Le temps de l’innocence, Edith Wharton

Un récit sans beaucoup d’innocence, mais où l’on pénètre la perversité frivole d’une société guindée qui ne laisse pas de place à l’improvisation des cœurs et à la liberté des sentiments.

En effet, c’est en une très brève soirée à l’opéra que l’horizon prévu de Newland Archer vire à la tempête sous un crâne. Dans le milieu très puritain de New York, en ce début de XIXème siècle, toutes les vies de la haute société sont réglées au cordeau de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas. Jusqu’à cette soirée fatale à son cœur, Newland, s’est contenté d’un recul ironique sur l’hypocrisie des mœurs et rôles gravés dans le marbre, mais s’est conformé aux attendus de sa classe sociale et de sa généalogie. Il a des aspirations aux voyages, de l’appétence pour les nouveautés culturelles venues d’Europe, et même, quelques bouffées raisonnables de romantisme exotique. Il est coincé, conscient  et consentant.

Sa pure fiancée, May, se tient dans la loge familiale, bouquet de muguet virginal de rigueur en main. Les fiançailles seront annoncées en temps et une heure, comme il se doit, elles dureront plus d’un an, comme il se doit. Rien, dans la routine surannée du New York mondain, ne laisse entrevoir une autre histoire que celle d’un mariage formaté et plaisant. Le gong ,ou le glas de l’immobilisme, est donné en toute inconscience par l’arrivée de la comtesse Olenska, Ellen, cousine de May, pavé dans la mare malgré elle. Objet des commérages de la salle, elle jette le trouble, car l’engrenage familial oblige Newland a soutenir l’initiative de cette invitation à paraître d’un membre scandaleux de sa future famille, les Mingott, menée d’une main potelée mais inflexible par la grand mère, qui elle, apprécie le parfum de l’indépendance que propage la comtesse.

La « pauvre Ellen », de retour près des siens, fuit un mariage malheureux et, si on juge qu’il  est acceptable de l’accueillir, il est inconvenant de marquer publiquement le retour à la vie mondaine d’une femme qui a quitté son mari, richissime, qui plus est. En se posant en chevalier blanc, Newland pose la première pierre de l’échafaudage de leur perte, l’enchevêtrement des non dits et des on dits, dans cette société où les traquenards se voilent d’une subtile toile d’araignée.

Les deux personnages se heurtent dans leur recherche d’indépendance, dans l’expression de sentiments authentiques à leurs propres carcans. Newland, pris en étau entre l’épouse parfaite et la femme aimée, redoute la voie unique du mariage lissé sans pouvoir le renier. Et les grands yeux bleus de May ont des profondeurs inflexibles. Il faut se méfier de soi même et du muguet qui dort …

Un magnifique roman d’amour et de mœurs, une satire sociale et intime, une tragédie du renoncement … Bref, tout y est !

Une nouvelle participation au mois américain

 

14 commentaires sur “Le temps de l’innocence, Edith Wharton

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  1. Et tu disais avoir mal organisé ce Mois Américain ?! Je te trouve au top, au contraire… ! Normalement, « coup de cœur d’Athalie » = je note sans me poser de questions, mais le thème, l’époque, ça ne me parle pas vraiment. Pour une fois, je fais l’impasse, même si je ne doute pas des qualités de ce classique américain !

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    1. En fait, j’ai lu beaucoup d’Américains cet été mais tous ne rentrent pas dans les catégories prévues. Je n’avais pas vu qu’on pouvait participer aussi hors thèmes, alors je vais participer un peu plus que prévu.
      J’ai quand même loupé le week end indien que j’avais noté aussi ! Tant pis, j’irai voir le bilan pour découvrir de bons titres ( j’en ai déjà remarqué ce matin, De la forêt de Banerji.
      Et pour ce titre, ma foi, je ne vais pas insister mais si tu peux, regarde le film, il est tout aussi bon.

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    1. C’est excellent de voir la toile d’araignée se refermer sur les personnages. De cette auteure, je n’ai lu que Chez les heureux du monde, en plus de celle-ci. Je l’avais trouvé excellent aussi ! Si jamais c’est celui que tu comptais lire …

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    1. Et ben, je ne suis pas tellement mieux ! je viens de voir que dans les propositions « sur le même thème » en dessous de cette note, il y a une note sur Le temps de l’innocence. J’ai donc lu deux fois le même livre, sans m’en souvenir ( je connais le film par coeur, donc je pensais me souvenir du film …) et j’ai écrit deux fois une note sur le même titre. ^-^pas du tout sur le même ton mais le même coup de coeur quand même … ouf !

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