Le chant de Dolorès, Wally Lamb

Au départ, Dolorès est une petite fille ordinaire, élevée dans une banlieue ordinaire d’une ville américaine ordinaire, dans les années soixante. Seule aventure, l’arrivée de la télévision, de ses publicités, de ses séries qui commencent à marquer sa vie, mais en douceur, elle apprend les slogans pour faire rire son père. Ce qu’elle ne voit pas tout de suite, c’est que le couple de ses parents est bancal. Sa mère, femme au foyer se voile la face, le père, bellâtre beau parleur, consacre ses journées au service d’une certaine madame Masicotte, en échange de ses services virils, la famille bénéficie de certaines largesses, la télévision, une voiture, puis une maison, et enfin une piscine … Lors d’après midi trop longs dans la cuisine de madame Massicot, Dolorès observe malgré tout les signes d’une complicité trop bruyante et tente de se venger des faveurs obtenues sur le chien de la patronne de son père.

La solitude de sa mère semble sans remède, elle chute dans le désespoir, le père disparaît pour de nouvelles aventures et Dolorès est entraînée vers le premier des drames intimes. Chez la grand mère détestée, où elle est envoyée, se met en place le processus qui la conduit à l’acceptation d’une séduction malsaine, puis du dégoût d’elle même qui fait enfler son corps pour le faire disparaître sous la graisse.

C’est un roman de femmes tronquées, dont la vie a boité et qui ne savent comment aimer. La grand mère, bigote, veuve, s’est enfermée dans les préjugés. Acerbe, elle regarde sa fille, la mère de Dolorès, enchaîner les coups de pieds au fond de l’eau pour remonter. Bernice pousse sa barque chaotique sous les jugements cruels de sa fille Dolorès, devenue obèse, violente et virulente dans sa haine des autres. Elle se confine dans sa solitude, stérile et vaine, dans son corps, dans la maison de la grand mère où les portraits des disparus accumulent la poussière des jours qui furent peut-être plus heureux. la télévision remplit alors le vide. les études sont un calvaire qu’elle entretient à coups de rebuffades, refusant toutes les mains tendues, l’énergie de sa mère, la patience d’un monsieur Pucci, dont le secret intime créé pourtant un des liens qui sortira la jeune fille de l’ornière.

Le monde de Dolorès est constellé de ruines affectives, de trahisons et de mortifications, elle plonge, jusqu’à s’identifier à une baleine, monstrueuse et répugnante, la remontée sera rude.

C’est un roman sur la prison de la boulimie, mais seulement en partie,. L’auteur évacue le pathétique, il n’est pas tendre avec Dolorès, et sarcastique, car, si elle est victime de la lâcheté, de l’abandon, de l’égoïsme des hommes, elle est aussi responsable du chemin qu’elle fait prendre à sa culpabilité et à ses rancœurs, se trompant de cibles. Malgré des allures de hasards miraculeux, l’auteur conduit sa destinée avec une certaine distance burlesque. Dolorès « gagne à être connue », et si la fin de sa rédemption a un côté fleur bleue, elle mérite une compensation de la taille d’un baleineau prince presque charmant, après tout …

Un autre pavé de l’été ! 

Et pour le mois américain, ça marche aussi !

24 commentaires sur “Le chant de Dolorès, Wally Lamb

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    1. J’avoue que je ne comprends pas trop ta phrase « tout un livre »…  » ^-^ Tout un livre sur une héroïne ? Sur l’obésité ? C’est vrai que c’est le thème principal, mais il en croise d’autres quand même !

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      1. Bin plutot sur le fait que l’heroine s’enfonce dans une vie totalement desesperante sans pouvoir sans sortir…sans espoir….

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    1. Ta remarque me met dans l’embarras ^-^. Il n’est pas si original que cela dans sa forme, c’est un roman d’apprentissage, une plongée dans la dépression et une rédemption. Mais, ma foi, Mais, ma foi, le regard distancié par moment ( et de longs moments) du narrateur sur son héroïne font souvent sourire. On sent bien qu’il ne va pas laisser Dolorès en route, qu’il va la sauver. Je ne sais pas si c’est original pour un roman sur le sujet, par contre, je n’en avais jamais lu.

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    1. En fait, moi non plus ! Je l’ai choisi par hasard lors d’un débroussaillage que l’on m’avait demandé pour une boîte à lire. … Et j’ai confondu l’auteur avec un autre, mais finalement, je ne regrette pas du tout mon erreur !

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    1. A dire vrai, j’ai un peu triché … j’ai retardé la publication de certains pavés américains que j’ai lu cet été pour faire une pierre deux coups dans deux challenges que j’aime beaucoup ( bon, à vrai dire, je ne fais que ces deux là … )
      Garde le pour l’année prochaine ? Dolorès en vaut la peine …

      Aimé par 2 personnes

  1. Au début, je me suis dit que ça avait l’air d’une lecture vraiment trop lourde (😁) pour moi, mais la distance et l’humour que l’auteur semble apporter dans sa manière de raconter l’histoire, tels que tu les évoques, m’ont amenée à revoir ma position.
    Le nom de l’auteur ne m’était pas inconnu, mais ce titre, si.

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    1. Bon, ce n’est pas gai, gai non plus …. Elle descend quand même un peu dans les profondeurs la Dolorès. Comme l’auteur n’est pas tendre avec elle, il faut dire que ça passe plutôt bien. Elle a des malheurs, beaucoup même, elle n’en est pas forcément responsable, mais par contre, le récit montre qu’elle choisit parfois le statut de victime. c’est cette dualité que j’ai bien aimé.

      Aimé par 1 personne

    1. Moi non plus, je n’ai trouvé aucun point d’accroche, mais du coup, je l’ai regardé se débattre dans son bocal. c’est vrai qu’elle est énervante, à se fourrer dans la gueule du loup et à en vouloir à tout le monde de ses propres erreurs. mais, comme je le disais à Brize, finalement, c’est que j’ai aimé, une victime un peu coupable.

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  2. Je l’ai lu il y a des années. Je l’avais trouvé à l’hôtel sur les étagères où les voyageurs qui ne veulent pas s’encombrer d’un livre lu les déposent avant de partir.
    Je n’avais pas détesté mais j’avais trouvé le personnage principal un peu trop « chargé » et trop mélodramatique pour que je sois complètement séduit… et surtout ému par son aprcours.

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    1. Donc une lecture de hasard pour toi aussi … C’est vrai que Dolorès est encombrante ^-^ et je te rejoins, l’auteur charge sa barque de bien des malheurs ! Cette accumulation peut-être ressentie comme excessive, C’est la limite de ce livre, effectivement. Pour moi, le courant est passé malgré tout.

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