Les chiens de Détroit, Jérôme Loubry

Je pense que je vais créer une nouvelle catégorie sur le blog, les « lectures pour feignasse qui s’assume », dédiée à mes lectures actuelles. Cette catégorie ne tient absolument pas compte de la qualité du livre, qui peut être de moyen à bon, le critère principal étant plutôt dans la posture de non curiosité intellectuelle que cette lecture demande, juste des standards, du genre polar à lire sur canapé. Ce roman noir en fait clairement partie.

On a l’enquêteur déglingué par l’alcool, Stan Mitchell, pourri de remords d’avoir loupé sa vie de famille et surcompensant avec un sur investissement rageur dans la traque du méchant : un tueur d’enfants qui sévit dans l’ombre des ruines de la ville de Détroit. Une première série a eu lieu quinze ans auparavant, la deuxième commence, avec aussi peu d’indices, toujours autant de misère et de brouillards. Un deuxième méchant projette l’ombre du premier sur sa conscience tourmentée …

On a la légende et la comptine qui hante les esprits et les rues de Détroit, un Géant de brume dont les pas font écho dans la tête de Sara, l’enquêtrice qu’on impose à Stan, pour qu’il ne fasse pas trop son numéro de pitbull incontrôlable.

On a donc Sarah, le binôme, censée rétablir l’équilibre mais qui se trimballe un lourd passé, plein de terribles secrets qui refrappent à la porte de sa mémoire, la comptine en sourdine de plus en plus envahissante….. Toc toc toc, fait la comptine à sa porte …

On a la solution dès le début ( ça me plait beaucoup, ça,  en ce moment) puisque le roman commence par l’arrestation du coupable qui avoue sans retenue ni contrainte. (Bon, évidemment, c’est confortable, sauf qu’évidemment, aussi, ce ne doit pas être le bon, j’ai beau être en mode feignasse, les codes du genre, je maitrise quand même)

Enfin, on a la ville de Détroit, sans doute finalement le personnage le plus réussi du roman où l’enfance est vaincue par le décor urbain qui se décrépit d’abandon. Dans le désert de la ville flotte encore quelques lumières, rescapées de celles d’une industrie qui fut flamboyante, luminosité en clair obscur, plutôt obscure,  à la mesure du désert moral.

Alors, c’est sombre, ça glisse, ça pleut, ça n’a rien d’original mais c’est une bonne parenthèse, qui tient bien les codes (un peu tirés par les cheveux mais pas trop) du polar urbain. Et l’écriture de la ville est ciselée, quasi poétique, hanté de bouches d’ombre et de néons. .

22 commentaires sur “Les chiens de Détroit, Jérôme Loubry

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  1. Tu devrais ouvrir un concours pour trouver un nom, court mais efficace, à cette catégorie, ça pourrait être rigolo… J’aime bien l’anaphore de « on a » : on dirait que tu plantes un décor à grands coups de marteau 🙂

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    1. Faut que je cherche un nom, tu as raison … Je vais lançer des spécialistes sur le coup ! Les anaphores, j’aime bien, Selon certaines de mes connaissances, j’aurais même tendance à en abuser, à l’oral, genre le gars qui veut être président de la république, qui a perdu, mais depuis, tout le monde sait ce qu’est une anaphore ( une forme de victoire ?). Et pour ce titre, ça colle, c’est l’intrigue qui y va un peu à coup de marteau, ce qui n’est pas grave, au moins, on comprend bien tout.

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  2. L’image que tu as choisi pour illustrer ton billet me rappelle celle de la couverture du « Poids de la neige » (très indigent, comme commentaire…).
    Mais oui, les lectures qui glissent, ça fait du bien de temps en temps.. Je suis dans un polar aussi, mais plutôt de ceux qui grattent et accrochent.. (un Le Corre bien sordide !)

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    1. Ha ! Le Corre, j’en ai lu pas mal, il y a un certain temps, largement avant blog. Je crois bien que je n’ai lu pratiquement que du noir pendant deux ans … C’était l’époque des débuts de Dessaint, du Pouy en pleine forme et du Moloch de Jonquet . Une pointe de nostalgie mais c’était du sanglant quand même.
      Tu connais Vilar ? J’ai passé à mon fiston Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués, ressorti de mes étagères d’antiques lectures et j’ai pensé à toi. Ce qui est marrant est qu’il est aussi reparti avec les vieux Le Corre, dédicacés par le bonhomme. Fiston était tombé en amour de cet écrivain lors du dernier festival d’Etonnants voyageurs ( 2019). Le flambeau tourne !

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      1. Je crois que j’avais noté le Vilar (il est dans ton TOP 100, non ?), un titre comme celui-là interpelle, forcément…
        Et il y a demain à 22h40 sur France 3 Aquitaine un docu consacré à Le Corre, que l’on peut revoir sur na.france3.fr, si cela t’intéresse (https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/gironde/bordeaux/bordeaux-plongeon-univers-noir-plume-renom-1893218.html).
        Comme ton fils, le personnage m’a aussi marquée, je l’avais trouvé passionné et passionnant lors d’une intervention à Lireenpoche..

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  3. c’est dur en ce moment on n’a pas envie de se prendre la tête… Le tout c’est de prendre du plaisir, tant pis si ce n’est pas trop intello, les neurones ont droit au repos eux aussi 🙂
    j’ai aimé « Le douzième chapitre » de l’auteur

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  4. Je n’arrive pas à démarrer de roman en ce moment et m’accroche à un roman graphique que je trouve un peu longuet. J’adhère assez bien à la nouvelle catégorie de lecture que tu pourrais intituler « Ca peut pas faire de mal »…

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    1. J’ai bien peur que si Galienne ne passe par ici, (ce qui ne saurait tarder, il ne m’accuse de concurrence déloyale ^-^
      Je ne connais pas encore bien tes lectures, mais je sais que moi, en ce moment, j’arrive à lire quand c’est du tout cuit … Ce qui ne veut pas dire des romans faciles, mais juste dont je connais tous les trucs.

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  5. Je revendique aussi le droit de lire un peu n’importe quoi en ce moment, on s’adapte c’est tout ! Et puis qui a dit qu’il fallait lire à tout prix utile ou intelligent ou seulement les malheurs du monde hein ? On a aussi besoin de repos, de légèreté et de pur plaisir de tourner les pages.

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    1. C’est ça, faut un truc entre les deux. Mais ce titre n’est pas concon du tout ( et pas du tout feel good), c’est bien cadré, assez pour fonctionner, et le style retiens assez l’attention.

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