Farallon Islands, Abby Geni

Depuis la disparition brutale de sa mère alors qu’elle n’était qu’adolescente, Miranda lui écrit de longues lettres, récit de sa vie et de son deuil, de sa perte. Ses lettres constituent une partie du récit du séjour de la jeune femme sur les Iles Farallon. Miranda a remplacé la vie par la photo, et plus précisément les reportages paysagers et animaliers qu’on lui commande et pour lesquels elle a parcouru les régions les plus sauvages, les plus extrêmes, les plus méconnues du monde. Mais les Iles, c’est elle qui les a choisies, elle a postulé pour rejoindre ce territoire hors du temps et hors du monde, où l’on débarque du ferry à l’aide d’un filet qui vous dépose sur le faît des falaises abruptes. Un peu comme sur le haut des météores en Gréce, mais avec la mer déchaînée en dessous.

Les îles Farallon, se situent au large de San Francisco, elles n’ont rien de paradisiaques, perdues dans la brume, elles semblent plus néolithiques que réelles. Battues par les vents, les pluies et recouvertes par le guano des oiseaux, elles sont également envahies par les souris, cernées par les requins blancs, dont les petits yeux sont aussi glaçants que les nageoires qui fendent les vagues autour de l’esquif dérisoire d’où Miranda tente de d’attraper quelque chose de leur éternité. C’est un roman où la mort qui rôde est belle, du moins, dans la faune sauvage et noble. Pour les hommes, c’est plus obscur ce qui se trame dans leurs profondeurs  ….

Miranda rejoint le refuge, une vieille maison au confort rudimentaire, où séjourne la communauté des scientifiques. A chacun sa spécialité et sa saison, et ce n’est pas non plus vraiment une communauté mais une superposition d’individualités disparates et sans véritable chaleur qui compenserait les rugosités des éléments. Forest et Galen n’ont d’yeux que pour les requins et guettent sans relâche et avec délectation les attaques des seigneurs des eaux glacées quand ils dépècent les morses comme des friandises. Un couple à l’intimité bruyante, Lucy et Andrew forme une autre unité. Charlène, la stagiaire, est la plus jeune, elle est présente sur l’île depuis trois mois, ce qui fait d’elle une vétérante stagiaire. Mick est le seul qui semble accessible pour Miranda.

L’atmosphère est trouble, confinée, poisseuse. Miranda se laisse flotter, touchée par la sauvagerie photogénique de la faune, en accord avec ce monde où le temps n’a pas de passé et où l’avenir se limite au lendemain. Le brouillard des relations humaines est plus opaque que les dangers incessants de la nature hostile, les anses déchiquettent, les ombres changeantes et parfois aveuglent.

Petit à petit, dans les lettres de Mélinda à sa mère, le drame se tisse, ouateux, entre les descriptions fascinées de Miranda pour les beautés et les cruautés des mœurs animalières, indifférentes aux contingences du deuil.

Moi, les phoques, les éléphants de mer, les macareux, les souris et les goélands ne m’ont jamais fait me pâmer d’admiration, (surtout les goélands, je hais leurs becs voraces et leurs yeux qui guettent votre sandwich et semblent vouloir vous dévorer avec la tranche de jambon), les reportages animaliers me laissent d’un marbre froid, j’ai horreur du froid, aussi. Et pourtant, pourtant, la lente glissade de Miranda vers elle même, dans les soubresauts d’un drame plus grand qu’elle m’a enchantée, et je me suis enfermée avec elle dans ce huis clos, en immersion dans des eaux où les femelles requins ont des airs de sorcières de Macbeth.

 

 

 

13 commentaires sur “Farallon Islands, Abby Geni

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