A la recherche d’Alice Love, Liane Moriarty

Lors d’une séance de steeps dans sa salle de sport habituelle, Alice fait une chute et un sacré bond en arrière, puisqu’à son réveil, elle a pris dix ans de moins dans sa tête. Elle se réveille persuadée d’être en 1998, enceinte de son premier enfant, surnommé le haricot par les futurs parents, elle, Alice, et Nick, un homme tendre et attentif avec lequel elle file le parfait amour. Ils sont complices jusqu’au bout de longues siestes et de projets d’avenir aussi lumineux que leur couple. Une vieille bicoque à rénover, un nid douillet pour caresser le temps qui y passera. Sauf que dix ans ont passé et la Alice de 1998, douce, timide, un peu ronde, gaffeuse, enthousiaste, naïve, et de bonne volonté, découvre la Alice de 2008, sportive, élégante, mince, élégante, mère suractive et débordée de trois enfants et, en cours de divorce. Elle découvre son présent avec consternation, stupéfaction, perplexité et incrédulité.

Comme Alice a tout oublié et que son entourage peine à la croire, le décalage laisse place à un forme de recul, la jeune Alice doit réapprendre la vie qu’elle et Nick ont gâché. Ils sont riches, ont une très belle maison, mais ils se sont perdus, sont même entrés en guerre, et les trois enfants forment un trio perpétuellement en mouvement, fourbis d’activités imposées par la façade sociale et cette nouvelle Alice, mère peu attentive à leurs besoins réels, sans cesse débordée par les contraintes sociales qu’elle s’est imposée, jusqu’à aller organiser le record de la tarte au citron meringuée au profit d’œuvres charitables avec les autres mères d’élèves, aussi pestes qu’elle.

Le sens de cette agitation perpétuelle échappe à la jeune Alice, concentrée sur son amour pour Nick qui est pour elle dans toute sa fraicheur, alors que lui, lui oppose sa rancune et son cynisme. De même, sa sœur ainée, Elisabeth, sa complice et son pilier d’enfance, est froide, lointaine, pleine de rancœur. Ses anciennes amies se sont évaporées, sa mère s’est métamorphosée en sensuelle danseuse de tango au bras d’un hidalgo arrogant et semble, elle, parfaitement heureuse. Cette nouvelle vie, qu’Alice ne maîtrise pas, apparaît absurde à la Alice de 1998, qui se bat alors avec celle de 2008, qui parfois reprend la main, le temps d’un réflexe, d’un parfum, d’un rêve, et un nom, Gina, fige les regards autour d’elle.

Le décalage entre les deux donne lieu à des scènes cocasses, mais aussi trace le portrait d’un couple et d’une jeune fille submergée par le factice, qui découvre la coque vide de sa vie, la distance parcourue entre ses rêves et la réalité qu’elle a mises à la place. Redoutant de découvrir une vérité qui ne soit pas en son honneur, elle reconstruit, se trompe et ses erreurs donne le ton mi grave mi léger du roman. Elle soulève le couvercle d’une certaine forme d’oubli de soi et des autres lorsque la course à la perfection prend le pas sur l’authenticité.

Un roman doux amer, sous la première couche de bonbon acidulé.

Une autre participation au mois américain, hors sujet du jour, par contre …

et un pavé pour le challenge pavévasion saison deux,  ici 

25 commentaires sur “A la recherche d’Alice Love, Liane Moriarty

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  1. Eh bien nous avons toutes les 2 fait du hors sujet, aujourd’hui (il faut dire que la thématique du jour ne m’inspirait pas vraiment…) ! Ton billet est très tentant, mais je vais peut-être arrêter le step…

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    1. Et oui, ça doit être des antennes que l’on a … Pour les thèmes suivants, tu verras … ^-^ Le step, je n’ai jamais commencé ( enfin, j’ai essayé une fois mais mon rythme, c’est plutôt le rameur …). pour ce roman, il manque sûrement de noirceur pour te convaincre complétement, même si sous des abords un peu fleur bleue, il égratigne pas mal le modèle de la femme parfaite et de la mère dévouée. mais bon, ce n’est pas du Oates, non plus !

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    1. Merci ! Un titre aussi agréable à lire, avec juste assez de profondeur pour qu’Alice soit attachante, finalement, dans ses tentatives pour comprendre comment elle a pu se transformer en façade sociale !

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  2. j’ai du mal avec l’auteure… Je n’ai lu que « Le secret du marié que j’avais trouvé trop « romance » pour moi. J’ai quand même noté « Petits secrets grands mensonges » qui semblent plus profond peut-être une lecture pour la plage l’an prochain 🙂

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    1. J’ai aussi noté ces deux titres. Tu me refroidis un peu pour Le secret du marié sur lequel j’ai lu de bons retours quand même. je vais sans doute poursuivre avec Petits secrets grands mensonges pour une lecture de plage en plein hiver ^-^

      Aimé par 2 personnes

    1. Oui, un thème que l’on voit souvent au cinéma, plus qu’en littérature à ma connaissance et qui est bien réussi.
      Rien à voir mais je n’arrive pas à identifier ton blog, tu pourrais me laisser un lien ici ?

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      1. Il faudrait que tu ailles dans tes spams….j’ai souvent ce probleme avec WordPress…..autrement c’est rachel17.canalblog-com…..juste a changer le –

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    1. Pas si gentiment que cela dans ce titre ! La satire des mères d’élèves est assez efficace, drôle mais l’auteure les égratigne aussi au passage, et aussi cette course à la perfection qui a fait qu’Alice s’est perdue …

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    1. Ah ! je savais bien que j’avais noté Le secret du mari pour de bonnes raisons ^-^! je ne connais pas la série par contre.
      Australienne ! Ben mince ! je vais vérifier immédiatement. Pour le mois américain, c’est pas bon alors, il reste le pavé quand même …

      Aimé par 1 personne

  3. L’auteure est Australienne oui .. Je ne suis pas très preneuse de ces histoires où les époques se mélangent et où la mémoire fait défaut. Par contre, j’ai lu il n’y a pas longtemps « le secret du mari » et j’ai aimé. J’en ai un autre dans ma PAL.

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    1. Je viens de vérifier, elle est bien australienne et vit à Sydney. Le milieu qu’elle décrit est tellement américain, que je n’ai même pas pensé à regarder sa biographie.
      Et encore un commentaire qui me réconforte dans ma lecture du secret du mari, même si c’est un peu léger, ça m’ira très bien. je n’arrive pas à entrer dans du dur depuis deux semaines, et cela risque de durer …

      Aimé par 1 personne

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