Vie de Gérard Fulmard, Jean Echenoz

Echenoz est le spécialiste des hasards tordus, des personnages médiocres qui se prennent les pieds dans le tapis, des intrigues à tiroirs où le détail du début se révèle être le rouage invisible qui surgit à la fin comme une évidence pour retourner l’intrigue dans le sens de l’incongru subtil.

Echenoz vous brosse un personnage ridicule sans la pesanteur du subjectif : ainsi, une moustache qui relève de l’apodictique ( et non de l’assertorique, précise-t-il), vous laisse sans définition mais avec l’image immédiate d’un Dupond ou d’un Dupont.

Gérald Fulmard n’a pas de moustache et très peu de consistance romanesque. ce qui n’est pas très important, car chez Echenoz, ce sont les événements qui viennent aux personnages, ou qui leur tombe dessus. Pour Gérard, ce sera juste à côté de chez lui, que le deuxième étage d’un lanceur soviétique Cosmos 3M, un des 6 000 qui gravitent autour de la terre, anéantit le supermarché où Gérard faisait ses courses, tuant par ricochet le propriétaire de son appartement, et lançant du même coup la fiction.

Il faut dire aussi que Gérard vit seul, il a perdu son emploi de stewart suite à une très vague affaire qui lui vaut un vague suivi psychanalytique, et un vague avenir. Il faut dire qu’il habite la rue Erlanger, dans le XVI arrondissement. Et comme il n’y a pas de hasards dont l’auteur ne se saisisse, il vous rappellera aux détours de l’intrigue de Gérard que c’est sur un des trottoirs de cette rue que le corps de Mike Brant se fracassa, et que c’est au numéro 10 qu’un étudiant cannibale dégusta pendant trois jours le corps de sa victime.

Et Gérard ? ben, il a décidé de prendre sa vie en main et de devenir une sorte de détective privé. Alors, il rédige une annonce dans un gratuit pour annoncer la création du « Cabinet Fulmard, assistance, renseignements et recherches, litiges et recouvrements. promptitude et discrétion ». Puis, accroche une feuille sur sa porte, change les meubles de la salle à manger de place pour lui donner un air de salle d’attente, s’arme d’un bic bleu ( quoique bleu, il est défaillant, mais je laisse le suspens … ). Et il attend.

Il attend, pendant que Echenoz, lui, nous entortille dans les circonvolutions annexes et qu’un premier client se présente, puis un deuxième, que le monde des hasards se construit l’air de rien et que sans paraître avoir vraiment décoller, la carrière de Gérard amorce un virage qui va le mener par le bout du nez dans un panier de crabes, celui d’un parti politique mineur , le MED ( mouvement pour un élan démocratique). Passions minables et coups de force qui font long feu, forcément, secouent le Gérard à son corps défendant et de plus en plus perclus  ….

Comme à chaque Echenoz, j’ai marché avec délectation dans les digressions, guettant les chausse trappes, guettant le moment où l’adjectif placé aux entournures allait faire basculer la phrase dans l’ironie élégante et nonchalante, des phrases d’un dandy funambule.

Sauf que, Echenoz, il nous l’a déjà fait le coup du personnage minable égaré dans un monde de brutes où tout échappe à son contrôle, un goût de déjà lu qui ne m’a pas empêchée d’apprécier cette lecture mais moins que les jubilatoires Au piano, Les grandes blondes ou Envoyée Spéciale.

 

 

18 commentaires sur “Vie de Gérard Fulmard, Jean Echenoz

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    1. J’aime toujours bien Echenoz, même quand j’aime juste un peu moins …. Et je ne peux pas continuer, il va falloir que j’attende le prochain, et ça va être long, parce qu’il publie assez peu, finalement.

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  1. Un bon petit Echenoz en effet. Sans doute pas son meilleur, mais quelques scènes sont réussies. Le personnage de Terrail est touchant. Le récit nous réserve quelques bonne surprises aussi. À lire !

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    1. Un bon petit Echenoz est un Echenoz à lire mais je sais que nous sommes fans tout les deux ! Terrail, oui, assez touchant, effectivement, mais j’ai quand même préféré sa belle fille et sa femme, très échenoziennes avec un clin d’oeil à Envoyé spéciale.

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    1. Il est vrai que ce titre est un peu moins passionnant que d’autres du même auteur, dont ceux que tu cites, que adorés aussi. mais le pire est qu’il va maintenant falloir attendre un bon moment avant le prochain !

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