Bénie soit Sixtine, Maylis Adhémar

La religion catholique a, elle aussi, ses fanatiques, ses intégristes, ses fachistes et ses prières assassines. La vie de Sixtine a été ainsi bercée aux cris de « Multipliez vous!  » et « Allez et frappez du tranchant de l’épée ». Dans sa communauté, la grossesse est le combat des femmes, celui des hommes est de protéger les valeurs les plus traditionnelles de l’obscurantisme religieux. Les parents de Sixtine appartiennent à ceux qui assistent à la messe en latin, manifestent contre les droits homosexuels. Dans ce microcosme, les mariages sont des croisades, orchestrés aussi pour que les célibataires y trouvent l’âme sœur, une de celle qui soient capables de mener à bien cinq à six grossesses en secondant leur homme dans le combat contre les Infidèles.

C’est ainsi que Sixtine fait la connaissance de Pierre Louis Sue de la Garde et se rallie à l’évidence. Auprès de lui est sa place. Le polytechnicien porte haut les couleurs des valeurs intégristes. Dirigeant prospère d’une entreprise de conseils en technologies de l’information, il appartient pourtant à un autre monde que celui de la modernité. Il a le même visage que celui des soldats du Christ, celui des images pieuses devant lesquelles Sixtine a l’habitude de s’agenouiller lors des prières familiales. Il a le visage et les paroles des adeptes de la confrérie des Frères de la Croix, fascistes, racistes, antisémites. Ces jeunes gens défendent leur foi, contre un monde décadent et livré à l’apostasie, matraque à la main.

Si Sixtine ne voit pas toute la violence de cet engagement, elle en subit rapidement d’autres : la nuit de noce, une pénétration virile, puis cinq mois après la cohabitation conjugale, la grossesse. Dans son milieu, et pour la famille de son mari, souffrir est un devoir, chercher à se soulager de ses nausées est péché mortel. Pour Sixtine, bonne catholique, devenir génitrice est un chemin de croix qu’elle peine, malgré les diktats, à accepter sans broncher.

Il faut dire que le jeune fille a connu des velléités de révolte : parfois, une envie folle de briser la litanie du rosaire de quarante cinq minutes, récité en famille à 18.00 tapante, l’a agitée, en silence. Et puis, lors d’une soirée clandestine, une amie moins docile lui a fait connaître un garçon, et parfois Sixtine se laisse aller au souvenir du désir et de sa chaleur. Mariée, elle se range, mais malgré tout,  Sixtine inquiète son entourage. Il faudra un drame radical pour qu’elle trouve le moyen de se coller des ailes.

Et ma foi (c’est le cas de le dire … ), c’est à ce moment là que j’ai décroché de l’ histoire de la pauvre Sixtine et de sa libération, parce que son intégration dans le monde « normal », c’est un peu « Martine qui découvre les punks à chiens ». Le personnage sort de sa coquille et rencontre alors la vraie vie, c’est-à dire des marginaux, dont un archange anarchiste, une coiffeuse à mini jupe, un curé syndicaliste … Dans ce nouveau monde, Sixtine fait preuve d’une tolérance à toute épreuve, à peine égratignée par la découverte d’un secret de famille qui en fait une brebis galeuse.

Bien sûr, une conversion à l’humanisme ne peut que remporter mon adhésion morale, mais pas celle de lectrice.

18 commentaires sur “Bénie soit Sixtine, Maylis Adhémar

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    1. La logique de l’intégrisme est glaçant … (mais bon, l’intégrisme est glaçant de toute façon) et j’ai un peu exagéré quand même, avec les punks à chiens, ce pourrait être aussi Sixtine au pays des squatteurs, mais ça sonnait moins bien. Mon impression reste la même, je n’ai pas vu l’utilité de ce grand écart.

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    1. La première partie n’est pas drôle, la seconde non plus d’ailleurs … C’est juste moi que l’ouverture d’esprit de Sixtine laisse sceptique. Il me semble que quelqu’un, élevé dans le milieu de l’intégrisme radical aurait quand même plus de barrière et de freins. Et ces freins et ces barrières que j’aurais préféré lire.

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  1. J’étais intriguée pour la découverte de ce monde intégriste (j’ai observé ce genre de familles devant une église proche de mon ancien logement) mais bon, la suite me semble moins intéressante.

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    1. J’étais très intriguée aussi, la littérature étant souvent pour moi, un moyen de rentrer dans des mondes qui me font peur, mais aussi qui me les font mieux comprendre. C’est le cas pour la première partie. Mais franchement ce titre n’a pas la force subversive de La théorie des signature de Joseph Soletier, un titre bien plus exigeant et touchant aux tripes.

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    1. Et du coup, l’opposition ne fonctionne pas … Et pour la deuxième fois, je conseille vraiment La théorie des signatures de Joseph Soletier. Là, tu prends une claque, morale, et littéraire, en plus.

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