On fait parfois des vagues, Arnaud Dudeck

Jusqu’au jour de ses dix ans, Nicolas se croit être le fils du père qui se tient à ses côtés depuis sa naissance. Et non, ce jour là, dans le salon, sans autres explications, ses parents lui annoncent qu’il est né grâce à un don anonyme de sperme. Et tout le monde retourne à ses occupations, le père au jardin, la mère aux fourneaux et lui dans le canapé, dont la troisième traite n’a pas encore été payée. Ce qui n’a aucune importance dans le roman, par ailleurs.

Vingt ans plus tard, Nicolas est devenu auteur de polars, après un passage dans l’administration. Il décide que quelque chose lui manque et part à la recherche de ce père biologique dont il anticipe les identités possibles, les pires, pour ne pas être déçu, au cas où. Mais plus que ce père inconnu, c’est plutôt l’autre qu’il va retrouver, le vrai, finalement, celui avec qui il a si peu parlé, si peu partagé.

Dans ce roman, le sujet est davantage le tableau d’une vie familiale resserrée en trois vies parallèles, que celui des troubles générés par l’anonymat d’un donneur. Une famille normale peut être suffisante pour construire une problématique identitaire et creuser des frontières de non dits.

Le père est un homme fier de son métier, un homme toujours occupé, un homme roc, pourtant, dont l’enfant rêvait de chausser les Caterpillar. Un homme solitaire, un peu bourru, sûrement, peu enclin aux sentiments, un homme qui n’a sans doute pas eu de mots pour dire à l’ado qui s’éloignait de lui qu’il l’aimait. On ne sait pas trop, mais le texte baigne dans cette nostalgie là.

Une nostalgie finalement très tendre, avec des traces infimes pour dire l’intime caché : le sourire du père sur la première photo où il tient son fils dans les bras, la tapisserie aux bambis de la chambre d’enfant, le refuge du fils dans les livres, face au monde du père, jugé par trop ordinaire et étriqué. Peut-être que ce père avait déjà donné tellement d’amour dans son parcours pour le devenir qu’il n’en restait plus assez pour le montrer, après ? On n’en saura rien, on suit l’enfant, le fils, le jeune adulte, qui prend de plus en plus de distance, collectionne les amours, tourne un peu en rond, puis trouve sa réponse là où elle l’attendait, tout simplement.

Ce roman est très différent du premier titre de cet auteur que j’ai lu, qui était Une plage au pôle Nord, où la nostalgie flirtait plutôt avec le burlesque alors qu’ici, les failles humaines sont serties d’une tristesse tendre. l’art de ellipse que pratique l’auteur avec grande maitrise m’a semblé avoir le goût de l’essentiel, dire peu pour faire ressentir une petite musique des sentiments qui n’ont rien à voir avec la légitimité biologique.

 

18 commentaires sur “On fait parfois des vagues, Arnaud Dudeck

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    1. Il m’a touchée, mais ce n’est pas non plus un grand roman. Mais touchée, c’est déjà pas mal…. Je ne pense pas que ce soit ta cam, mais bon, dès fois on se laisse tenter par un titre qui ne est pas habituel. Et franchement sur le moment de la lecture, je me suis dit que c’était un peu insipide, et finalement, elle résonne cette histoire.

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    1. Ce n’est pas non plus un coup de coeur (classé entre les deux) parce que qu’il se lit bien, mais aussi bien vite et que le sujet est survolé. Mais finalement, je crois que c’est ce qui m’a plu, ce survol du trauma de la « révélation » pour en arriver à quelque chose de bien simple, l’acceptation de soi. En toute simplicité et sans envols lyriques.

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