Magic Time, Doug Marlette

Carter Ransom a la quarantaine, chroniqueur apprécié du New York Examiner. sa vie mondaine et sociale est une réussite, sa vie amoureuse, par contre, est une lutte inconsciente contre l’engagement définitif, alors qu’Emily et son fils, Josh, semblaient pourtant enfin remplir les conditions d’un compromis satisfaisant.

L’équilibre vole en éclat suite à un double choc : un attentat au musée d’art moderne et la révision d’un procès contre le KuKlux Klan pour un crime commis en 1965, soit 25 ans avant, à Troy, ville du Mississipi ségrégationniste. Troy est la ville natale de Carter, le juge du premier procès est son père, et une des victimes est Sarah, juive newyorkaise, belle et blanche, engagée dans la lutte pour les droits civiques. Elle est le traumatisme, l’idéal amoureux, à jamais jeune, passionnée, aimée. Foudroyé par la concomitance des deux violences,, c’est un Carter convalescent qui va suivre en spectateur impliqué la mise en place du nouveau procès, les stratégies de la nouvelle juge, faire le portraits des impliqués et de ses amis d’adolescence retrouvés.

L’incendie de l’église de Shilod, à Troy, vingt cinq ans plus tôt est le fil conducteur de l’évocation du sud et de son passé honteux qui se révèle tout au long des retours arrière, retraçant aussi l’adolescence presque ordinaire du fils du juge, homme honnête mais intransigeant, rigide et moraliste. Une adolescence formatée d’un jeune blanc du sud, ignorant de la véritable conditions des afro américains, de leurs peurs, leurs frustrations, leur colère et de la tentation de la violence et de la vengeance. Sa prise de conscience s’est faite par étapes car en petit blanc privilégié, il résiste aux vérités que son ami, lige, fils de la domestique de sa famille, lui dévoile. Lui est devenu  un militant déterminé du Snjck, branche qui s’écarte de la figure tutélaire de Martin Luther King. Pour les habitants de Troy, Lige est un négro et les autres militants blancs, comme Sarah, sont des agitateurs extérieurs qui mettent le feu aux poudres. Jackson a pourtant signé la loi sur les droits civiques, mais dans ce sud là, les croix brulent toujours, les chevaliers blancs du KKK sont parmi les notables les plus influents, le sheriff a la matraque raciste. Trois militants ont disparu et les menaces pleuvent sur le QJ des jeunes gens engagés, le Magic Time. La violence éructe par tous les pores de la ville. Et si Carter reste à distance, même dans les bras de Sarah, Lige est de tous es combats.

De 1965 à 1990, Troy s’est modernisé, mais les grandes lignes restent à fleur de peau et le nouveau procès les fait affleurer à la surface. Les costumes du KKK sont rentrés dans les placards, mais les secrets coupables n’ont pas tous été punis. Ils sont les odes de choc du récit. Le sud de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur emporte le vent des certitudes naïves des adolescents et le racisme populaire montre sa cruauté. Même si l’épilogue en happy end oublie un peu la dimension historique, ce roman met au jour des vérités encore dérangeantes.

Une participation sur le thème du jour pour le mois américain !

 

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12 commentaires sur “Magic Time, Doug Marlette

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    1. Il lie un destin individuel à une histoire collective, ce qui fait que tu comprends l’histoire, la grande à travers un personnage qui prend peu à peu conscience de la société où il évolue, et ça, c’est pas mal.

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  1. Un de mes « pavés » 2019 ! Je l’avais apprécié, c’est un roman intéressant, et bien mené, qui ne tombe pas dans une vision manichéiste. Mais je l’ai lu après le sublime « Le temps où nous chantions » de Richard Powers, et il a forcément pâti de la comparaison !

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    1. C’est bien à ce moment là que je l’avais noté, et je l’ai apprécié dans l’ensemble grâce à la construction progressive du personnage. J’ai noté aussi le titre de Richard Powers, bien sûr ! Mais je suis revenue pour l’instant à des formats plus courts …

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