Les mafieuses, Pascale Dietrich

Dans la famille Acampora, on est mafieux de père en fille, ou presque. On est femme de mafieux, amie de femmes de mafieux, on appartient au Système mis en place et contrôlé par les familles d’origine italienne qui contrôlent le trafic de drogue dans la ville de Grenoble. Tout est sous contrôle, ou presque …

Leone Acampora, le père, fait parti des fondateurs et des pontes du système. L’argent sale se blanchit dans les pizzerias et le code de l’honneur est tenu à coups de réglemente de compte. Leone a établi sa famille, Michelle, sa femme, et ses deux filles, Alessia et Dina, dans un quartier chic, une maison à escalier de marbre dont la cave résonna de quelques échos sinistres et où il ne vaut mieux pas ouvrir certaines valises. Une telle enfance et un tel mariage ne sont pas sans laisser quelques traces.

Seulement voilà, Leone a pris un sacré coup de vieux, il a lâché le contrôle pour raison médicale, atteint de la maladie d’Alzheimer, dans le coma, mais sans lâcher prise, Leone a concocté un testament aux petits oignons et à retardement avec effet immédiat. Avant que la bombe du pater familias n’éclate en une course à rebondissements décalés, d’une immoralité aussi allègrement traitée que les cadavres poussés dans les arrières boutiques des mafieux, le roman met en place les trois mafieuses.

Michelle, l’épouse modèle de Leone, a toujours tenu son rôle avec la dignité qui sied à sa place dans la grande famille. Discrètes, efficaces quand il s’est agi d’arrondir les angles des tensions entre les parrains, autour de tasses de thé, les femmes de l’ombre lissent les rancunes à plate couture. Malgré tout, Michelle se repent caritativement … Aucun cynisme chez Michelle, juste un goût pour l’équilibre.

Alessia marche sur les pas de son père. Audacieuse, elle modernise le blanchiment et le trafic. Pharmacienne, elle trafique en blouse blanche entre deux panneaux publicitaires pour des campagnes de prévention des toux hivernales. Aucun cynisme, non plus, elle est une femme d’affaire qui se préoccupe du bien être zen au travail et compte monter dans la vieille hiérarchie en bousculant un peu les traditions machistes.

Dina a mis de la distance avec les affaires familiales, sans en quitter le giron, et se débat avec ses scrupules et sa rédemption en travaillant dans l’humanitaire. Un monde qui commence à lui peser de plus en plus, tant les méthodes lui semblent converger avec celles du système. Là aussi, seul compte le profit immédiat.

Mais le système ne fait pas des enfants de chœur, et le testament de Leone est la rampe de lancement des cavalcades rocambolesques des trois « héritières » … Drolatique, allègrement troussé, ce court roman est aussi noir que jubilatoire, les femmes prennent le pouvoir avec autant d’allégria que d’ironie. Une lecture joyeusement immorale.

10 commentaires sur “Les mafieuses, Pascale Dietrich

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    1. C’est vrai que le sujet ne prête pas à rire, mais on est plutôt dans les coulisses, du côté « cuisine » de femmes … Et paradoxalement, la tonalité pourrait même être dite « féministe ». Du moins, c’est ce que j’ai lu sur certaines critiques, mais comme je trouve que l’on emploie ce mot à tort et à travers, je n’ai pas voulu évoquer cet aspect du livre.

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    1. Tu vas en ressortir avec une sacrée pile de la bibliothèque ! Moi, je suis en train de faire la liste des titres que je vais aller acheter dans ma librairie de référence, douze titres pour l’instant … On ne pourra pas encore flâner dans les rayons et se laisser aller à des tentations non prévues. Ce sera pour plus tard !

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  1. Voilà qui semble bien distrayant, et l’adjectif « immoral » achève de me convaincre.. Vendu ! Il faut personnellement que je fasse quelques coupes dans ma liste des « notés pendant le confinement », elle est bien trop longue… mais quel dilemme !!

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    1. Très distrayant et très immoral ! Un peu comme l’immoralité de La daronne.
      Ma liste des « notés pendant le confinement » n’est finalement pas si longue que cela … 12 titres, c’est jouable, vu que c’est à peu près le nombre de livres que j’ai lus pendant cette période, avec des pavés, en plus. Je vais retrouver une forme d’équilibre dès que l’on pourra aller en librairie.

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    1. Elles sont hautes en couleur ces bonnes femmes ! Et la course contre la montre est bien menée en plus. J’ai noté effectivement un autre titre chez toi, Une île bien tranquille, je crois qui est en poche.

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