La chambre des dupes, Camille Pascal

La Pompadour n’est pas encore rentrée en scène, la Du Barry encore moins, c’est le temps du règne des soeurs Maily, une fratrie qui se succède dans le lit du roi Louis XV, à croire que ce dernier n’aime pas trop changer le goût de ses saveurs libertines. La reine, Marie Levinska, ne compte pas, reléguée par le Cardinal Fleury, premier ministre du roi, dans un cocon dévôt. Il faut dire qu’elle a déjà bien donné de son corps, avec une dizaine de grogesses.

La cour est un monde sans pitié où les aventures amoureuses sont aussi, voire surtout, des moyens politiques de conserver et de conquérir, les faveurs du roi. Ainsi, lorsque la deuxième des sœurs, Pauline, marquise de Vintimille, décède en couche des œuvres royales, elle est bien pleurée par le roi, qui reprend malgré tout ses habitudes avec sa soeur Louise, la première dans l’ordre d’accession au lit royal, mais son premier ministre se réjouit de ce retour au premier choix. Le cardinal de Fleury faisant son affaire du manque d’ambition personnel de la pauvre Louise, toujours retranchée dans son petit appartement. Sa fadeur ne lui donne aucun poids dans la lutte d’influence entre dévots et libertins, entre plaisirs et peur de l’enfer qui laisse parfois le roi fort mélancolique et tourmenté.

La non ingérence de Louise lui coûte fort cher lorsque les yeux du roi se posent, un soir de bal masqué à Versailles sur les seins tendus que laisse entrevoir le peignoir oriental de la troisième sœur, Marie Anne Marly, marquise de la Tournelle, dont le cœur très volage de veuve lui vaut le surnom de Tourterelle. Le roi est ferré par les appâts de la belle libertine, ce dont elle n’a cure, ayant déjà amant à son goût. Il faut dire que Louis XV est fréquemment rongé de mélancholie, de tristesse, et même, qu’il peut être retenu par une certaine timidité.  Le duc de Richelieu, fieffé séducteur, manœuvre si bien auprès de Marie Anne que sa nièce finit par être tenter par la conquête du lit royal, non point par inclinaison sentimentale mais par goût du pouvoir que donne la dite conquête. C’est une jeune femme qui sait jouer de sa croupe de pouliche de grand prix.

Mais le grand intérêt de ce roman est dans la peinture de la cour et des courtisans, un monde où les armes sont les mots, les ragots, où les places fortes à défendre sont celles de l’intérêt personnel des grands seigneurs, leurs fonctions, leurs charges, acquises à la seule faveur du sang bleu et de la gloire de leurs ancêtres. L’intérêt du royaume passe bien après, et même la personne du roi peut être sacrifiée aux ambitions de Tartuffes que Molière n’aurait pu imaginer aussi vils et vitupérins.

Le cynisme de ce monde est brossé avec délectation et humour par la plume de l’auteur. A la manière d’un Watteau, les éventails peints de paysages champêtres, bucoliques et autres pastorales, dissimulent les mouches des ambitions. Le masque de la séduction est de dentelles et de soie mais priapiques quand même, c’est un vrai régal …

Ma première participation au challenge petit bac chez Enna 

20 commentaires sur “La chambre des dupes, Camille Pascal

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    1. J’ai moi aussi adoré L’été des quatre roi, à ma grande surprise d’ailleurs, parce que la fin du règne de Charles X, à priori, n’avait rien pour me passionner ! Sur le règne de Louis XV, je suis plus à l’aise mais j’ai quand même été passionnée par la lecture de ce « jeu de dupes », plus politique que polisson …

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  1. J’ai lu beaucoup de commentaires positifs sur L’été des quatre rois, qui est pour l’instant toujours dans ma bibliothèque. Je note ce titre à lire dans la foulée.
    Et bonne année 2021 !

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    1. Tu verras, L’été des quatre rois est addictif, et drôle en plus. Un humour pince sans rire que l’on retrouve dans ce deuxième roman, cela fonctionne très bien avec le suspens politique et le cynisme du monde décrit.
      Bonne année à toi aussi !

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  2. je l’ai beaucoup aimé aussi.J’ai découvert l’auteur avec »L’été des quatre rois » qui m’a donné envie de suivre l’auteur 🙂
    les frasques de Louis XV sont savoureuses, pleines de piquant, et coup de chapeau à Marie-Anne , une personnalité qui n’a pas froid aux yeux ou ailleurs 🙂

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    1. Une sacrée bonne femme que la Marie Anne, c’est certain ! J’ai aussi beaucoup apprécié dans ce livre la peinture de la cour et de ses pièges. On sent comment la royauté va finir par se prendre les pieds dans sa propre rigidité et stérilité. Un processus en marche, même si Louis XV est encore « le bien aimé » à cette période.

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