Tous les hommes sont menteurs, Alberto Manguel

Terradillos, journaliste, mène une enquête sur un auteur sud américain,  personnage qu’il souhaite saisir à travers plusieurs témoignages, dont le premier est celui d’un autre exilé, Manguel lui, même, ou du moins, un double romanesque de l’auteur, auteur qui dit d’ailleurs avoir très peu connu Bevilacqua, le sujet de la quête. Il l’a rencontré après l’exil, il l’a beaucoup écouté, une écoute qu’il dit contrainte par l’insistance du disparu à lui parler.  Et pourtant, il a retenu beaucoup du passé de Bevilacqua, son enfance tristounette, son manque d’ambition, ses amours peu reluisantes. Se dessine une figure d’anti héros qui questionne sur le personnage questionné : comment en savoir autant sur une personne que l’on dit avoir été sans intérêt particulier ? Quel rôle véritable a-t-il joué dans la disparition subite de l’écrivain, retrouvé mort en bas du balcon de son appartement, le soir même de la présentation publique de son livre, l’éloge du mensonge, pressenti par tous comme un futur chef d’oeuvre ?

A Madrid, dans les années 70, tous les exilés d’Amérique du sud se connaissent, où du moins, se côtoient, dans un petit cercle dont quelques personnages prennent la suite de l’écrivain : le Bevilacqua en  pauvre diable, se double d’un séducteur, ou d’un usurpateur, un dissident, un homme balloté dans les flots d’une histoire qui n’est peut-être pas la sienne.

Les témoignages se succèdent, souvent contradictoires, se méprisant les uns les autres, ils éclairent à la fois le protagoniste principal et les autres témoins d’une subjectivité troublante, en même temps que l’intrigue se dévoile, bien plus retorse qu’il n’y paraissait au premier abord. De manière surprenante, les personnages secondaires, le goret, la belette, le faux poète, le beau salaud et l’amour perdu, finissent par prendre place dans le puzzle.

Même si le roman se lit facilement, même si l’atmosphère de méfiance, de complots est parfaitement induite des différentes strates du passé qui resurgit, petit à petit, livrant des bouts de la noirceur des deux  dictatures, celle de Madrid et celle de l’Amérique du sud, même si l’angle de vue très partiel sonne terriblement juste de solitude et de deuil, j’ai eu quand même plus l’impression de lire un essai sur la littérature, un éloge, justement, du mensonge de la fiction, que de lire un roman.

Une nouvelle participation ( Argentine) au mois latino américain chez Ingannmic et Goran 

 

13 commentaires sur “Tous les hommes sont menteurs, Alberto Manguel

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    1. Je ne connaissais pas cet auteur, mais ce que j’avais lu sur son oeuvre m’intriguait. J’ai choisi ce titre complétement par hasard, sur le seul critère du nombre de pages … Je pense qu’il doit y avoir d’autres moyens ^-^.

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  1. Un auteur beaucoup vu sur les blogs, mais que je n’ai pas encore lu (te souviens-tu que tu devais participer à une lecture commune Alison Lurie aujourd’hui ?)

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    1. Mince, me suis-je dis en lisant vos articles ce matin ! J’ai oublié, effectivement, concentrée sur le mois latino américain. Je me déçois moi même de ce rendez vous manqué ( mais heureusement, j’ai vu qu’il a connu un beau succès !)

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  2. comme Aifelle je pensais découvrir un roman d’Allison Lurie mais me voilà avec le mois d’Amérique Latine ce n’est pas mal non plus et ce roman m’intéresse.

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    1. Le roman d’Alison Lurie que j’avais mis de côté pour participer attend encore ma lecture, j’ai loupé la date, mémoire de poisson rouge …
      Manguel est un auteur à noter, je pense, il y a un autre titre lu durant le mois latino américain dans le récapitulatif, un essai, lu par Lilly « Je remballe ma bibliothèque » qui semble intéressant. .

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  3. Je suis intriguée, d’abord parce que j’ai déjà lu cet auteur et je crois avoir aimé, mais c’était il y a longtemps. Ensuite car je trouve que les romans témoignages ont quelque chose qui me parle. Merci pour la découverte !

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    1. Les regards croisés sur le personnage disparu permettent de dévoiler une complexité qui est intéressante et aussi une intrigue assez inattendue et bien tricotée, j’ai juste trouvé que la tonalité était froide,, distanciée. Ce qui m’ freinée mon adhésion.

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