Sacrifices, Pierre Lemaitre

Retour aux fondamentaux, la trilogie Verhoeven, dont j’avais oublié le troisième tome sur mes étagères (et aussi que j’avais lu le second, mais pas le premier, ce qui fait que j’ai racheté Travail soigné, mais pas Alex, pour ensuite retrouver ce premier tome que je pensais être à part …) Bref, même dans le désordre, on recolle les morceaux quand on est accro à l’auteur et à ses intrigues, très noires, mais d’une efficacité qui vous fait rebondir la jubilation.

L’inspecteur Camille Verhoeven est petit, très petit, mais aussi teigneux, très teigneux, surtout quand la femme qu’il aime est la victime d’une agression d’une violence abrupte et radicale. Il faut d’ailleurs croire que c’est une malédiction, puisqu’on lui a déjà assassiné sa femme, Irène, dans Travail soigné. Ce meurtre a marqué également l’éclatement de l’équipe Verhoeren. Des quatre membres historiques, ne restent dans ce dernier volet que Camille et Louis. La prometteur Maleval a très mal tourné ses talents vers le grand banditisme, mais Louis reste Louis, distingué jusqu’au bout des lunules et toujours fidèle, malgré les couleuvres que Camille va lui faire avaler dans cette dernière enquête.

Camille est donc remis de sa dépression qui l’avait foudroyé après le meurtre d’Irène, il repris du service et même un peu de bonheur avec un nouvel amour, un baume affectueux et tendre qui s’incarne en la lumineuse Anne. Anne Forestier ouvre le bal de la cavalcade pourtant insoupçonnable, alors qu’en cette matinée, elle se dirige vers une bijouterie de luxe, galerie Monnier, en plein cœur de Paris, il est 10.00. Elle n’aurait pas dû s’attarder boire un café ni pousser la porte des toilettes publiques car des braqueurs attendaient leur heure juste derrière. Anne tombe sous les coups, d’une violence extrême, assez bien assénés pour la faire taire à jamais, puis est poursuivie au-delà de toute logique par les tirs du meneur, aussi déterminé que finalement, maladroit.

Camille, qui pensait avoir eu son compte de cataclysmes, en démarre l’enquête complétement de travers, armé de sa froide colère et englué dans la compassion. Il accumule les maladresses, met à mal sa déontologie, joue à saute mouton avec la hiérarchie. Erreurs dont le tueur, qui devient parfois narrateur, se délecte, le menant à coup de capes vers la mise à mort. Du moins, c’est ce que le magistral Lemaitre arrive à lui faire croire. Et à nous avec.

Un thriller tel que l’auteur sait faire sortir de son chapeau, tout en distanciation et en grands angles, en changements d’angles ironiques ou glaçants. Finalement, j’en arriverais presque à regretter que Camille Verhoeren ne soit pas Barbe Bleu pour qu’il se remette à courir après d’autres meurtriers aussi retors.

10 commentaires sur “Sacrifices, Pierre Lemaitre

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    1. Absolument hors d’haleine, à tel point qu’on ne voit même pas les incohérences du piège tendu … Et oui, monsieur Lemaitre est un maître du polar, en tout cas, du genre de polar que j’aime ! C’est à la fois tendu et très humain.

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    1. Pas si violent que cela en fait, d’accord, ça tire et ça tue dans tous les sens, mais tu as le ton Lemaitre, maitrisé, très distancié. Tu n’y crois pas une seule seconde, mais tu es à fond ! Les portraits de personnages sont moins travaillés que dans sa trilogie, évidemment, mais tiennent quand même assez bien pour que le palpitant palpite.

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  1. Je n’ai lu que les 2 premiers tomes de sa série sur les 2 guerres, et au niveau polars j’ai beaucoup aimé « Robe de marié » et apprécié « trois jours une vie… sa trilogie Verhoeven m’attend version quarto depuis 1 an! elle flirte avec la trilogie berlinoise, côte à côté elles se soutiennent 🙂

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    1. J’ai moi aussi beaucoup aimé ces deux titres avec une préférence quand même pour Trois jours et une vie, dont l’ambiance est peut-être moins polar à toute vitesse que la trilogie Verhoeren, mais ce fut un moment de lecture très intense à cause de la problématique de la culpabilité et de l’innocence qui est posée dans l’intime et non dans l’histoire.
      Que les deux trilogies flirtent est assez drôle. C’est vrai que certains thèmes se rejoignent, mais qu’est-ce que j’ai pu m’ennuyer avec l’écriture de Kerr !

      Aimé par 1 personne

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