La fille de la superette, Sayaka Murata

On ne sait pas si l’héroïne va jusqu’à porter ses tongs sans chaussettes, mais Keiko est, depuis la plus tendre enfance considérée comme étrange par ses parents, sa soeur, la communauté scolaire. Il faut dire que face à un oiseau mort, elle pense plus à le manger qu’à le pleurer. Elle n’en est pas un monstre pour autant puisqu’elle a appris à se fondre dans la normalité en grande partie en imitant les comportements non déviants. Elle se moule dans les intonations des autres et dissimule son désintérêt pour tout ce qui fait sens dans la société nippone : le mariage et les enfants, entre autres.

Keiko depuis dix huit ans,  ne trouve sa substance que dans, par et pour, sa supérette, son konbini, un Smile Mart dont elle maîtrise tous les rituels, baignant dans les bruits, les promotions du jour, les rayons à regarnir, les chiffres à atteindre, l’influence de la météo sur les boissons à proposer … Anti conformiste malgré elle, elle ne s’accomplit que dans le mécanisme ouaté d’une vie à répétition. Même si elle tente de tromper son entourage avec sa façade de jeune femme dynamique, Keiko sent que quelque chose doit changer pour qu’elle ne soit pas démasquée, car à trente six ans, célibataire, employé modèle de trop longue durée dans un emploi partiel considéré comme un job d’appoint pour étudiants, le regard social devient pesant. C’est alors que se pointe Shiraha, poil à gratter improbable , anti prince charmant, il s’introduit dans la faille et se la joue bernique.

J’ai bien tenté de sourire, de partager, aussi, le désarroi du personnage qui tente de coller au modèle du pays au soleil levant  avec autant de conviction que de maladresses, mais non, j’ai parcouru l’uniformité monotone de son parcours avec une morne indifférence. Mais l’indifférence, c’est déjà un progrès pour moi en littérature japonaise, au moins, je l’ai terminé, ce titre, contrairement à beaucoup d’autres !

Merci à Ingannmic dont l’avis est ici.

 

 

15 commentaires sur “La fille de la superette, Sayaka Murata

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      1. Par le passé je trouvais une certaine poésie mais maintenant j’ai l’impression que l’étiquette littérature japonaise est un gage de réussite alors que régulièrement je suis déçue….. Peut-être n’ai-je plus la même attente ou suis-je plus exigeante ? 🙂

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    1. Le personnage m’avait attirée, l’idée d’un décalage social m’a fait penser qu’il permettrait une vision atypique de la société nippone, mais ce n’est pas vraiment le cas, sans doute parce que l’on reste dans celle du personnage, justement.

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    1. Noté chez Ingannmic également, ce qui fait que j’y croyais ! Mais c’est quand même moins pire que pour certains titres qui m’agacent tellement que j’abandonne.
      C’est marrant, je pensais que j’allais me ruiner aussi, et non, seulement deux sorties en librairie et des achats très raisonnables ( pour moi, raisonnables, c’est-à-dire une dizaine de titres …)

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    1. Ce serait plus raisonnable si je me limitais aux bibliothèques, c’est certain, mais je n’y arrive pas ! Je change tout le temps d’avis sur ce que j’ai envie de lire … J’ai donc une cinquantaine d’achats d’avance chez moi. Et cette manie m’a bien rassurée pendant le confinement !

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    1. J’en lis trop peu pour pouvoir avoir un avis tranché, mais justement parce que je suis trop souvent déstabilisée dans le mauvais sens ^-^. Il y a dans cet univers littéraire trop de sous entendus, je pense.

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  1. Oh, je suis navrée, et en même temps contente que tu sois tout de même allée jusqu’au bout ! Ce que j’ai aimé dans ce roman, c’est justement que l’on reste du côté « décalé », en effet. La critique du système, bien que réelle, reste allusive, on a finalement l’impression que ce qui intéressait surtout l’auteure était de livrer le portrait atypique d’une héroïne dont on ne pénètre jamais vraiment les profondeurs… au lecteur de les imaginer… je comprends que cela puisse laisser certains lecteurs sur leur faim ! Je ne suis pas une grande experte de la littérature japonaise, dont je me demande souvent si ce qu’elle perd à la traduction n’est pas ce qui fait son essence, mais j’ai eu assez souvent cette sensation d’univers un peu « lisses », comme si un tabou était posé sur la dimension glauque, sordide, de l’existence..

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    1. Je voulais tenter malgré mes doutes …. En ce qui concerne cette littérature, deux de mes amis, connaisseurs de la société japonaise, mais très réticents envers la littérature qui y est produite, me faisaient part de la même opinion que la tienne. Selon eux, les tabous de la conversation, les conventions des relations sociales se retrouvent dans les textes qui, du coup, nous paraissent lisses, alors qu’un japonais va savoir lire les non dits. Il y a des textes qui disent l’extrême violence, selon eux, mais il faudrait que je leur redemande les références (en même temps, je ne suis pas certaine d’avoir envie de découvrir la violence à la nippone )

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  2. Lire de la littérature japonaise est en effet souvent compliqué, déstabilisant, et pourtant je m’y retrouve de temps en temps, comme avec ce roman que j’avais beaucoup aimé. Je conseille également « La papeterie Tsubaki » et « La péninsule aux 24 saisons » qui sont rythmés par les saisons et les changements de la nature, mais il faut évidemment être sensible à ça.

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    1. Il me semble à chaque lecture que les codes m’échappent …. L’impression de passer à côté est frustrante ! Mais bon, les saisons et les changements de la nature, ça c’est bon, je connais, alors peut-être que ça va marcher ! Je note les deux titres pour un nouvel essai.

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