Frankie Adams, Carson Mc Cullers

Lors du festival  » les jardins d’hiver », les auteurs invités présentent leurs coups de coeur et j’ai retenu ce titre présenté par Jeanne Benameur. Et je l’ai offert à fifille, persuadée qu’il allait lui coller à l’âme. Quelques jours plus tard, pas collée du tout, elle me met au défi de le lire à mon tour, j’ai traîné des pieds, mais mon cœur de mère voulant comprendre l’erreur, je m’y suis collée. Et j’ai compris sa perplexité.

L’été précédent, Frankie papillonait avec les filles de son âge, le genre à faire des pyjama parties, si on n’était pas dans une époque à chemise de nuit et sans portables. L’été précédent, elle jouait dans la cour à la marchande. Mais cet été ci, elle a douze ans et le mal être qui la déborde l’a repliée sur elle même.

Son père travaille toute la journée, sa mère est morte, elle n’a personne d’autre à qui parler et se confronter que la domestique noire, Bérénice, qui vient faire la cuisine, et son cousin germain, beaucoup plus jeune qu’elle, John Henry. Les trois passent leurs journées ensemble, dans la cuisine sombre, John Henry a couvert les murs de dessins qui donnent à la pièce une allure d’asile d’aliénés. La table est poisseuse de leur longs repas, les cartes de jeu collent aux doigts. Il fait chaud et les jours  répètent sans fin les mêmes discussions, les mêmes conflits, le même ennui ( contagieux, l’ennui, très contagieux … )

Bérénice a un oeil de verre qu’elle a choisi bleu, son regard étrange ne lui enlève pas sa dignité de sage  et Franky se sert de son expérience comme d’un puching ball. Bérénice ressasse elle aussi, son premier mari, son grand amour, les suivants, tous comportant un petit bout du premier, un port de tête, un mouvement d’épaule … Elle tente de raisonner l’adolescente en ébullition  qui se dresse ses ergots dérisoires. Frankie, tout lui fait mal, sa maigreur, ses cheveux, ses robes, elle entretient la corne de ses coudes, et ne démord pas de son rêve, partir de cette maison, de sa vie racornie autour. Curieusement, son obsession se focalise autour du mariage de son grand frère.

Curieusement, car elle le connaît à peine, il a passé des années en Alaska, et elle n’a reçu de lui que quelques lettres conventionnelles et une poupée, peu pertinente. Et pourtant, elle en est persuadée, le jour du mariage est sa porte de sortie de sa ville étriquée, persuadée que son frère et sa fiancée vont l’emporter avec eux dans le tourbillon de leur vie aventureuse. Le livre flotte, tourne en rond autour de cet horizon improbable, le peu que l’on sait du frère n’autorisant qu’un fort soupçon de couple très conventionnel. On s’englue dans le fantasme, même quand Franky flirte avec le danger d’une rencontre de hasard dans une errance sans but dans la petite ville. Et comme le but rêvé est cousu d’avance, on s’ennuie.

Le mot de la fin de fifille, « la prochaine fois, tu en prends juste un pour toi ».

 

 

 

19 commentaires sur “Frankie Adams, Carson Mc Cullers

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  1. Ah ah, ça t’apprendra à te mêler tes lectures de ta fille 😉 Je n’ai lu qu’un roman de Curson Mc Cullers « reflets dans un oeil d’or ». Je ne peux pas dire que je m’en souvienne, si ce n’est que je n’étais pas fan. Je n’ai pas recommencé.

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    1. En général, quand je m’en mêle, je me plante … Je crois qu’effectivement, je vais arrêter, elle lit très bien sans moi !
      J’avais lu Ballade du café triste de cette auteure, qui ne m’avait pas convaincue non plus. Je vais donc en rester là …

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  2. Aïe ! Elle a de la répartie, fifille !
    N’empêche, je trouve dommage que tu ne continues pas de partager ton amour de la lecture avec elle. D’autant, qu’elle aime lire, elle aussi. La prochaine fois, tente plutôt un roman que tu as lu toi, et aimé.Il en restera forcément quelque chose un jour, de ces échanges entre mère et fille.

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    1. On partage assez souvent des lectures, je lui conseille des titres quand je pense qu’ils pourraient lui plaire, mais elle grandit, et sur ce domaine là aussi, elle revendique ses propres goûts ^-^ qu’elle a bons par ailleurs, elle adore Murail et Lemaitre …

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  3. Pour ma part, j’ai bien aimé Le cœur est un chasseur solitaire, avec son atmosphère de petite ville du Sud des années 1930, et son ennui. Les deux personnages principaux étaient plutôt attachants. Je me vois bien lire d’autres McCullers, peut-être même celui-ci pour pouvoir comparer nos opinions.

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    1. Je ne pense pas lire d’autres titres de cette auteure malgré mon goût pour l’atmosphère des petites villes du sud … La peinture de l’ennui m’ayant ennuyée. Je resterai curieuse de ton avis sur ce titre !

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  4. Ta chute implacable mais si bien menée »On s’ennuie » m’indique que ce roman n’est pas pour moi. Pensées à toi et à ta fille et merci pour ta chronique.

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  5. J’avais aimé, même si je me souviens que c’est en effet répétitif et que ça tourne en rond (mais cela ne m’avait pas vraiment gênée, j’avais trouvé que cela exprimait bien le désœuvrement et les incertitudes de Frankie). Et ce n’est pas mon préféré de l’auteure, dont j’ai adoré Le cœur est un chasseur solitaire, et beaucoup aimé un de ses titres méconnus mais plus « resserré » que d’autres de ses titres : L’horloge sans aiguille, chronique là aussi d’une bourgade du sud, sur fond de ségrégation, et de secrets de famille…

    Et sinon, penses-tu être prête pour notre LC du 29 ? (C’est bon pour moi, je n’arrive juste pas à rédiger la dernière phrase de mon billet, cela m’agace !!)

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    1. Effectivement, l’ennui de Frankie est si bien retranscrit qu’il en devient communicatif ! ^-^ Et malgré tes conseils, je ne pense pas retourner vers cette auteure ( quoique, la lectrice est un être faible et facilement versatile, enfin, moi, en tout cas …)
      Pour Clair de femme le billet est prêt, il m’a donné du fil à retordre, d’ailleurs !

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