Les roses fauves, Carole Martinez

Le dernier roman de Carole Martinez est gorgé d’histoires, de belles histoires de femmes et de roses, d’enfants perdus ou oubliés dans des jardins andalous, ou dans les brumes bretonnes. Le hic, est que le petit poucet a oublié des cailloux dans sa course et qu’on s’y perd.

Il y a l’histoire de Lola. Dans l’armoire bretonne de Lola, il y a cinq cœurs cousus qui contiennent des petits morceaux de papier racontant les histoires de cinq femmes. Ces papiers sont enfermés, interdits, même si ils bruissent de plus en fort. Il y a celui de satin bleu, celui de la mère de Lola, un de velours doux, celui de la grand mère, un de taffetas rouge, un autre de lin de lin blanc, et le dernier, le plus ancien, usé et élimé, qui ressemble à une robe de bal bohémienne, est prêt à laisser sortir la voix de la femme morte. Avant de mourir, elle l’a refermé après y avoir glissé des semences de roses fauves.

Il y a l’histoire de la carte postale, celle d’un village breton, en sépia, d’une silhouette que l’auteure voit boiteuse. Carole Martinez fait alors irruption en personnage dans sa magie. Elle raconte sa quête d’un lieu idoine pour terminer son deuxième roman, celui d’un Barbe bleu contemporain. le hic, là, est qu’elle n’y arrive pas. A la place, elle raconte l’histoire de Lola, sa rencontre avec Lola, sa complicité avec Lola, les coussins de Lola, le corps de Lola.

Lola Cam est postière en pays gallo, célibataire, boiteuse, revêche, c’est une forteresse en culotte de coton blanc, qui ne quitte l’ordonnancement strict de son jardin que pour se tenir droite et retranchée derrière le vieux guichet de bois d’où elle tamponne en silence. Sa poste est pourtant le lieu des papotages et des ragots des vieilles femmes qui se tiennent là, sur leur chaises en paille, à ouvrir les histoires anciennes pour l’auteure venue de Paris …

A cause d’une odeur de pot au feu breton, dit kig ar farz, et d’une porte qui a claqué, le coeur d’Inès Dolorès laisse échapper une romance tragique, aux sonorités d’Espagne andalouse et de flamenco, le vrai, celui qui plombe les cours d’amours perdus. Les graines de roses fauves renaissent dans le jardin breton de Lola et commencent à envahir le roman.

D’histoires en histoires, elles s’imbriquent et perdent l’harmonie. Trop de discordances entre les temps et les personnages et les senteurs du passé s’éventent. En se mettant en scène dans sa propre recherche littéraire, dans le récit des cœurs cousus et de Lola qui se métamorphose en rose fauve, l’auteure crée un hiatus qui sème la discorde dans cet entrelacement. Le contre poids de la réalité ne fonctionne pas avec l’envol féérique. (et puis, la réalité bretonne sent parfois aussi le cliché des vieilles pierres et des traditions éculées …).  Il devient de plus en plus difficile de croire aux hasards merveilleux puisque la présence effective et agissante de l’auteure les fait sonner faux. On peut croire aux fées, mais il ne faut pas montrer la baguette magique.

 

 

21 commentaires sur “Les roses fauves, Carole Martinez

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    1. Franchement, il y a certains passages qui sont merveilleux, exaltants et fiévreux comme elle sait les écrire. Mais le soufflet retombe à chaque fois, du fait de la présence trop réelle de l’auteure. J’ai du mal à comprendre comment son éditeur a pu la laisser se fourvoyer ainsi.

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  1. Les critiques sont tièdes pour ce roman, donc je vais peut-être passer mon tour.
    J’aime beaucoup l’auteure ‘Du domaine des murmures » et « La terre qui penche » m’ont vraiment plu… Il me reste aussi « Le cœur cousu » dans ma PAL alors …

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    1. Je vais peut-être en lire de ces tièdes commentaires mais franchement, je pense que c’est une erreur de calibrage ou d’équilibre dans la construction romanesque, l’écriture est toujours là.
      Le coeur cousu est sans doute le meilleur souvenir de lecture que je garde d’elle, et puis aussi parce quand elle a reçu le prix du festival à Saint Malo pour ce premier titre, elle était tellement bouleversée et sincère, que cela m’a marqué.

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      1. La plume est bien là, il y a de très belles pages, un début magnifique, dans la lignée de coeur cousu, et puis des passages très drôles avec les commérages des vieilles à la poste. Mais, mais, c’est l’ensemble qui ne tient pas ensemble. Dommage.

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  2. Ah c’est dommage. J’ai beaucoup aimé ses deux premiers romans, j’ai le troisième dans ma PAL. Je ne vais pas me précipiter sur celui-là. J’ai dû la rencontrer deux ou trois fois et à chaque fois c’est très vivant.

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    1. Moi aussi j’ai vraiment adoré les deux premiers, Coeur cousu et le Domaine des murmures, La terre qui penche … cette histoire de Barbe bleu qui est aussi un des fils de ce dernier titre. Le souci étant qu’il y a trop de fils .. Et en rencontre, Carole Martinez est vraiment dynamique et généreuse, c’est vrai !

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