quel moment étrange et déstabilisant !

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      1. Comme toi, je travaille à la maison (plus qu’au bureau, même !) et je ne lis pas plus que d’habitude, voire moins, puisque je ne prends plus les transports en commun.. Autant dire qu’avec ma PAL de 300 titres, je ne suis pas trop anxieuse…
        Sinon, je découvre les cours de yoga et de pilates en vidéo (merci internet quand même, bien que cela ne vaille pas les cours en physique !), mais je dois passer des séances de natation, ma baignoire n’étant pas assez grande !!

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  2. J’ai encore sur mes étagères « Cent Ans » mais je n’ai jamais encore franchi le pas de lire cette auteure. Merci pour ce rappel et je note Le livre de Dina sur ma pile !

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  3. J’ai lu le premier tome de Dina, il y a longtemps, je ne m’en souviens plus assez. Si je me décide à me lancer dans la série, je reprendrai tout.

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